L’expertise taïwanaise sur le coronavirus n’est plus à démontrer: quels sont ses secrets ?

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Le monde entier regarde Taïwan avec envie et interrogation. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fait désormais l’éloge de la nation insulaire asiatique. Ses experts sont désormais déployés dans les structures de l’OMS, de sorte que le reste du monde puisse bénéficier de leur expertise.

‘Le pays mérite des éloges: les services de santé publique ont très bien réagi à l’épidémie de coronavirus, et les chiffres le montrent’, a déclaré vendredi, Michael Ryan, directeur des urgences médicales de l’OMS lors d’une réunion d’information à Genève. ‘Nous avons observé l’opération et nous faisons maintenant venir des experts taïwanais au sein de notre personnel technique afin qu’ils puissent partager leurs connaissances et leur expérience.’

Aucune nouvelle contamination n’a été répertoriée en six jours. La nation insulaire capitaliste, toujours revendiquée par la Chine, recense à ce jour… 422 cas confirmés, 6 morts et 203 patients guéris pour 23,78 millions d’habitants. Malgré le trafic important entre la Chine et l’île.

Les Taïwanais ont réussi à étouffer la propagation du virus dans l’œuf et à maintenir le taux de mortalité à un niveau extrêmement bas. Le tout sans confinement strict. La plupart des écoles et des entreprises restent ouvertes. Mais presque tout le monde porte un masque de protection. Le gouvernement a également investi beaucoup dans la communication. Et les citoyens suivent strictement les précautions.

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Rapidité, rigueur et communication

La réponse rapide et réussie de Taïwan a été attribuée à ‘une préparation précoce, une expertise en santé publique, un gouvernement compétent, et la vigilance et l’esprit civique des habitants’.

Le groupe de réflexion américain ‘Council on Foreign Relations’ affirme dans un rapport que Taiwan a averti l’OMS le 31 décembre que le nouveau coronavirus était transmissible de personne à personne.

‘Cependant, l’OMS a pris le parti de la Chine, qui a nié que le virus puisse être transmis de personne à personne jusqu’au 21 janvier. Alors que l’OMS semblait initialement minimiser la menace mondiale, Taïwan a pris des mesures rapides: le dépistage, les tests, le suivi des contacts et l’application de tracing’, indique le rapport.

Le président taïwanais Tsai Ing-Wen est également félicité pour son leadership décisif pendant la crise.

‘Dès janvier, aux premiers signes de la gravité de la situation, Tsai a introduit plus de 100 mesures pour enrayer la propagation de l’épidémie. Ceci sans recourir aux blocages qui sont devenus monnaie courante ailleurs’, écrit le Forbes Magazine.

Selon une étude publiée dans la revue Journal of the American Medical Association (JAMA), le gouvernement taïwanais a tiré les leçons de l’épidémie de SRAS de 2003.

‘Des équipes d’experts bien formées et expérimentées ont rapidement reconnu les risques et activé les structures de gestion des crises pour faire face à l’épidémie.

En reconnaissant tôt la crise, en fournissant des briefings quotidiens au public et en communiquant directement, le gouvernement a pu rassurer la population en fournissant des informations opportunes, précises et transparentes sur l’épidémie émergente’, selon l’étude.

‘Taiwan est un exemple de la manière dont une société peut réagir rapidement à une crise et protéger les intérêts de ses citoyens.’

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Des outils numériques controversés

En plus d’une réponse rapide, d’une communication gouvernementale efficace et d’une forte dose d’expertise, Taiwan a peut-être principalement fait la différence avec ses outils numériques. Le gouvernement n’a pas eu peur d’utiliser des outils numériques innovants et même controversés pour lutter contre le virus.

Par exemple, il existe un programme dans lequel les données d’inventaire de tous les pharmaciens et des services de santé sont mises à la disposition du public en tant que données open source.

Ces outils numériques ont par exemple abouti à la plate-forme en ligne avec au nom explicite: ‘La plate-forme d’information sur l’offre et la demande de masque buccal’.

L’outil numérique permet de savoir quel pharmacien dispose encore de masques, ou en sont ces stocks et s’il a été réapprovisionné. Le programme garantit également que les masques disponibles sont distribués aussi efficacement et aussi équitablement que possible à travers le pays.

Il en va de même pour les tests ou d’autres matériels de protection. Résultat: beaucoup moins de pénuries que dans les pays occidentaux. Tant pour les hôpitaux que pour les petites cliniques.

Et pour les membres du personnel de santé, s’ils sont testés négatifs à deux reprises et n’ont plus de fièvre pendant 24h (sans prise d’antipyrétique), ils peuvent reprendre le travail avec l’accord de leur médecin. Tout est réglé comme du papier à musique.

Et enfin, il y a la manière forte : on l’appelle le ‘Digital Fence System’. Ce système surveille les smartphones des personnes exposées au virus. Ils doivent être mis en quarantaine et le système informe la police s’ils quittent leur domicile ou s’ils éteignent leur téléphone.

Il y a déjà 2,3 millions de cas confirmés de Covid-19 dans 185 pays. L’Europe et les États-Unis sont les régions les plus touchées. Le bilan mondial des morts a franchi la barre des 150 000 personnes.