Principaux renseignements
- La vulnérabilité du Royaume-Uni dans un contexte mondial en mutation fait du retour dans l’UE une option attrayante pour la sécurité et la prospérité.
- L’opinion publique est favorable à un retour dans l’UE, mais les dirigeants politiques ont du mal à aligner leurs politiques sur cette volonté.
- Le pays peut organiser un nouveau référendum. Le précédent référendum a conduit au Brexit.
La décision prise il y a dix ans par le Royaume-Uni de quitter l’Union européenne a conduit à une réévaluation de la situation à la lumière des changements géopolitiques. C’est ce qu’écrit Hugo Dixon, chroniqueur à Reuters.
Vulnérabilité dans un contexte en mutation
Face à l’agression de la Russie envers l’Ukraine et à la déstabilisation des normes mondiales par des personnalités telles que Vladimir Poutine et Donald Trump, le Royaume-Uni se trouve en position de vulnérabilité. Les promesses faites lors du référendum sur le Brexit de 2016 – telles que la conclusion d’accords commerciaux indépendants et le recours aux organisations internationales – semblent désormais irréalistes.
Le contexte mondial actuel met en évidence l’importance des alliances. Une économie de taille moyenne comme celle du Royaume-Uni est confrontée à des défis considérables dans un monde où le pouvoir dicte souvent les résultats. Rejoindre l’UE, à condition que ses États membres parviennent à surmonter leurs divisions internes et à renforcer leurs défenses, pourrait ouvrir la voie à davantage de sécurité et de prospérité.
La majorité des Britanniques souhaite réintégrer l’UE
L’opinion publique soutient cette idée : un récent sondage révèle que 55 pour cent des Britanniques sont favorables à une réintégration de l’UE. Cependant, l’actuel gouvernement travailliste dirigé par le Premier ministre Keir Starmer hésite à envisager une adhésion à part entière, voire une simple participation au marché unique, en raison de ses inquiétudes concernant la libre circulation des personnes au sein de l’UE.
Des accords moins ambitieux avec l’UE ne permettront probablement pas de compenser les pertes économiques attribuées au Brexit, estimées à 6-8 pour cent d’ici le premier trimestre 2025. De plus, il pourrait s’avérer difficile de conclure un pacte de sécurité solide avec des alliés européens extérieurs à l’Union, car les questions de défense sont intrinsèquement liées à la sécurité économique, énergétique et technologique.
Sentiment pro-UE
Le leadership de Starmer est confronté à des défis suite aux récents revers électoraux de son parti. Un successeur potentiel au sein du Parti travailliste, reflétant le fort sentiment pro-UE parmi ses membres (83 pour cent), pourrait adopter une position plus audacieuse sur la réintégration de l’UE dans son programme électoral. Cela pourrait mobiliser une partie importante de l’électorat britannique favorable à des liens plus étroits avec l’Europe.
Par ailleurs, d’autres partis politiques, tels que les Libéraux-démocrates et le Parti vert, prônent également la réintégration de l’UE. Leurs campagnes pourraient pousser le gouvernement travailliste à aligner ses politiques en conséquence.
Résistance des groupes pro-Brexit
Toute tentative de réintégration de l’UE se heurtera inévitablement à la résistance de groupes pro-Brexit comme le Parti de la réforme. Nigel Farage, le chef du parti, pourrait exploiter les craintes liées à l’immigration pour galvaniser le soutien, en recourant à des tactiques similaires à celles utilisées lors du référendum de 2016.
Les négociations avec l’UE seraient complexes. Le Royaume-Uni a peu de chances d’obtenir les mêmes conditions favorables dont il bénéficiait auparavant, telles qu’un rabais sur ses cotisations. L’UE pourrait également exiger l’adoption de l’euro comme monnaie commune, bien que cela n’ait pas été obligatoire pour des membres existants comme la Pologne et la Suède.
Atténuer les risques par le biais d’un référendum
Les dirigeants de l’UE reconnaissent la valeur stratégique du retour du Royaume-Uni, mais se méfieraient d’une nouvelle sortie tumultueuse. Pour atténuer ce risque, un nouveau référendum axé sur le principe de la réadhésion pourrait être organisé. À l’issue d’un vote favorable atteignant un seuil prédéterminé (par exemple, 60 pour cent), le Parlement délibérerait alors sur les conditions spécifiques d’adhésion.
Cette approche tient compte de la faible marge avec laquelle le Royaume-Uni a voté en faveur de la sortie en 2016 et prévoit des dispositions pour une future sortie, nécessitant à nouveau un vote à la majorité qualifiée. Si un futur gouvernement pouvait techniquement violer un tel accord, il se heurterait à une opposition publique importante.
En fin de compte, l’enthousiasme du Royaume-Uni pour une réintégration de l’UE sera crucial. Des dirigeants charismatiques, capables d’articuler efficacement les avantages de l’adhésion tant auprès des électeurs que des États membres de l’UE, sont essentiels à la réussite. Le climat mondial actuel, caractérisé par l’incertitude et l’instabilité, pourrait fournir l’élan nécessaire à une campagne pro-UE plus convaincante que celle observée il y a dix ans. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

