Le tracing à la belge, ça fonctionne comment?

(Isopix)

Alors que plusieurs membres de l’Union européenne s’arrachent les cheveux sur une application de tracing, la Belgique décide de passer par un call center pour repérer les contacts des personnes infectées.

On en parle depuis plusieurs semaines: le ‘contact tracing’ consiste à retracer les derniers déplacements d’un malade pour déterminer les personnes avec qui il a été en contact. Cela permet de prévenir ces personnes d’une potentielle contamination.

En Europe, de nombreux des pays envisagent une application de tracing, qui grâce à la localisation du téléphone, ou à un système de Bluetooth de smartphone à smartphone, permet d’établir une liste des contacts entre les personnes infectées et les autres. Mais cela soulève la question du respect de la vie privée. En France, le Premier ministre Édouard Philippe a répété devant l’Assemblée vouloir utiliser l’application StopCovid, même s’il a avoué qu’elle ‘n’était pas prête’. Son usage fera l’objet d’un débat à l’Assemblée. L’Allemagne a, elle, opté pour un système décentralisé.

La Belgique se distingue par l’utilisation d’un call center qui sera chargé de retracer les contacts. La compétence sera gérée par les Régions, mais les autorités promettent toutefois de s’accorder entre elles.

Toutefois, la possibilité de créer une application n’est pas encore enterrée, selon le ministre De Backer (Open VLD) en charge de la stratégie digitale dans la lutte contre le covid-19. Il explique à nos confrères de La Libre que le fédéral travail sur ‘le cadre juridique de cette application’. Il précise ainsi que les données personnelles des utilisateurs devront rester sur leur téléphone et que les contacts seraient recensés par Bluetooth. Mais au final, ce seront les Régions qui décideront de l’utiliser ou non. Et surtout, ce sera en complément du call center et non en remplacement.

Comment ça marche ?

  1. Lorsqu’une personne est testée positive au coronavirus, ses informations sont envoyées sur une base de données fédérale gérée par Sciensano.
  2. L’un des 2000 opérateurs du call center la contacte et lui demande d’établir une la liste de toutes les personnes avec qui elle a été en contact durant les 14 derniers jours.
  3. Ces personnes sont à leur tour contactées individuellement pour vérifier leur état de santé. Elles reçoivent aussi quelques conseils pour les jours à venir comme le fait de rester confinée et de vérifier l’apparition de symptômes éventuels.

C’est l’une des mesures phares du plan de déconfinement qui devrait permettre de maintenir l’épidémie sous contrôle. Le call center doit donc être prêt dès ce 4 mai. Autant dire qu’il ne reste plus beaucoup de temps.

Il faut savoir que cette procédure existe déjà pour d’autres maladies, comme la tuberculose, explique Alain Maron (Ecolo), ministre bruxellois de la Santé, à La Libre. Au niveau de la collecte des données, tout est donc légal. Ce qui facilite les choses. La procédure pourra toutefois faire l’objet d’un ajustement législatif le cas échéant.

Ce call center fait par contre l’objet d’un débat. Certains doutent de son efficacité réelle. Les critiques tournent autour du temps qu’il faudrait pour mettre un tel dispositif en place, mais aussi du pourcentage de la population qui serait réellement contactée.

Il s’agit d’un plan interfédéral. Le gouvernement fédéral et les entités fédérées vont devoir se mettre d’accord sur une seule et même procédure. Il faut aussi encore engager les 2000 opérateurs, les former et leur trouver un ou plusieurs lieux où ils pourront travailler. Il parait bien difficile de mettre cela en place d’ici le 4 mai. Le système ne devrait de toute façon pas fonctionner à pleine capacité dès le premier jour.

L’application a elle l’avantage d’enregistrer tous nos déplacements et de faire le rapprochement entre des inconnus. Il faut toutefois qu’elle soit utilisée massivement par la population, comme cela a été le cas à Taïwan. En Autriche, où une application du genre a été testée, seuls 3 % de la population l’a téléchargée. Car cela se fait sur une base volontaire.

Coût

Et puis il y a des interrogations concrètes: comment une personne va-t-elle pouvoir se rappeler des personnes avec qui elle a été en contact durant les 14 derniers jours? Si la personne reste en confinement, le calcul est plus simple. Mais si elle a recommencé à travailler, ce sera sans doute plus compliqué. De plus, lorsque nous allons faire des courses, nous rencontrons de nombreux inconnus. Comment vérifier s’ils ont été contaminés?

Il y a enfin la question du coût: ‘De neuf à quinze millions à Bruxelles pour un an’, selon Alain Maron (Ecolo). ‘Des dizaines de millions en Wallonie’, selon Christie Morreale (PS), ministre wallonne de la Santé.

Toutes ces questions mènent certains à penser que le politique a manqué de courage. D’autres évoquent des querelles entre Régions pour s’accorder sur une méthode commune. Le call center semble donc être le fruit d’un compromis, avec ses qualités et ses défauts. Le débat est d’ailleurs toujours en cours.