La fermeture des commerces non essentiels était-elle nécessaire ? Retour sur une polémique qui sape la confiance…

Frank Vandenbroucke (Vooruit)
Frank Vandenbroucke (Vooruit) – Isopix

Le gouvernement d’Alexander De Croo doit gérer une première grande polémique sur la gestion de la crise sanitaire. Une polémique en deux temps: la Belgique est le pays d’Europe qui adopte l’approche la plus stricte pour Noël. Ensuite, c’est la sortie du ministre de la Santé, Frank Vandenbrouke, (sp.a) qui siffle aux oreilles des commerçants: la fermeture des commerces non essentiels, fin octobre, était une décision politique, qui ne reposait pas sur des données sanitaires tangibles. Une partie de la classe politique s’indigne, la N-VA en tête. Mais la plupart des partis sont pourtant représentés dans le Comité de concertation.

Dans l’actu : l’approche stricte du Comité de concertation a été vivement critiquée par Bart De Wever, président de la N-VA, et principal parti d’opposition du gouvernement fédéral. Il s’est déchainé sur les réseaux sociaux.

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  • ‘Pour qui se prend Bart De Wever?’ : cette phrase a été lâchée il y a déjà deux semaines par le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a) à l’adresse de l’homme politique le plus puissant de Flandre. Il s’agissait d’un débat dans un autre contexte – celui sur le dossier de la sortie du nucléaire. Mais il révélait politiquement une chose: la confiance retrouvée de la gauche au nord du pays. Les socialistes flamands se sentent à leur place dans la coalition Vivaldi et n’ont pas peur de s’attaquer au plus grand parti du pays.
  • Mais cette critique n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Bart De Wever a saisi une occasion en or de répliquer. Et il n’a pas fait dans la dentelle. En cause, une interview du même ministre de la Santé accordée ce week-end à la VRT.
  • Vandenbroucke y explique que la décision de fermer les commerces non essentiels – qui a couru dès début novembre – était une ‘décision-choc’ pour envoyer un signal à la population, et non une décision motivée par des données sanitaires. Les commerces n’étant pas particulièrement un foyer de contaminations, ont reconnu plusieurs experts, Erika Vlieghe en tête.
  • Ce passage de l’interview du ministre socialiste a été épinglé par la N-VA sur les réseaux sociaux. Bart De Wever saisit la balle au bond: ‘Nous supposions que les décisions du Premier ministre et du ministre de la Santé étaient basées sur la science et la raison. Si vous voulez achever les commerçants et saper le soutien de la population aux mesures, vous ne devez pas vous y prendre autrement.’
  • C’est la première vraie critique de Bart De Wever sur la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement De Croo. En fait, il avait été convenu avec le bourgmestre d’Anvers ‘de ne pas jouer à des jeux politiques’ autour du coronavirus. Le contrat est donc rompu.
  • En coulisse, ça fait déjà un certain temps que le leader de la N-VA est ennuyé par l’approche ‘dogmatique’ et ‘exagérée’ du ministre de la Santé. Pour lui, l’équipe fédérale ne prend pas assez en compte l’impact économique des mesures, qui touchent encore davantage la Flandre que le reste du pays.
  • Cependant, attaquer les mesures sanitaires, c’est aussi s’en prendre au ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA). Après tout, ces mesures sont décidées au sein du Comité de concertation, dans lequel la plupart des partis sont représentés, tant en Région qu’au fédéral.
  • Les pressions au sein même de la N-VA sont importantes. Sur Twitter, un groupe de députés nationalistes a exprimé sa colère face à l’attitude de Vandenbroucke, tout en touchant indirectement le Premier ministre flamand, forcément.

Vandenbroucke est dans le collimateur

  • L’expérimenté ministre de la Santé, revenu au-devant de la scène politique par la grande porte, fait grincer des dents. Rue de la Loi, il est surnommé par certains comme ‘le Premier ministre de l’ombre’. Il est vrai que la décision de fêter Noël en comité très restreint porte son empreinte. ‘Moralisateur’, ‘hautain’… les qualificatifs employés par ceux qui le critiquent sont révélateurs d’une certaine fatigue face à son attitude.
  • La N-VA n’est pas isolée. Au sein du MR, certains voulaient assouplir les mesures encore davantage. Au CD&V aussi. Même Elio Di Rupo a exercé une certaine pression. Mais ‘les Noëlistes’ ont fini par plier, en obtenant la réouverture des commerces non essentiels en contrepartie.
  • Pourtant, en Allemagne, on célèbrera la fête de Noël à dix personnes. La France a également assoupli ses règles, il n’y a jamais vraiment eu de bulle sociale dans l’Hexagone. En fait, c’est simple, la Belgique appliquera les règles les plus strictes d’Europe occidentale durant les fêtes.
  • Mais Vandenbroucke sait qu’il n’est pas seul. Il a reçu le soutien de nombreux experts ‘pour les décisions courageuses’ de vendredi dernier.

Cacophonie

  • Ce qu’il ressort sans doute de plus néfaste suite à cette polémique, c’est une certaine cacophonie. Ce matin sur Radio 1, Bart Somers (Open VLD) est venu au secours de la décision de fermer les magasins non essentiels: ‘Je pense que c’était vraiment nécessaire. Notre système était sous une pression extrême. Nous devions intervenir de manière drastique. Cela a donc été décidé à juste titre. Il fallait tout faire pour éviter les contacts.’ Du côté des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez et Denis Ducarme ont ouvertement remis en cause le ministre de la Santé dans la Dernière Heure. Le président du MR demande même ‘une objectivation des décisions par des données scientifiques’. L’ancien ministre des Indépendants demande lui à Vandenbroucke de ‘rendre des comptes’.
  • La population peut se montrer déconcertée. Les commerçants doivent eux tomber des nues. Qui croire? Que croire? Cette communication double ne favorisera pas le soutien de la population aux mesures, c’est une certitude.

  • Enfin, on se demande de plus en plus à quoi sert finalement ce Comité de concertation, si les responsables politiques ne s’y concertent pas davantage. Chaque sortie politique contradictoire donne une opportunité de ne pas suivre les mesures.

‘L’équipe des 11 millions de Belges’ reste avant tout un slogan.

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