La Belgique évacue 1400 personnes d’Afghanistan : l’opération est interrompue, le débat européen sur l’accueil des réfugiés s’enflamme

Au cours des prochaines semaines, le gouvernement fédéral se retrouvera presque inévitablement dans un maelström européen de discussions sur l’accueil des réfugiés d’Afghanistan. Il est déjà clair qu’un certain nombre de pays, dont la Slovénie, présidente de l’UE, mais aussi l’Autriche et la Hongrie, ne veulent pas accueillir de réfugiés. En ce moment, une première vague est en route, après les opérations d’évacuation de Kaboul. Pour la Belgique, cela a représenté 23 vols et 1 400 personnes : le résultat de l’opération « Red Kite », que l’armée belge a menée en Afghanistan. 1 100 d’entre eux resteront en Belgique : ils ont déjà la nationalité ou ont dû partir parce qu’ils couraient un « risque extrême ». La question se posera inévitablement lorsqu’une vague encore plus importante de réfugiés arrivera d’Afghanistan.

Dans l’actualité : Le gouvernement fédéral conclut l’opération de sauvetage par une conférence de presse.

Les détails : « La menace est devenue trop grande », déclare le Premier ministre.

  • Le gouvernement fédéral a réuni tous les ministres concernés, avec le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) à la barre, aux côtés de Sophie Wilmès (MR) pour les Affaires étrangères, Ludivine Dedonder (PS) pour la Défense et Sammy Mahdi (CD&V) pour l’Asile et la Migration. L’objectif était de souligner la fin de la grande opération d’évacuation d’une manière fortement communicative.
  • La manière coordonnée de communiquer de l’équipe Vivaldi, avec des moments de presse communs, est frappante. Elle contraste avec l’approche plutôt chaotique du début de la crise, où les ministres Vivaldi n’étaient manifestement pas toujours sur la même longueur d’onde.
  • Au final, la Belgique a fait sortir quelque 1 400 personnes de Kaboul. Sur un total de 82 300, selon le chiffre avancé hier par la Maison Blanche, depuis le début des évacuations le 14 août. L’armée belge a ainsi effectué 1,7 % de toutes les sorties de personnes de Kaboul. En vitesse de croisière, 20 000 personnes par jour ont été sorties de Kaboul.
  • Les Belges ont décidé d’arrêter après que l’Otan ait commencé à lancer des avertissements de plus en plus pressants sur les dangers d’attaques contre l’aéroport de Kaboul. Hier, le patron de l’Otan, Jens Stoltenberg, a déclaré que le risque d’attentat, y compris les attaques suicides, était en augmentation. D’autres pays entendent également ce signal, mais le Royaume-Uni et les États-Unis, entre autres, n’ont pas encore complètement cessé d’évacuer : il y a encore plus de 10 000 personnes à l’aéroport qui attendent de partir.
  • « Hier, nous avons reçu des informations au niveau militaire en provenance des États-Unis et d’autres pays, selon lesquelles il y avait une menace d’attentats-suicides au sein de ces foules », a déclaré le Premier ministre.
  • Une grande opération du ministère de la défense visant à récupérer des personnes à Kaboul même par des bus a réussi cette semaine. Mais une deuxième tentative, avec un seul bus, a échoué. « C’est devenu de plus en plus difficile. Nous avons constaté que très peu de personnes ont réussi à entrer à l’aéroport », a déclaré M. De Croo.
  • « Il est également clair que dans les jours à venir, le maintien de l’aéroport tel qu’il est aujourd’hui prendra fin. Nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation où nos militaires, nos diplomates et peut-être les personnes que nous devons encore évacuer ne seraient pas en mesure de quitter l’aéroport. »

Une première analyse : l’Europe n’excelle pas dans une approche commune. Et il y a de la colère au sujet du rôle des États-Unis.

  • Interrogé sur sa première analyse, De Croo fait d’emblée un certain nombre de remarques. Ce qui frappe le plus, c’est que l’UE et l’OTAN devraient commencer à faire un sérieux examen de conscience.
  • « La rapidité avec laquelle les talibans ont conquis le pays nous a surpris et, au niveau international, nous l’avons mal évaluée », déclare M. De Croo. Mais d’emblée, il pointe aussi explicitement vers les États-Unis et le président Joe Biden.
  • « À l’époque, en 2001, nous avons accompagné les États-Unis en Afghanistan, sur la base de l’article 5 de l’Otan. Cela signifie que si un partenaire de l’Otan est attaqué, les autres répondent automatiquement. »
  • « De Croo fait allusion au fait que cet été, les Américains ont décidé très soudainement, unilatéralement, de retirer leurs soldats d’Afghanistan.
  • « Les États-Unis nous ont pris par surprise là aussi, et nous allons devoir avoir une discussion difficile à ce sujet au sein de l’Otan ».

Cette analyse, qui pointe du doigt les États-Unis, a également été faite au sein de l’équipe Vivaldi depuis un certain temps. « Joe Biden nous a mis face à un énorme problème, si soudainement », a déclaré un vice-premier ministre. Aujourd’hui, la Chambre des représentants se réunit également pour discuter de la crise, et il est plus que probable que toute une série de partis Vivaldi, et certainement aussi le PVDA-PTB, s’en prendront à la position américaine. Raoul Hedebouw (PVDA) parle depuis plusieurs jours des « Américains impérialistes qui ont provoqué le chaos ».
Mais M. De Croo se tourne également vers l’Europe : « La coopération au sein de l’Europe pour coordonner les opérations fonctionne, mais elle pourrait être bien meilleure. Nous avons vraiment besoin de meilleures structures à l’avenir. Maintenant, cela fonctionne avec des pays que nous connaissons, dont nous sommes proches, comme les Pays-Bas et le Luxembourg. » En réalité, la plupart des pays de l’UE, notamment les grands pays comme l’Allemagne et la France, ont mené leurs propres opérations, surtout au début : il n’y avait pas beaucoup de coopération militaire.
M. De Croo voit également une opportunité pour la diplomatie européenne de faire beaucoup plus ici, en termes de coopération. « Par exemple, dans le domaine des affaires consulaires, nous devons faire une évaluation afin d’aller vers plus de coopération. Les Belges, mais aussi les Autrichiens étaient en danger, nous sommes tous Européens, donc il devrait être possible de donner de l’aide pour délivrer des papiers et des passeports. »

Ce qui n’a pas été dit : La solidarité pour l’accueil au sein de l’UE devient (à nouveau) un problème.

  • Avec son plaidoyer pour plus de coopération, comme une analyse après la crise afghane, De Croo remet déjà la Belgique sur la voie diplomatique classique : plaider la coopération et la solidarité au niveau européen.
  • Ce qui n’a pas été abordé ce matin : une discussion inévitable et douloureuse sur les effets de la crise afghane sur les migrations devra suivre.
  • Aujourd’hui, les 27 pays de l’UE, par l’intermédiaire de leurs ambassadeurs, discutent des effets du changement de pouvoir en Afghanistan sur les migrations et la sécurité dans l’Union elle-même.
  • Plusieurs questions se posent : qu’adviendra-t-il de l’accueil des milliers de personnes qui sont déjà entrées dans l’UE ? Et qu’en est-il du futur flux de réfugiés, qui pourrait être plusieurs fois supérieur aux dizaines de milliers qui arrivent aujourd’hui ?
  • La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déjà fait preuve d’une grande fermeté à cet égard cette semaine. Devant la presse internationale, elle a parlé de « routes sûres », appelées « corridors humanitaires », pour « les femmes éduquées, les jeunes filles, les femmes journalistes, les activistes des droits de l’homme, les enseignantes, les juges, les avocats ». « Ils ne doivent pas tomber entre les mains des contrebandiers », a-t-elle déclaré.
  • Elle considère qu’il est de « notre devoir moral » d’offrir à ces personnes un abri et une nouvelle vie, et elle a également salué l’octroi d’un soutien financier supplémentaire de l’Europe aux États membres qui souhaitent le faire.
  • Mais ce message touche une corde sensible dans plusieurs pays européens. Il n’est pas surprenant que le Hongrois Victor Orban ne soit pas désireux d’accepter davantage de réfugiés, mais l’Autriche, avec Sebastian Kurz, ne veut rien savoir de l’acceptation de nouveaux réfugiés.
  • La réaction la plus notable a été celle de la Slovénie, pays qui préside actuellement l’UE, avec son Premier ministre Janez Jansa, un socialiste qui a une position très dure sur la migration. « L’UE n’ouvrira pas un corridor humanitaire ou migratoire européen pour l’Afghanistan ».
  • Il a ainsi dépassé son mandat : au sein de l’UE, cette discussion n’a pas encore été abordée. Il ne peut donc pas parler au nom des 27 pays. Jansa a été immédiatement critiqué, y compris par le président du Parlement européen.

L’essentiel : Une nouvelle crise des réfugiés fait que l’extrême droite se frotte les mains politiquement.

  • La discussion européenne est typique de la peur qui prévaut actuellement dans les milieux politiques en Europe. Là-bas, on veut à tout prix éviter la débâcle de 2015, lorsque l’Allemagne d’Angela Merkel a décidé d’ouvrir les portes aux réfugiés de Syrie.
  • Le Vlaams Belang, quant à lui, observe que le gouvernement fédéral met tous ses efforts dans la communication afin de faire sortir les réfugiés de Kaboul, et pense pouvoir « marquer des points » avec cela. Le parti d’extrême droite se prépare à faire campagne en force, si une nouvelle crise migratoire venait à éclater, afin de récupérer « leur » thème.
  • En ce sens, le débat qui aura lieu au sein de l’UE dans les jours et les semaines à venir revêt une grande importance pour le contexte politique belge : les effets électoraux pourraient être profonds. Fin 2018, le gouvernement Michel est tombé sur la question migratoire, l’élection suivante a vu le Vlaams Belang remporter une victoire gigantesque.

A suivre : Les inondations en Wallonie prennent une tournure politique.

Sur le plan médiatique, la crise afghane a complètement occulté les inondations dans le sud du pays : on ne s’intéresse guère à la souffrance durable qui y règne.
Un incident avec des réfugiés afghans à Spa, qui, en tant que commune sinistrée, a dû soudainement accueillir de nouveaux arrivants, est apparu dans la presse francophone : il s’agissait d’un malentendu entre le maire local chauffé à blanc de MR et le gouvernement fédéral.
Entre-temps, le Parlement wallon a donné son feu vert à une véritable enquête parlementaire sur la catastrophe. André Frédéric (PS), Jean-Paul Wahl (MR) et Stéphane Hazée (Ecolo) – les chefs de file des groupes de la majorité – se sont mis d’accord sur ce point hier.
C’est l’homme fort du PS, le président du Parlement Jean-Claude Marcourt (PS), qui dirigera personnellement la commission. Elle examinera les causes des inondations, notamment les travaux publics et la gestion des réservoirs, mais aussi les systèmes d’alerte et la chronologie des événements.
Le comité sera composé de dix membres : quatre du PS, trois du MR, deux d’Ecolo et un du cdH et du PTB. L’opposition dispose donc à peine de deux sièges, résultat du rapport de force électoral au Parlement wallon. Il reste à voir dans quelle mesure la commission d’enquête fonctionnera de manière critique.

Nettoyage : pouvez-vous maintenant entrer dans le jardin de votre voisin ou non ?

  • La nouvelle loi sur la propriété prend effet le 1er septembre. C’est encore une conséquence de l’effort de réforme et de modernisation du précédent ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V).
  • Il a fait réécrire le code civil obsolète de 1804. En 2015, divers groupes d’experts ont présenté une proposition de réforme, qui a été suivie en 2017 d’une consultation publique et d’une discussion approfondie au sein de la commission parlementaire de la justice. Le 4 février 2020, la loi sur la propriété a été approuvée à l’unanimité par le Parlement. Elle entrera en vigueur à partir de septembre.
  • Dès lors, vous avez le droit d’aller chercher une balle ou un animal de compagnie dans le jardin du voisin, comme ce nouveau droit en forme simple a été présenté dans les médias. Cela a suscité de nombreuses réactions.
  • L’actuel ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld), a alors proposé une « vérification des faits », une coutume en vogue dans certains médias pour « corriger » publiquement une question. Ironiquement, beaucoup de ces « vérifications des faits » s’avèrent ne pas être étanches non plus, puis une autre « vérification des faits » suit la « vérification des faits ». Celui qui prétend avoir le monopole de la vérité se rend donc vulnérable.
  • Mais Van Quickenborne a quand même tenté sa chance : une clarification juridique était nécessaire. « Il faut toujours avoir l’autorisation du propriétaire pour pénétrer sur son terrain afin de récupérer un objet ou un animal. Il n’est donc pas question que les voisins ou d’autres personnes puissent entrer dans le jardin de quelqu’un sans autorisation. Ce que ce paragraphe change par rapport à l’ancienne situation, c’est qu’une personne doit restituer un objet ou un animal qui a atterri par inadvertance sur sa propriété. Cela résout une ambiguïté juridique qui existait sous l’ancienne législation. Après tout, ce n’était pas dans la loi que cela devait arriver », dit-il dans son « factcheck ».
  • Et l’Union des agriculteurs, qui s’inquiétait du nouveau droit « de tolérer de facto l’accès lorsqu’il s’agit de traverser une propriété non clôturée », a également été apaisée : non, vous ne pouvez pas soudainement traverser un champ.  » On ne peut pas invoquer cette loi pour entrer dans un pré ou un champ. Pas même si le champ n’est pas utilisé cette année-là », a déclaré le ministre.

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