Le drame économique de la dépopulation espagnole

Les maisons abandonnées du village de Cabreriza, province de Soria. La densité de population n’y est plus que de 2 hab/km². (John Milner / Images SOPA / Isopix)

Dans 23 des 50 provinces espagnoles, la population a diminué de moitié en 70 ans. Avec cette perte du capital humain, le pays du sud de l’Europe a également perdu beaucoup de poids économique.

L’exode espagnol n’est pas nouveau, au contraire. Certaines zones sont même déjà appelées ‘España vaciada’ ou ‘Espagne dépeuplée’ en français. Lundi, un rapport de l’agence de recherche Funcas met l’Espagne face à cette situation catastrophique.

En 1950, les 23 provinces, situées exclusivement à l’intérieur du pays, représentaient 34,1% de la population totale du pays. À l’époque, elles généraient 26,7% de la valeur ajoutée brute (ou GVA, un paramètre qui reflète la contribution d’une zone à l’économie totale) et 33,5% de l’emploi total.

Aujourd’hui, ce même territoire n’abrite plus que 18,1% de la population espagnole, ne produit que 16,1% du VAB et représente seulement 17% de l’emploi total.

Le régime Franco

Ce dépeuplement concerne principalement les zones rurales. L’industrialisation de l’agriculture a conduit à une évasion rurale remarquable des villages espagnols. Le dictateur de l’époque Franco voulait moderniser son pays à un rythme rapide.

Avec la mécanisation avancée de l’agriculture, les ouvriers agricoles ont vu leurs revenus partir en fumée. Dans le même temps, de la main-d’œuvre était demandée en nombre pour entretenir les usines flambant neuves dans les villes. Le dépeuplement de la campagne espagnole a alors commencé de manière irréversible.

Ce qui nous amène à la situation actuelle : 90% des Espagnols vivent dans environ 1.500 villes du pays, soit moins d’un tiers du territoire. Les provinces où le dépeuplement était le plus important ont également dû faire face au vieillissement de la population.

Selon le think tank Economistas sin Fronteras, près de 2000 villages disparaîtront dans les années à venir faute d’habitants. L’Espagne – comme l’Italie – est l’un des pays européens qui devraient perdre plus de la moitié de sa population d’ici 2100.

Répercussions économiques

Le dépeuplement des zones rurales espagnoles a naturellement des conséquences économiques. L’Espagne connait le plus haut taux de chômage chez les jeunes au sein de l’Union européenne. 40,7% des moins de 25 ans sont au chômage.

Dans 7 des régions les plus touchées, principalement à Madrid, la croissance cumulée du PIB depuis 1950 est plus basse d’un point de pourcentage par rapport à la moyenne nationale.

Cet exode pose un problème sérieux pour l’État. Il a créé deux Espagne : une Espagne ‘développée’ et une Espagne ‘vide’. En tête de l’agenda politique du gouvernement, on retrouve depuis des années le repeuplement de ses régions par des étrangers. Mais les résultats sont encore trop faibles pour en percevoir réellement les conséquences.