Le projet de « gaz vert », un acteur clé dans la course à l’indépendance énergétique européenne

À partir de l’automne 2022, les préparatifs de construction d’une usine axée sur la production et la distribution de gaz vert débuteront à Delfzijl, à Groningue, aux Pays-Bas. Le projet est une coentreprise entre Gasunie, l’exploitant du réseau de gazoducs néerlandais, et Perpetual Next (PN), une entreprise de technologie climatique spécialisée dans la « torréfaction ». Comment fonctionne la technologie qui nous permettra d’obtenir ce gaz durable et qui pourrait jouer un rôle dans la création d’une Europe indépendante sur le plan énergétique ?

Un grand parc chimique est en cours de développement à Delfzijl. « Nous avons deux grands projets là-bas », suggère le PDG de Perpetual Next, Niels Wage. « L’une d’entre elles est la coentreprise avec Gasunie, où nous pouvons commencer à produire douze millions de tonnes de gaz bio, que nous pourrons éventuellement porter à cent vingt millions de tonnes – nous pouvons donc l’augmenter considérablement. »

« En outre, nous disposons d’un terrain de seize hectares que nous sommes en train de développer pour y installer une usine dans un cadre similaire, où nous pourrons également fabriquer du gaz bio, des produits et des matières premières pour le pôle chimique. Tout cela est bien en chemin. »

Comme la torréfaction des grains de café

La technologie qui se cache derrière est sophistiquée. « La torréfaction est un processus dans lequel une sorte de réchauffement est réalisé dans un grand réacteur, dans un environnement à faible teneur en oxygène », explique M. Wage. « On peut le comparer à la combustion de grains de café. Cela se fait à haute température, mais il n’y a pas d’oxygène. »

Le concept : « Vous chauffez un feedstock, une matière première. Il peut s’agir de résidus de bois, mais aussi d’autres produits biologiques et organiques, tels que des chutes de bois, des déchets de betteraves à sucre ou de l’herbe à éléphant. »

La gazéification de la matière première en deux étapes de chauffage, développée par Torrgas, le partenaire technologique de PN, permet de créer du syngaz, gaz de synthèse. Cela constitue la base de nombreuses applications chimiques qui remplacent les combustibles fossiles comme matière première. Le gaz vert, le méthanol et même l’hydrogène peuvent être produits à partir du gaz de synthèse.

L’avantage de cette technologie « est que vous pouvez transformer de grandes quantités de matières premières hétérogènes en une matière première, qui peut ensuite être utilisée dans l’industrie sidérurgique ou chimique », souligne M. Wage.

Bio-charbon

La matière qui est torréfiée produit un pellet, qui ressemble à du charbon de bois et a une valeur énergétique élevée. « L’avantage (de ces granulés) est que l’on peut très bien les transporter. On peut les utiliser et les stocker et ils ont donc une valeur énergétique très élevée, comparable à celle du charbon fossile », explique le PDG.

Pellets. Image : Perpetual Next

Ces granulés peuvent être gazéifiés. « Nous disposons également de la technologie nécessaire à cet effet. Nous pouvons ensuite les transformer en gaz vert, par exemple dans le cadre du projet Gasunie, qui peut ensuite être utilisé sur le réseau de gaz existant, mais on peut aussi en faire du gaz synthétique, qui est ensuite utilisé comme matière première dans l’industrie des bio-plastiques. »

« Il est possible de torréfier différents types de matières premières, qui peuvent ensuite être transportées sous forme concentrée. Il suffit de les transporter dans un navire ou dans un conteneur, et souvent on peut les intégrer dans une grande infrastructure existante des acheteurs. »

ArcelorMittal

« Ce qui est bien, c’est que les pellets possèdent cet atome de carbone qui est nécessaire pour provoquer une réaction chimique. Par exemple, dans le processus chimique de fabrication des plastiques, ou pour fabriquer de l’acier. »

Qu’en est-il des émissions ? « L’atome de carbone est stocké (par exemple, ndlr) dans l’acier. Il est extrait de l’air et stocké, comme il l’était autrefois dans un arbre ». Cet atome « ne se consume pas », explique M. Wage, et ne retourne donc pas dans l’atmosphère. « Non, vous continuez à l’utiliser et vous en faites ensuite une partie du composé chimique avec l’acier ou dans le produit chimique, comme une chaise en plastique. »

En Belgique, toute personne qui parle de « fabrication d’acier » et d' »émissions » pense à ArcelorMittal. Et oui, Perpetual Next a déjà un accord avec la filiale gantoise du géant de l’acier. « ArcelorMittal est l’un des leaders qui prennent au sérieux leur responsabilité en matière d’émissions de CO2. Ils consacrent beaucoup d’efforts à différentes technologies. Ils nous ont identifiés comme un partenaire important. Notre première production de ces granulés sera destinée au site de Gand. »

Ukraine

Cette technologie, qui existe en fait depuis 30 ans, est également très recherchée dans le cadre du plan climatique de l’UE. « Ce qui est très clair, c’est qu’il y a une énorme pression pour passer plus rapidement au gaz vert et plus rapidement des gaz fossiles aux gaz bio », affirme M. Wage.

La conclusion selon laquelle l’Europe occidentale doit se mettre d’urgence au travail dans le domaine de l’énergie n’est pas nouvelle. Mais le gaz est une question brûlante dans une situation où le principal fournisseur de gaz de l’Europe, la Russie, a récemment envahi son voisin européen, l’Ukraine, et où le marché de l’énergie est soumis à une pression constante.

« L’Ukraine et la Russie sont devenues une prise de conscience supplémentaire pour le monde entier, et en particulier pour l’Europe, que ces alternatives doivent maintenant être développées plus rapidement », affirme M. Wage. « Eh bien, nous avons les technologies pour cela et la torréfaction est l’une d’entre elles », conclut-il.

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