La réforme du marché du travail comme nouveau test pour la Vivaldi, mais surtout pour les relations entre les rouges et les verts: « Nous ne recevons jamais de soutien de leur part », peste-t-on du côté du PS

Le PS, Vooruit, Ecolo et Groen, qui disposent ensemble de 49 sièges, constituent en principe la force dominante de la coalition fédérale. Mais ensemble, ils ne parviennent pas vraiment à marquer la législature à gauche. La frustration est grande chez les socialistes, qui ont le sentiment de n’avoir aucun soutien en matière socio-économique. Avec la réforme du marché du travail sur la table du gouvernement fédéral cette semaine, un nouveau test s’annonce. « Ce manque de soutien de la famille écologiste sur les dossiers sociaux est la plus grande déception de cette coalition », analyse sévèrement le PS.

Dans l’actualité : « Groen doit évoluer vers un parti populaire progressiste », déclare Kristof Calvo (Groen).

Les détails : L’écologiste veut « se concentrer davantage sur les grandes similitudes avec les socialistes, et moins sur les petites différences. »

  • L’appel de Calvo arrive à un moment intéressant pour la rue de la Loi. Dans De Zondag, ce leader de Groen, qui s’est réfugié aux Pays-Bas où il travaille à temps partiel pour le think tank du parti, plaide avec force pour un rapprochement entre les Verts et les socialistes.
  • Le fait qu’aux Pays-Bas, GroenLinks et PVDA (les socialistes dans ce pays) s’opposent désormais conjointement au gouvernement Rutte IV, et qu’ils ont opéré comme un seul bloc pendant les négociations gouvernementales, joue certainement un rôle. M. Calvo n’appelle pas immédiatement au même type de coopération en Belgique, mais « c’est notre partenaire le plus logique », estime-t-il.
  • Et de surcroît, Calvo, qui a été mis sur la touche par son propre parti pour le poste de vice-premier ministre en 2020, veut « se concentrer sur les grandes similitudes et moins sur les petites différences ». « Et pour commencer, nous devrions être un peu plus cordiaux les uns envers les autres. Les Verts doivent évoluer vers un parti populaire progressiste : cela a toujours été mon rêve. »

Le contexte : les relations entre les Verts et les Rouges ne sont pas au beau fixe, et on le remarque au sein du gouvernement fédéral.

  • C’est un secret de polichinelle : les choses ne tournent pas rond à gauche, au sein de la Vivaldi. Et c’est assez frappant, ces tensions se retrouvent tant du côté flamand que du côté francophone.
  • Les relations entre Vooruit et Groen ont radicalement changé en l’espace de quelques années. Sous John Crombez, le sp.a s’est complètement enlisé : les socialistes ont à peine tenu tête à Groen lors des élections de 2019 et ont parfois semblé devenir le partenaire mineur des Verts. Crombez croyait fermement à la coopération progressiste, y compris au niveau local, ce qui signifiait de facto que les socialistes disparaissent complètement du paysage, y compris à Gand.
  • Avec l’arrivée de Conner Rousseau en tant que président, une dynamique complètement différente s’est amorcée : Vooruit a clairement pris ses distances avec Groen, a redressé la barre dans les sondages et a suivi sa propre voie dans les négociations gouvernementales.
  • De plus, la présidente de Groen, Meyrem Almaci, et Rousseau, qui ont des personnalités très différentes, ne s’entendent pas du tout. Il en va de même, en partie, pour leurs vice-premiers ministres au sein du Kern : aux côtés du quelque peu têtu et très expérimenté Frank Vandenbroucke (Vooruit), siège la néophyte Petra De Sutter (Groen), qui est louée par ses collègues pour son orientation vers le consensus.
  • Du côté francophone, la situation est similaire. Au sommet du PS, on est profondément déçu de la façon dont les « amis verts » agissent sur les questions socio-économiques.
  • « Ce manque de soutien de la famille écologiste sur les questions sociales est la plus grande déception de cette coalition », déclare une source haut placée.
  • La figure de Georges Gilkinet, vice-premier ministre d’Ecolo, y est aussi pour quelque chose : sa force politique n’est pas trop appréciée par les partenaires de la coalition.
  • Et donc il y a une frustration au sein du PS, à propos des Verts. « Nous ne recevons jamais de soutien de leur part quand c’est vraiment important. Ils ne se concentrent que sur leurs points, leurs dossiers verts. Et une fois que ceux-ci sont en place, ils ne semblent pas se soucier du reste, des questions socialement sensibles. Et les libéraux en jouent », telle est l’analyse que l’on fait de la dynamique au sein du kern.
  • C’est, certainement pour le PS, une explication du fait que les résultats de la Vivaldi restent en dessous des attentes pour eux. Avec le PTB qui leur souffle dans le cou, ils veulent prouver que ce gouvernement est vraiment différent du « gouvernement des droites » de Charles Michel. « Mais sans un tandem rouge-vert, il est beaucoup plus difficile de mettre la pression dans les dossiers sociaux ».

Pourquoi c’est important : Cette semaine, la réforme du marché du travail est sur la table.

  • L’ambition du gouvernement fédéral reste d’atteindre un taux d’emploi de 80 % pour la Belgique. Cela permettrait au pays d’atteindre les niveaux scandinaves et allemands et de maintenir l’ensemble du système social à un niveau abordable. Il ne s’agit pas d’un objectif sans engagement : la réforme des retraites sur laquelle travaille notamment Karine Lalieux (PS) part de ce principe. Si nous voulons maintenir le budget plus ou moins en équilibre, nous ne pouvons faire autrement.
  • Le coût de l’indexation, qui s’est accéléré en raison de l’inflation récente, prouve que cela sera nécessaire : l’indice pivot a été dépassé quatre fois en mois d’un an, ce qui signifie immédiatement que le paiement des pensions coûtera à l’État un montant supplémentaire de 4,2 milliards d’euros, écrit aujourd’hui De Standaard.
  • Pour atteindre ces 80 %, des réformes substantielles du marché du travail sont nécessaires. Seulement, les vivaldistes sont d’accord sur l’objectif final, pas sur la route qui y mène. En témoigne la tension qui entoure les réformes que le vice-premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne, en tant que ministre de l’Emploi, veut mettre en œuvre cette semaine.
  • Le PS se concentre sur les travailleurs des plateformes : les employés d’Uber et de Deliveroo. Pour eux, le PS veut introduire une « présomption de salarié », afin que ce soit aux plateformes de prouver le contraire. Mais c’est le cauchemar de ce type d’entreprises et cela semble difficile à accepter pour les libéraux. Sans oublier qu’il n’y a pas non plus de révolution pour le commerce électronique : ils restent extrêmement prudents quant à la flexibilité du travail de nuit et de week-end. Et cette fois, ils comptent explicitement sur le soutien des Verts.
  • Mais pour les libéraux, l’ensemble du dossier rouvre une vieille blessure. À l’époque du gouvernement Michel, il y avait toujours des tensions autour de ces emplois issus du commerce numérique. Kris Peeters (CD&V), en tant que « visage social » de ce gouvernement de droite, a mis le holà à l’époque. Sa réforme de l’emploi a été un échec.
  • Maintenant, c’est au PS d’expliquer aux syndicats qu’il facilitera le travail de nuit et du week-end : un dossier très sensible qui doit être emballé dans un plus grand accord, à savoir la réforme du marché du travail.
  • Cela a échoué lors du conclave budgétaire d’octobre dernier, après que le vice-premier ministre Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a annoncé lors de la conférence de presse, avec enthousiasme, « que ce gouvernement osait enfin réformer ». Mais quelques heures plus tard, le PS réduisait ses déclarations à néant, rien n’avait été décidé. Le tout était renvoyé aux partenaires sociaux. Les discussions de cette semaine sont donc la suite directe de cette séquence.
  • Il faudra voir comment le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) tente de faire passer ce dossier dans son gouvernement. Mais aussi, comment se manifeste cette fois l’entente entre rouges et verts, sur un dossier si sensible pour les socialistes francophones.
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