‘La crise du coronavirus signe la fin du capitalisme néolibéral’

Isopix

‘Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons. Interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour. Interroger les faiblesses de nos démocraties (…) Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond, à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle.’

Les propos ci-dessus sont extraits d’un discours prononcé il y a deux semaines par le président français, Emmanuel Macron, lors de l’annonce des mesures de confinement instaurées pour lutter contre le covid-19.

Dans son intervention, le dirigeant a évoqué les conséquences de cette crise sanitaire sur le modèle économique qui régit notre monde depuis des décennies maintenant. Mais en raison de l’accent mis sur les mesures de lockdown, ce passage a reçu un traitement très discret dans les médias grand public.

La crise du coronavirus expose implacablement les faiblesses de notre modèle économique, n’a pas hésité à déclarer le président français.

Mardi, Emmanuel Macron a visité un site de production de masques buccaux dans la ville d’Angers. Il en a profité pour réaffirmer sa thèse. ‘Demain ne sera pas comme hier’, a-t-il clamé. ‘Nous devons reconstruire notre souveraineté nationale et européenne. Pour ce faire, la France doit recommencer à produire davantage’.

En fonction de la Russie et de la Chine

Ces dernières semaines, il est apparu clairement à quel point les États membres de l’UE sont devenus dépendants de la Russie et de la Chine pour leurs fournitures médicales. Les photos et les vidéos de l’avion russe IL-76 qui a atterri à Rome, pour y amener huit équipes médicales mobiles comprenant des médecins et des infirmières, ainsi que du matériel médical, ont fait le tour du monde.

Aleksandar Vučić, le président de la Serbie, aspirant pour une entrée dans l’UE, s’est exprimé de manière encore plus claire: ‘La Chine est le seul pays qui puisse nous aider. La solidarité européenne n’existe pas et est un conte de fées. La Chine est notre ami et notre frère’.

‘Merci frère Xi’, peut-on lire sur les panneaux publicitaires de la capitale serbe, Belgrade.

Au cours des dernières décennies, les pays occidentaux ont transféré une grande partie de leur production en Asie. Simplement parce que le capitalisme recherche le profit en utilisant les moyens de production là où ils sont les moins chers. Selon le PDG du géant français de la pharma Sanofi, 60 à 80% de tous les ingrédients pharmaceutiques actifs sont désormais produits en Inde ou en Chine.

Par conséquent, dans le contexte actuel de vie ou de mort, les infirmières belges sont devenues dépendantes du bon vouloir de Jack Ma pour leurs masques buccaux…

Voilà pourquoi Patrick Artus, l’économiste en chef de la banque d’affaires Natixis, a prédit, dans un mémo récemment envoyé à ses clients, ‘la fin du capitalisme néolibéral’ qui domine notre économie depuis plusieurs décennies maintenant.

La banque prévoit 4 conséquences économiques majeures de la crise du coronavirus

  1. Démondialisation: nous allons à nouveau produire plus localement.
  2. Il y aura une augmentation soutenue des dépenses publiques en matière de soins de santé, d’allocations de chômage et de soutiens aux entreprises. La crise marquera également la fin de l’austérité budgétaire et de la concurrence fiscale.
  3. Les gouvernements se rendront compte que l’État doit intervenir pour définir et développer les industries stratégiques: nouvelles technologies, produits pharmaceutiques, énergies renouvelables, etc.
  4. Ces mêmes autorités comprendront également que désormais la politique sociale doit viser à protéger l’ensemble de la population, et pas juste une partie. Cette idée pourrait même être acceptée aux États-Unis.

Selon Artus, tout cela signifierait donc la fin du ‘capitalisme néolibéral’, une doctrine qui a opté pour la mondialisation, la réduction du rôle de l’État et de la pression fiscale, les privatisations d’industries essentielles et, dans certains pays, une absence de protection sociale.