Le sommet USA/Chine raté aura de lourdes conséquences: « Leur relation va devenir du béton impénétrable »

Ce lundi, la secrétaire d’Etat adjointe américaine Wendy Sherman a rencontré ses homologues chinois, Wang Yi et Xie Feng, à Pékin. Une rencontre ultra-tendue qui n’augure rien de bon pour la suite.

Comme nous vous l’expliquions hier, Xie Feng, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, a profité de cette rencontre diplomatique au sommet pour régler ses comptes avec les Etats-Unis. Pour Pékin, c’est Washington qui est l’unique responsable de l’accroissement des tensions entre les deux pays.

La Chine a notamment demandé aux Etats-Unis de « changer leur politique dangereuse », car leurs relations étaient « dans une impasse ».

Trois demandes de Pékin à Washington

Le Global Times, média étatique chinois de langue anglaise, nous apprend également que la Chine a établi trois principes « de base » pour que les relations bilatérales se réchauffent:

  • Les Etats-Unis ne doivent pas contester, salir ou chercher à renverser la voie et le système chinois.
  • Ils ne doivent pas chercher à interrompre ou perturber le développement de la Chine.
  • Ils ne doivent pas violer la souveraineté nationale ou l’intégrité territoriale de la Chine.

De son côté, le département d’Etat américain s’est montré bien moins loquace au sujet de cette rencontre. Il a indiqué que Mme Sherman avait « fait part de ses préoccupations concernant les actions de la Chine qui vont à l’encontre de nos valeurs et de nos intérêts et de ceux de nos alliés et partenaires, et qui sapent l’ordre international fondé sur des règles ». Court, mais efficace.

Les préoccupations en question ont trait aux violations présumées des droits de l’homme par la Chine dans des régions telles que le Xinjiang et Hong Kong, ainsi que le comportement agressif de Pékin en mer de Chine méridionale, région contestée. La Chine considère le premier dossier comme faisant partie de ses « affaires intérieures ». Pour le second, elle revendique la quasi-totalité des eaux contestées comme appartenant à son territoire, même si une décision historique d’un tribunal d’arbitrage international à La Haye a rejeté ces revendications en 2016.

« Vous ne pouvez pas demander cela aux Etats-Unis »

Interrogé sur la CNBC, Scott Kennedy, conseiller principal et titulaire de la chaire d’administration des affaires et de l’économie chinoises au Center for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion basé à Washington D.C., a donné son analyse de ce sommet. Et il n’est guère optimiste.

La Chine demande essentiellement aux États-Unis de ne pas prêter attention à ce qui se passe chez elle et de « la laisser faire ce qu’elle veut », a-t-il résumé. « Vous ne pouvez pas demander aux États-Unis et au reste de la communauté internationale de ne pas avoir d’opinion sur ces questions et de ne pas demander à la Chine de respecter ses engagements. »

D’après M. Kennedy, ce sommet houleux – organisé en théorie pour quelque peu raffermir les liens entre les deux superpuissances – ne sera pas sans conséquences.

« Je pense que cela va être vraiment difficile, donc nous pourrions voir cette relation se solidifier comme un béton impénétrable, une rivalité qui pourrait durer un certain temps », a-t-il expliqué.

Le sommet Joe Biden/Xi Jinping pas menacé

Malgré tout, les ponts entre les Etats-Unis et la Chine ne sont pas encore complètement coupés. Cet échec diplomatique ne devrait pas avoir raison de la tant attendue rencontre entre Joe Biden et Xi Jinping.

« Même si la relation ne s’améliore pas d’un iota, je pense que ces deux dirigeants sont propriétaires de cette relation et qu’ils veulent se parler, s’expliquer et voir s’il y a potentiellement une voie à suivre », a déclaré M. Kennedy.

Cette discussion pourrait se dérouler en marge du prochain sommet du G20, qui se tiendra fin octobre à Rome.

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