Le PS ne veut pas de la réduction de la TVA (« trop PTB »), les Verts non plus : on se dirige vers un chèque énergie de 200 euros pour la moitié de la population

Il y a fort à parier que la classe moyenne inférieure se verra attribuer un petit geste sur ses factures énergétiques. Les Verts s’alignent pleinement sur le PS : un chèque énergie de 200 euros pour tous ceux qui gagnent moins de quelque 3 500 euros bruts par mois. Ce week-end, le PS s’est une nouvelle fois opposé à une réduction générale de la TVA. Paul Magnette (PS) a donné une explication officielle : il ne veut pas que les personnes ayant un revenu élevé gagnent 500 euros par an, alors que les bas revenus ne bénéficieraient que de 100 euros. Ce rejet est aussi issu du sentiment que cette réduction de la TVA est une exigence trop marquée PTB, et qu’ils ne veulent pas leur accorder ce succès. Le CD&V et Vooruit sont donc les seuls à réclamer une réduction de la TVA, tandis que l’Open Vld et MR sont moins enthousiastes.

Dans l’actualité : Que va-t-on faire pour réduire les factures d’énergie ?

Les détails : Le gouvernement flamand botte en touche.

  • Zuhal Demir (N-VA), la ministre flamande de l’Énergie, a été claire ce matin sur Radio 1 et dans Het Laatste Nieuws: non, le gouvernement flamand ne va pas immédiatement « faire quelque chose » pour la population et les lourdes factures d’énergie.
  • Demir privilégie « des interventions plus structurelles », mais pas d’aide directe. Comprendre: à long terme.
  • La Limbourgeoise a communiqué dans son style habituel ce matin : direct et offensif.
    • Elle s’en prend à l’UE : « Ne nous faisons pas d’illusions : les prix de l’énergie sont si élevés en raison d’une politique européenne qui vise à faire grimper le prix du CO2 et à raréfier nos propres ressources. La greenflation n’est pas le fruit de notre imagination. »
    • Et elle a une fois de plus attaqué ses cibles préférées : « À chaque réunion que j’ai avec Zakia Khattabi (Ecolo) et Tinne Van der Straeten (Groen), elles plaident pour l’introduction d’une taxe européenne supplémentaire sur le CO2 de 460 euros par famille, pour le chauffage des bâtiments et pour les transports. »
  • Avec ses déclarations, Demir a de nouveau placé le gouvernement flamand dans une position très dure dans le débat, justifiant la crainte de l’Open Vld, et ce week-end de la vice-présidente du CD&V, Hilde Crevits, qui ont exprimé leur frustration quant au fait que le gouvernement flamand risque de se retrouver dans un fédéralisme de combat.
  • Quoi qu’il en soit, le message et surtout le style et l’approche contrastent fortement avec ceux de la ministre fédérale de l’énergie, Tinne Van der Straeten (Groen). La semaine dernière, elle a de nouveau mené quelques interviews malheureuses, dans lesquelles elle est même apparue quelque peu confuse. Comme ce fut déjà le cas un peu plus tôt au micro de Pieterjan De Smedt de Terzake, à propos de la sortie du nucléaire.
  • Intéressant à noter : ce week-end, c’est Meyrem Almaci, la présidente de Groen, qui a repris la communication de sa ministre de l’Énergie. Almaci a soutenu à 100% la ligne du PS : un chèque énergie pour tous ceux qui gagnent moins que le revenu médian d’un peu moins de 3.500 euros. Soit la moitié des Belges.

Pourquoi le PS veut absolument ce « chèque » : en un mot, Raoul Hedebouw (PTB).

  • Il y a une certaine frustration chez Vooruit et certainement au CD&V. Le président des chrétiens-démocrates, Joachim Coens (CD&V), et surtout le vice-premier ministre Vincent Van Peteghem (CD&V) n’ont pas ménagé leurs efforts : la semaine dernière, ils ont soudainement prôné une baisse de la TVA sur l’énergie. Et ce week-end, ils sont restés campés sur leur position.
  • Il s’agit pourtant d’une vieille revendication « de gauche », que le parti socialiste flamand défend également depuis des mois. On pourrait s’attendre à ce que le PS saisisse cette « offre » des deux mains. « Mais ils ne le feront pas, car la proposition est trop connotée PTB. Les communistes l’ont commercialisé si fort que la direction du PS a peur que Hedebouw ne triomphe par la suite. C’est pour cela que Magnette arrive avec son chèque », souligne-t-on du côté de Vooruit.
  • « Si vous réduisez la TVA, les citoyens ayant un petit revenu ne gagnent que 100 euros par an. Les citoyens à revenu moyen disposeraient d’environ 200 euros, et les personnes à haut revenu de 400 à 500 euros par an. Je veux utiliser les fonds pour ceux qui en ont vraiment besoin », c’est ainsi que Magnette a rejeté la TVA pour défendre le chèque énergie sur RTL-TVi, ce dimanche.
  • Le fait que cette mesure coûte moins cher que la réduction de la TVA est aussi une bonne chose, surtout pour les libéraux. Ils ne veulent pas de la proposition de Van Peteghem : l’Open Vld a fait savoir ce week-end encore que « la baisse de la TVA n’est pas une option ». Dans Het Laatste Nieuws, le vice-premier ministre de l’Open Vld, Vincent Van Quickenborne, parle d’un coût pouvant atteindre 2 milliards.
  • Le chèque énergie semble être une solution intermédiaire entre la TVA et une éventuelle intervention dans la facture d’acompte, ce que souhaitent les libéraux. Dans le même temps, le tarif social pour les près d’un million de ménages qui y ont actuellement recours sera presque certainement prolongé.
  • La question est de savoir si le gain politique, certainement du côté flamand, sera important pour la Vivaldi. Car de cette manière, le chèque énergie sera perçu une fois de plus comme une mesure de redistribution des richesses : en Flandre certainement, une grande partie de la population qui gagne plus de 3.500 euros bruts se retrouvera avec des augmentations de factures supérieures à 1.500 euros par an, sans intervention supplémentaire des pouvoirs publics.

Qui va payer : Le gouvernement peut-il frapper à nouveau à la porte d’Engie ?

  • Au même moment, ce week-end, le PS a ouvert un nouveau front dans la guerre de l’énergie : le géant français de l’énergie Engie est dans le collimateur. C’est un classique de la rue de la Loi : grâce à ses centrales nucléaires, l’exploitant réalise un superprofit en cas de hausse des prix de l’énergie, et l’Etat bénéficie d’un « intérêt nucléaire ».
  • Toutefois, ces dernières années, cet intérêt pour le nucléaire a fondu comme neige au soleil. Après tout, selon un accord conclu dans le passé, Engie ne doit verser qu’un maximum de 38 % de ses bénéfices au gouvernement. En outre, sous le gouvernement Michel, un plafond a été fixé à un maximum de 20 millions par an pour les réacteurs les plus anciens.
  • La Creg, l’organisme de surveillance de l’énergie, calcule déjà le montant du surprofit. Mais il n’est pas certain que le gouvernement puisse sortir des accords précédents avec cela. En tout cas, cela signifierait une chose : la guerre avec Engie.
  • Et, au contraire, la Vivaldi n’est certainement pas entrée dans cette guerre. Engie s’est révélé être un partenaire utile dans le débat sur la fermeture des centrales nucléaires : les Français ont soutenu ouvertement et sans réserve cette fermeture, bénéficiant au passage de l’exploitation des nouvelles centrales au gaz.

Également attendu : une évaluation comme nouveau carburant pour la discussion sur la sortie du nucléaire.

  • Aujourd’hui, l’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, présentera un rapport d’évaluation sur la possibilité de maintenir les centrales nucléaires ouvertes, si le plan A devait échouer. C’était l’une des exigences du MR à la fin de l’année dernière, lorsque la sortie du nucléaire était déjà sur la table de la Vivaldi.
  • Selon Le Soir, des sources au sein de l’AFCN affirment que le rapport montrera que l’extension de deux centrales, Tihange 3 et Doel 4, est techniquement possible. De quoi donner du grain à moudre à Georges-Louis Bouchez (MR), qui, isolé, s’est lancé dans une bataille ouverte pour maintenir les centrales nucléaires ouvertes.
  • Avec le rapport de l’AFCN en main, le MR va donc bientôt appuyer sur l’accélérateur pour empêcher les Verts de faire vivre l’option de la sortie du nucléaire.
  • En plus de cela, Egbert Lachaert (Open Vld) a soudainement mis une autre demande sur la table ce week-end. Dans une interview accordée à De Zondag, le leader de l’Open Vld cherche à redorer son profil, car il veut essayer de sortir de l’ombre de son Premier ministre, Alexander De Croo (Open Vld). Il fait une revendication qui n’a d’ailleurs pas été reprise dans l’accord de coalition : « Aujourd’hui, la loi interdit la construction de centrale nucléaire nouvelle génération. Ce n’est pas sérieux. Les Verts doivent céder sur ce point. Sinon, il n’y aura pas de sortie du nucléaire. C’est notre condition. »
  • Pour les Verts, c’est particulièrement douloureux : pour tous ceux qui ont fait la Vivaldi, il était très clair dès le départ que le seul renversement de la loi sur la sortie du nucléaire était un point de non-retour pour Groen et Ecolo. Les exigences du parti du Premier ministre ne facilitent donc certainement pas les choses.
  • Dans la même interview, Lachaert a également formulé toutes sortes de demandes concernant la fiscalité, que personne au sein de la Vivaldi ne prend au sérieux. Ce ne serait pas la première fois que le président de l’Open VLD fasse des demandes sans lendemain.
  • Les Verts ne cessent de répéter le même message (surtout en Flandre) : ils ne sont pas nécessairement contre l’énergie nucléaire, et sont même heureux que de nouvelles petites centrales modulaires soient étudiées. Mais tant qu’il n’aura pas été démontré qu’elles peuvent fonctionner en toute sécurité et avec une solution durable pour les déchets, ils ne reviendront pas sur la loi. Les Verts tentent par là de se montrer en bons gestionnaires et pas en dogmatiques.

Ailleurs : Le MR reçoit des coups de tous côtés, mais Bouchez persévère.

  • Il y a de l’eau dans le gaz dans la famille libérale. Le vice-premier ministre Vincent Van Quickenborne a tiré à balles réelles sur Georges-Louis Bouchez, ce samedi, ne retenant aucun de ses mots, et décrivant un sentiment assez généralisé, rue de la Loi.
    • « Ses cris incessants rendent les choses difficiles pour nous. Il aboie pendant que nous agissons. Il y a un gouffre comme le Grand Canyon entre ses paroles et ses actes. Il est contre les centrales à gaz, mais la Wallonie n’en a jamais autorisé autant ».
    • « Je le vois plus comme un conservateur que comme un libéral », a-t-il enchaîné, critiquant le positionnement du parti frère. « La suppression du Sénat est à nouveau discutée. Un parti est contre. Pas le PS, mais le MR ! Bouchez retourne toujours au passé. Le mouvement réformateur est donc plutôt mouvement réactionnaire. »
    • « Il suffit de regarder son belgicisme. Bouchez veut revenir à la RTB et à la BRT, à une chaîne publique de télévision bilingue. Il ne sait pas encore parler le néerlandais mais il veut une chaîne publique commune. »
  • Paul Magnette (PS) s’est nourri de cet allié de circonstance et en a profité pour menacer le MR sur RTL-TVi : « Ils sont de moins en moins libéraux et de plus en plus conservateurs. Il faut plus de respect entre partenaires. Personne n’est irremplaçable », suggérant que le cdH pourrait remplacer les libéraux francophones au sein du gouvernement fédéral voire wallon. Une menace qui n’est pas neuve.
  • Comment comprendre la sortie de Van Quickenborne ? Il y a un véritable agacement face aux critiques répétées du président du MR sur la Vivaldi. Car l’Open VLD est le premier à souffrir de cette situation. Alexander De Croo, comme Premier ministre, est lui tenu à une certaine retenue.
  • Sur le plan personnel, l’Open VLD a du mal à comprendre les nombreuses sorties de Bouchez dans la presse flamande, quitte à accorder parfois ses violons avec la N-VA. Certains voient dans cette stratégie un moyen de se placer au Seize, mais elle se heurte à deux réalités: Bouchez n’est pas élu en Flandre et on ne devient pas Premier ministre en se faisant des ennemis de partout, y compris et surtout au sein de sa propre famille.
  • Mais il s’agit avant tout d’un positionnement politique: le MR a tout à gagner en s’affirmant à droite, où il n’a pas de concurrent du côté francophone. C’est beaucoup moins le cas pour l’Open VLD qui fait face à une concurrence de poids avec la N-VA et le Vlaams Belang. L’Open VLD n’a rien à gagner en prenant des positions conservatrices et se montre donc logiquement plus progressiste.
  • Mais le président du MR ne doit pas aller trop loin. C’est le sens de la sortie de Van Quickenborne et de Magnette: personne n’est indispensable.
  • Le MR est amer sachant que le Premier ministre doit en partie sa place au fait que la famille libérale a su se montrer unie lors de la formation du gouvernement. Lachaert et Bouchez entretiennent des liens très cordiaux, mais le premier a mis en garde le second contre une course aux likes qui dessert la famille libérale. Ce n’est pas tant que les positions plus à droite de Bouchez déplaisent à Lachaert, mais l’Open VDL a opté pour un autre positionnement idéologique.
  • Georges-Louis Bouchez a lui eu une grande activité sur Twitter ce weekend, ce qui est toujours le signe d’une certaine nervosité chez lui: « Les mondes politique et médiatique sont de plus en plus à côté de la plaque. Toute l’actu politique du week-end se résume aux maux de ventre de certains sur ‘le méchant Bouchez contre les gentils progressistes’. Pendant ce temps, pas un mot sur leurs projets… »
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