Le patron de Brussels Airport se fâche: ‘L’interdiction de voyager en Belgique est intenable’

Arnaud Feist (Brussels Airport) – Daina Le Lardic / Isopix

L’interdiction générale des voyages non-essentiels est difficile à justifier et compromet la position concurrentielle de l’aéroport de Bruxelles. C’est ce qu’en pense le patron de Brussels Airport, Arnaud Feist.

Dans un webinaire organisé par la Banque nationale, Arnaud Feist a exposé la situation dramatique du secteur de l’aviation belge et européen. ‘Ce n’est pas un choc dont on se remet en six mois. Nous ne nous attendons pas à retrouver les niveaux pré-crise avant la période 2024-2026’, a-t-il déclaré.

L’une des mesures de soutien que Brussels Airport espère obtenir à court terme est un assouplissement de l’interdiction de voyager. Cette question sera discutée lors du comité de concertation de vendredi prochain. Le principal enjeu: certains voyages touristiques seront-ils autorisés pendant les vacances de Pâques ?

Le gouvernement De Croo a décidé il y a un mois que tout voyage à des fins touristiques à destination et en provenance de la Belgique était interdit du 27 janvier au 1er mars 2021, avant de prolonger cette mesure jusqu’au 1er avril. Seuls les déplacements indispensables sont autorisés.

‘Avec cette mesure, la Belgique se positionne de manière autonome au sein de l’Europe’, explique Arnaud Feist. ‘La Commission européenne a recommandé de déconseiller les voyages non-essentiels, et non de les interdire complètement. Un certain nombre d’États membres ont également instauré des interdictions de voyager, mais celles-ci sont limitées à certaines nationalités. Ils n’autorisent pas les Britanniques, par exemple, [à se rendre chez eux] à cause du variant britannique du coronavirus’.

‘L’interdiction plus stricte d’Europe’

Avec son interdiction générale de voyager, l’approche belge est l’une des plus strictes d’Europe. Il n’y a pas de nuance pour les voyages non-essentiels dans les régions où le nombre d’infections au Covid-19 n’est pas aussi élevé, c’est-à-dire les pays en vert ou orange.

Selon M. Feist, cette position stricte est intenable. ‘La position belge est très difficile à justifier au sein de l’Europe et auprès de la population belge. La Belgique doit s’aligner sur le reste de l’Europe.’ Il souligne également que la position concurrentielle de Zaventem par rapport aux aéroports des pays voisins est menacée en raison des mesures belges.

Plus tôt, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, et le commissaire européen Didier Reynders ont également remis en question cette interdiction générale de voyager.

Une annonce ce vendredi ?

D’après Sudinfo, le gouvernement pourrait faire une annonce ce vendredi à l’issue du Comité de concertation. Mise sous pression par l’Europe, la Belgique pourrait revenir à la situation de départ: déconseiller fortement les voyages non-essentiels et non les interdire.

Pour la levée de cette interdiction, deux dates sont pressenties: soit le 1er mars, soit le 27 mars. Quoi qu’il en soit, si les voyages non-essentiels sont à nouveau autorisés, ils s’accompagneront plus que probablement d’une série de mesures sur les retours (quarantaine, dépistage, …). Et il faudra, pour qu’elles soient réellement efficaces, qu’elles s’accompagnent de contrôles plus sévères.

‘Si ces tests et ces quarantaines étaient respectés à la lettre, il n’y aurait aucun souci pour l’épidémie’, a assuré le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus Yves Van Laethem. ‘L’ennui, c’est que de nombreux Belges s’en foutent ou n’ont pas envie. Se mettre en quarantaine au retour de vacances, c’est embêtant pour le travail et pour l’école des enfants. Il faudrait donc renforcer les contrôles afin de vérifier que les gens de retour de voyage effectuent bien leur test. Des sanctions sont prévues en cas de non-respect de la quarantaine et du testing, mais les applique-t-on ?’