On en sait plus sur le ‘tracing’ qui pourrait être appliqué en Belgique

Image d’illustration.

Le virologue Emmanuel André a donné ce lundi matin plus d’informations sur la stratégie de traçage des citoyens qui pourrait être appliquée en Belgique une fois le déconfinement enclenché. Un groupe d’experts remettra mercredi un rapport sur la sortie de crise progressive, dont le contenu devrait être communiqué vendredi par le Conseil national de sécurité.

La technologie du ‘tracing’ vise à collecter les données des smartphones des citoyens afin de connaître avec précision les personnes ayant été en contact avec le nouveau coronavirus. Elle doit permettre aux autorités sanitaires de réagir beaucoup plus rapidement et de manière bien plus ciblée pour enrayer l’épidémie. Cette méthode est censée permettre d’éviter de confiner des sociétés entières, et donc de réduire les conséquences économiques du virus.

Mais ce traçage de la population soulève questions et inquiétudes, notamment concernant la protection de la vie privée, même si plusieurs pays ont déjà franchi ce cap technologique dans leur lutte contre le covid-19, comme l’Allemagne, la Corée du Sud ou encore Taïwan.

‘Une logique nécessaire d’un point de vue médical et de santé publique’

Virologue et porte-parole interfédéral de la lutte contre le covid-19, Emmanuel André estime qu’il est normal de chercher à identifier les personnes infectées, de comprendre comment elles l’ont été et avec qui elles ont pu être en contact. ‘C’est une attitude qui existe déjà depuis des dizaines voire des centaines d’années dans le monde médical’, a-t-il expliqué sur les ondes de la RTBF.

Selon lui, il est ‘nécessaire d’avoir une façon de travailler [qui va permettre] de lister les contacts que nous avons eus quand nous étions infectieux’. ‘C’est une logique qui est nécessaire d’un point de vue médical et de santé publique’, juge-t-il.

Une fois le traçage effectué, une prise de contact doit intervenir avec les citoyens, ce qui pourrait se faire de plusieurs manières: appels téléphoniques, visites au domicile, système technologique…

Emmanuel André a fait savoir qu’un call center sera probablement mis en place ‘dans les prochains jours, les prochaines semaines’. Des opérateurs seront chargés de contacter les citoyens qui ont été listés comme ayant été en contact avec une personne infectée et donc potentiellement contaminés. Des recommandations seront également fournies en fonction du facteur de risque de la personne concernée. Emmanuel André précise que ce genre de procédé est déjà à l’œuvre dans le cadre d’autres épidémies, même si l’échelle est évidemment bien moindre.

Des SMS pourraient également être envoyés de façon plus automatisée afin ‘de libérer en termes de charge de travail des milliers de personnes mobilisées’ et de gagner du temps.

Bluetooth, GPS…

Plusieurs méthodes de traçage sont actuellement développées, certaines basées sur la technologique Bluetooth, d’autres sur la localisation GPS, chacune ayant ses avantages. Mais le virologue insiste: ces technologies ne sont pas la panacée, ce sont des outils qui ne constituent qu’une partie de la solution contre l’épidémie. ‘La technologie ne va pas guider la politique de santé publique. C’est la politique de santé publique qui va définir où la technologie va pouvoir soutenir un effort qui est d’une amplitude extrêmement importante.’

Et Emmanuel André de rappeler que ‘nous avons très, très peu de recul par rapport à l’efficacité’ de cette approche.

Quid de la vie privée?

Concernant la protection de la vie privée, le médecin assure ‘qu’on ne va pas déroger aux règles que notre société s’impose’. La base légale sera la législation européenne GDPR (Règlement général de protection des données). Il précise que la méthode ‘ne dépasse pas ce dont nous avons besoin pour contenir l’épidémie.’

Emmanuel André donne un exemple concret: ‘Admettons que vous avez une application sur votre téléphone, cette application vous permet d’enregistrer votre parcours GPS, sans le partager. Si un jour vous êtes diagnostiqué avec le Covid, vous pouvez choisir de donner, de façon anonyme, les quinze derniers jours de ces traces GPS dans une base de données nationale, ce qui permet de croiser là où les gens qui sont positifs ont été le plus fréquemment.’ Cela doit permettre in fine de déterminer l’endroit où il y a le plus de chances que la personne se soit fait infecter.

Mais Emmanuel André insiste, le choix de donner ou non une information restera entre les mains du citoyen.

‘Passeport immunitaire’

Mais le recours à la technologie ne se limitera sans doute pas au seul traçage des contacts, comme l’indique un article publié sur le site de Korii.

En Chine, et notamment dans la province du Hubei dont Wuhan est la capitale, les personnes ont pu commencer à se déplacer début avril seulement si elles disposaient sur leur smartphone d’un QR code ‘vert’ délivré par les autorités et attestant d’une non-infection au covid-19.

En Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie ou aux États-Unis, on réfléchit également à l’éventuelle mise en place de ces ‘passeports immunitaires’, dont l’objectif serait d’utiliser les données de tests sanguins pour déterminer qui est immunisé contre le virus SARS-CoV-2 et peut donc reprendre une vie normale.

Par exemple, la start-up britannique Bizagi a d’ores et déjà développé une appli baptisée CoronaPass et serait en contact avec plusieurs pays.

Cependant, cette approche est remise en cause par l’incertitude qui plane autour de la réponse immunitaire face au Covid-19, sa durée dans le temps et son efficacité contre une nouvelle infection.

Enfin, la précision des tests sérologiques, pierres angulaires du ‘passeport immunitaire’, et leur disponibilité en assez grande quantité posent  également question en l’absence d’un recul scientifique suffisant à l’heure actuelle.

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