Le pass sanitaire : un instrument à l’efficacité discutable

L’accord au sein du gouvernement bruxellois pour introduire des tickets sanitaires – « le pass sanitaire » – pour ceux qui veulent se rendre dans un hôpital, un café ou un restaurant n’était pas inattendu. Pour l’instant, ce système est déjà en place pour les grands événements, mais à partir d’octobre, il aura un impact sur la vie quotidienne des Bruxellois et des personnes en visite à Bruxelles, comme c’est le cas en France.

L’idée est d’inciter les nombreux non-vaccinés bruxellois – qui sont concentrés dans les communes situées le long du canal – Anderlecht, Ville de Bruxelles, Koekelberg, Molenbeek, Saint-Josse-ten-Noode et Schaerbeek – à se faire vacciner. Même si cette méthode a évidemment permis d’augmenter le taux de vaccination en France, elle reste très discutable.

Instaurer une pénalité pour les personnes non-vaccinées qui finissent à l’hôpital avec le Covid ?

Tout d’abord, il y a la logique de la santé. Le vaccin protège à plus de 90% contre l’hospitalisation, on peut donc se demander pourquoi les personnes vaccinées devraient s’inquiéter de celles qui ne le sont pas.

Un contre-argument ici est que si les hôpitaux sont remplis de personnes non-vaccinées – l’unité de soins intensifs Covid des hôpitaux de Bruxelles est presque exclusivement remplie de personnes non-vaccinées – les soins réguliers des personnes vaccinées pourraient être compromis.

Geert Van Assche, médecin en chef de l’UZ Leuven, s’est vivement insurgé contre la décision d’obliger les hôpitaux à réserver à nouveau un quart du nombre de lits de soins intensifs aux patients atteints du virus, ce qui oblige à reporter les soins habituels. Il a déclaré : « La vaccination Corona est un choix personnel en Belgique, mais cela a des implications ». Un collègue de l’UZ Antwerpen, Philippe Jorens, donne plus de détails sur les personnes qui voient leurs soins réguliers reportés : « Il ne s’agit pas seulement de patients qui doivent subir une intervention chirurgicale lourde, mais aussi, par exemple, de jeunes gens souffrant d’une hémorragie cérébrale ou d’une personne ayant subi un traumatisme. Ils ont également droit à un lit, tout comme le patient corona ».

Au lieu de fonctionner avec des laissez-passer Corona restrictifs de liberté, on pourrait également contrer ce problème par un système dans lequel les personnes non-vaccinées doivent payer une pénalité supplémentaire si elles se retrouvent à l’hôpital avec le Covid, même si ce n’est qu’un montant symbolique. Cela inciterait probablement certaines personnes à réfléchir davantage au risque qu’elles prennent. Après tout, il n’est pas juste que l’un prenne des risques au détriment des autres.

Il est probablement trop tard pour que cette vague de Covid voie l’effet d’une telle politique, mais elle aurait certainement un effet à l’avenir.

D’autre part, les « anti-vaxx » (ceux qui s’opposent à la vaccination, ndlr) affirment que si des risques à long terme dus aux vaccins apparaissent un jour – ce que les scientifiques jugent très improbable car les risques ne sont, selon eux, qu’à court terme – alors les personnes vaccinées devraient payer plus cher si elles se retrouvent à l’hôpital. Il y a une logique à cela, mais il faut travailler sur la base de l’état actuel de la science – c’est ce que font les assureurs maladie – et pour l’instant, il y a un large consensus sur le fait que les vaccins sont sûrs – les effets secondaires sont extrêmement rares et ont également reçu beaucoup d’attention – et qu’ils sont efficaces contre le Covid. Les hôpitaux de Bruxelles en sont un exemple concret, puisque les unités de soins intensifs sont presque exclusivement composées de personnes non-vaccinées.

Dans ce contexte, il convient également de mentionner que la caste politique bruxelloise ne doit pas être vraiment fière. Le taux de vaccination y est si faible, soit en raison d’une politique inadéquate, soit parce que « la Région de Bruxelles-Capitale a échoué et échoue encore en termes d’intégration », comme le dit l’ancien ministre-président flamand et député européen N-VA Geert Bourgeois.

Un système de tarification supplémentaire pour les non-vaccinés pourrait donc être un moyen de responsabiliser les non-vaccinés sur le risque qu’ils souhaitent prendre, tout en évitant la restriction de liberté et les risques majeurs à long terme que comportent les pass sanitaires. Plus d’informations à ce sujet ci-dessous.

Les plus faibles ont plus intérêt à se faire tester plutôt que se faire vacciner

Fondamentalement, il y a aussi le fait scientifique très important que, bien que les personnes vaccinées soient protégées à 90 % contre l’hospitalisation en Covid, elles peuvent toujours transmettre le virus, même si elles seraient beaucoup moins infectieuses que les personnes non-vaccinées.

Il est probable que ce niveau de protection de plus de 90% soit inférieur chez les plus faibles – personnes très âgées ou malades – car il s’agit d’une moyenne. En outre, il existe un très petit groupe de personnes qui ne peuvent pas recevoir le vaccin pour des raisons médicales. Ce sont les personnes réellement touchées, mais comme les personnes vaccinées peuvent encore transmettre le virus, même moins facilement, il ne leur sert pas à grand-chose de savoir qu’elles n’ont été en contact qu’avec des personnes vaccinées.

Il serait beaucoup plus utile pour elles que toutes les personnes avec lesquelles elles sont en contact aient subi un test Covid. Il serait donc beaucoup plus judicieux de rendre obligatoire le test Covid pour le personnel médical et les visiteurs « non essentiels » dans les hôpitaux. Aujourd’hui, cela peut être fait assez rapidement, même si les tests rapides ne sont pas toujours parfaits, ce qui n’est pas un problème majeur, car l’essentiel est désormais de réduire le risque global.

Contrairement aux exigences de tests spécifiques pour certaines personnes en contact étroit avec les gens plus faibles, l’introduction du pass sanitaire revient à tirer au canon sur un moustique. Le moustique peut toujours s’échapper, car le canon du vaccin ne réduit que partiellement le risque d’infection.

La liberté individuelle en danger

La liberté individuelle, en revanche, est gravement compromise. Le gouvernement tente d’imposer son application CovidSafeBE à la population via le système de pass. Du point de vue de la vie privée, cela soulève de nombreuses questions. Le militant de la protection de la vie privée Matthias Dobbelaere-Welvaert, par exemple, déclare : « Le principe selon lequel nous ne devons pas violer notre intégrité médicale physique pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde subit une forte pression.

On peut donc imaginer qu’il sera extrêmement difficile d’abolir l’utilisation de ces laissez-passer sanitaires – probablement encore plus difficile que l’obligation de porter des masques buccaux en tissu ou chirurgicaux prétendument inutiles ou d’utiliser du gel pour les mains, ce qui ne tient pas compte du fait que la contamination par le Covid ne se produit guère en touchant des surfaces. Quant à la durée de la mesure d’imposition des pass, le ministre bruxellois Sven Gatz déclare que le gouvernement bruxellois « a l’intention de supprimer ces pass sanitaires au plus tard fin décembre ». Une abolition automatique aurait été préférable.

Dans les années à venir, des cas de Covid continueront à apparaître, qui peuvent, et vont être, utilisés comme justification. Peut-être qu’un médicament Covid peut apporter du réconfort ici.

L’application Covid offre également toutes sortes d’opportunités pour mettre en œuvre d’autres rêves fous de certains politiciens. Ce n’est un secret pour personne qu’une partie de la caste politique est ouvertement hostile aux voyages en avion ou à la consommation de viande. Pendant ce temps, les banques centrales développent des monnaies numériques gouvernementales, qui peuvent ensuite servir de justification à l’interdiction des espèces difficiles à tracer. Sans parler du système de crédit social chinois. Est-il si exagéré de penser que l’application Covid pourrait jouer un rôle particulièrement utile à cet égard pour les gouvernements ?

Peut-être moins farfelu : que se passe-t-il si l’on n’est considéré comme « vacciné » que si l’on a reçu une troisième injection, comme c’est le cas actuellement en Israël ? À l’heure actuelle, il existe des preuves scientifiques que les vaccins Covid ne fonctionnent effectivement à plein régime que pendant environ six mois, mais que se passerait-il si des procédures médicales étaient imposées comme condition pour lesquelles il y a beaucoup moins de consensus ? Ce ne serait pas la première fois que les experts ne savent pas tout parfaitement – un exemple: le chaos parmi les experts politiques en 2020 pour savoir si les masques buccaux ordinaires protègent ou non – comme dit précédemment, presque pas, contrairement aux masques FFP2.

Il n’y a, bien sûr, aucun plan pour faire évoluer tout cela dans cette direction, qui est défavorable à la liberté individuelle, mais cela se passe « en stoemelings » (en secret, ndlr), comme on dit à Bruxelles. Les mesures restrictives de grande envergure, telles que les restrictions d’accès aux restaurants et aux hôpitaux, qui sont peu utiles en termes de santé publique, n’ont pas leur place dans une société libre.


L’auteur Pieter Cleppe est rédacteur en chef de BrusselsReport, un nouveau site web qui se concentre sur les nouvelles et les analyses liées à la politique européenne.

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