Le diable est dans les détails: le patron de la Fed n’utilisera plus le mot « transitoire » pour décrire l’inflation

Alors que de ce côté de l’Atlantique, Christine Lagarde s’obstine à coller le mot « temporaire » à l’inflation galopante, Jerome Powell fait machine arrière.

« Nous avons tendance à utiliser [le mot transitoire] pour signifier qu’il ne laissera pas de marque permanente sous la forme d’une inflation plus élevée », a déclaré mardi le président de la Fed, Jerome Powell, au Congrès. « Je pense que c’est probablement le bon moment pour retirer ce mot et essayer d’expliquer plus clairement ce que nous voulons dire. »

Aux États-Unis, l’inflation a dépassé les 6%. En Europe, l’inflation a atteint les 4,9% en moyenne en novembre, soit une augmentation de 0,8 point en à peine un mois. Et encore, ce nombre cache des réalités bien différentes sur le Vieux continent. En Belgique, l’inflation est 5,64 % soit le niveau le plus élevé depuis juillet 2008 (5,90 %). L’Espagne suit à 5,6%, suivi de l’Allemagne à 5,2%, des scores jamais atteints depuis 1992 et bien loin de l’objectif de 2% de la BCE.

Tout va bien, madame la marquise…

Mais Christine Lagarde, bâptisée Madame Inflation par la presse allemande, reste imperturbable. Durcir la politique monétaire et renforcer les taux d’intérêt n’est pas dans l’intérêt des États et de leur économie, juge-t-elle. Ces derniers peuvent s’endetter presque gratuitement, la BCE détient d’ailleurs 40% de la dette des États membres. Mais tout à un prix: l’argent gratuit ainsi déversé est pour beaucoup responsable de cette inflation qui touche les plus bas revenus et les épargnants. Interrogée par la presse allemande, Christine Lagarde met en cause la crise de l’approvisionnement: « Si nous resserrions la politique monétaire maintenant, il n’y aurait pas un porte-conteneurs ni un chauffeur de camion de plus. »

Aux États-Unis, la Fed adoptait la même position : l’inflation était surtout la cause de la crise de la chaine d’approvisionnement et des goulots d’étranglement. L’offre ne rencontre pas la demande, ce qui crée des distorsions sur le marché. Mais en interne, la pression est de plus en plus intense. Experts et analystes estiment même que la Fed devra augmenter trois fois les taux d’intérêt l’année prochaine pour maîtriser l’inflation. La banque centrale américaine devrait également arrêter le plus tôt possible son programme d’achat d’obligations. Le premier objectif porté à mi-2022 pourrait être avancé.

Du changement

Preuve que cela bouge du côté des États-Unis, ce discours de Jerome Powell devant le Congrès. La Fed utilisait le mot « transitoire » depuis le début de l’année et de la poussée inflationniste. « Le risque d’une inflation plus élevée a augmenté », a reconnu le banquier central. Comme en atteste la mesure d’inflation préférée de la Fed qui est l’indice des dépenses de consommation personnelle, qui a augmenté de 5%.

Powell envisage la prochaine étape sans toutefois céder à la panique: « Nous sommes face à une économie très forte mais aussi à des pressions inflationnistes très élevées. Il est donc pour nous temps de discuter lors de notre prochaine réunion – qui a lieu en décembre – s’il serait approprié de conclure nos achats quelques mois plus tôt. »

Au sein de la BCE, les langues se délient aussi. La semaine dernière, un membre du Conseil d’administration de la BCE a pour la première fois reconnu que l’inflation « penchait vers le haut » à long terme. Un timide aveu, mais qui nous change de la politique de l’autruche.

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