‘La flexibilité de l’économie collaborative est souvent une illusion’

Kirill Kukhmar/TASS/Sipa USA

L’économie collaborative peut offrir flexibilité et liberté aux travailleurs ayant des compétences spécialisées et une réserve financière. Pour beaucoup d’autres, cependant, ce type d’activités peut devenir un piège: ils n’ont souvent d’autre choix que d’accepter des emplois dits ‘zéro heure’. Et une fois ce pas franchi, il n’y a plus vraiment de retour en arrière possible.

Voilà en substance le message d’un rapport rédigé par le groupe de réflexion technologique Doteveryone et qui est basé sur une enquête réalisée auprès de travailleurs de l’économie collaborative britannique.

Liberté

Doteveryone affirme qu’un Britannique sur dix effectue aujourd’hui un travail dans l’économie collaborative au moins une fois par semaine. De plus en plus de secteurs utilisent des travailleurs ‘zéro heure’, pointe le rapport. L’économie collaborative britannique compte aujourd’hui près de cinq millions de travailleurs.

‘Pour certains, ces activités constituent une certaine forme de liberté, assortie d’un revenu confortable. Cette catégorie d’emplois a également joué un rôle important dans la réduction du chômage britannique à un niveau historiquement bas’, explique Doteveryone.

Lire aussi: L’inquiétante réalité derrière les 4% de chômage du Royaume-Uni

‘Plusieurs employés de l’économie collaborative témoignent également du fait qu’ils sont assez satisfaits de leurs revenus, à plein temps ou en complément d’une autre activité’, indiquent encore les auteurs du rapport. ‘Beaucoup d’autres, cependant, voient surtout les emplois de l’économie collaborative comme de véritables sables mouvants.’

‘Une fois que tous les frais ont été réglés, il s’avère souvent que les salaires ne permettent pas de gagner sa vie correctement. La flexibilité promise est également une illusion. En réalité, travailleurs doivent être disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ils doivent même souvent consentir à de gros efforts pour obtenir des missions’, souligne Doteveryone.

Stress

‘De plus, les travailleurs souffrent souvent du stress lié aux interactions constantes avec les clients’, évoquent encore les auteurs. ‘Car il suffit parfois d’une évaluation négative pour compromettre ses chances de se voir confier d’autres affectations. Sans oublier que de nombreux travailleurs déplorent le fait d’être traités comme des robots par leurs clients’.

‘L’économie collaborative peut être fantastique lorsque le travail est réalisé dans de bonnes conditions’, conclut Martha Lane Fox, directrice générale de Doteveryone. ‘Mais la facilité d’utilisation pour le client ne doit pas se faire au détriment des droits du travailleur, qui aspire à une sécurité financière et une existence digne.’

Deliveroo condamné pour travail dissimulé, une première en France

Par ailleurs, la plateforme de livraison de repas Deliveroo vient d’être condamnée en France pour travail dissimulé. Un livreur à vélo ayant travaillé pour Deliveroo à partir de 2015 demandait la requalification de son contrat de prestation de service en contrat de travail.

La justice française a ‘reconnu que le fait d’obliger le coursier à avoir un contrat de prestation de service était une volonté de frauder le code du travail de la part de Deliveroo et condamné l’entreprise à verser 30.000 euros au livreur’, selon l’avocat du plaignant, Me Kevin Mention, dont les propos ont été relayés par l’AFP.

Le statut d’indépendant des coursiers de Deliveroo et de ses concurrents est contesté dans de nombreux pays, dont la Belgique, et plusieurs décisions de justice ont déjà donné raison aux livreurs, note également l’agence de presse française.