La BEI préconise de nouvelles dépenses publiques pour faire face à la vague de faillites et de pauvreté qui touchera l’Europe, mais reste-t-il encore de l’argent ?

Avec la guerre en Ukraine, la part de la population européenne exposée au risque de pauvreté augmente fortement. Le nombre d’entreprises enregistrant des pertes devrait quasi doubler et le nombre d’entreprises exposées à des risques de faillite augmente aussi. Des aides publiques pourraient être une mesure importante, mais les gouvernements ont-ils encore de la marge de manoeuvre?

La guerre en Ukraine fait rage depuis près de quatre mois, et les estimations de son impact sur l’économie européenne et mondiale sont nombreuses. La Banque d’investissement européenne (BEI) dresse également le portrait des conséquences du conflit pour l’économie de l’UE, dans un rapport publié mardi.

En résumé, l’institution située au Luxembourg estime qu’il y a des risques que la guerre ternisse la relance économique post-covid, fasse grimper les prix déjà élevés de l’énergie et qu’elle renforce les perturbations du commerce pouvant mettre à mal les entreprises. Elle voit le taux croissance de l’économie de l’UE tomber en dessous de 3%, au lieu de 4% comme prévu avant la guerre. Une récession pourrait arriver, poursuit-elle, si d’autres perturbations du commerce ou davantage de sanctions sont prises.

Le risque de pauvreté

Un autre élément que la BEI pointe est que la guerre, et ses impacts sur l’économie, pourraient pousser de plus en plus de personnes sous le seuil de pauvreté. « La hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie touchera les ménages à faibles revenus de manière disproportionnée, mais de façon variable selon les États membres de l’UE. Les ménages à faibles revenus des pays riches d’Europe du Nord et de l’Ouest sont mieux à même d’absorber la hausse des prix que les ménages d’Europe centrale et du Sud-Est, en grande partie parce que les taux d’épargne et les revenus sont généralement plus élevés », peut-on lire.

Les pays plus proches du front sont également plus durement touchés. En Slovaquie, le nombre de personnes en situation de risque de pauvreté augmente le plus à cause de la guerre, gagnant 4,3 points de pour cent par rapport à 2020, alors qu’à l’époque le pays était le deuxième le moins exposé au risque de pauvreté. Le premier, la République tchèque, gagne 3,5 points de pour cent et le risque de pauvreté touche désormais 15% de la population.

Les trois pays baltes voient également leur risque augmenter, avec 3,7 points pour l’Estonie, 3,0 pour la Lituanie et 2,9 pour la Lettonie. La Bulgarie et la Roumanie, les deux pays les plus exposés au risque de pauvreté avec déjà 30% de leur population touchée, voient le risque augmenter de respectivement 2,9 et 1,8 point.

La Belgique, tout de même éloignée du front, voit aussi le risque de pauvreté augmenter fortement, avec 2,3 points de pour cent, soit bien plus que ses pays voisins : 1,7 pour les Pays-Bas, 0,7 pour la France, 0,4 pour l’Allemagne et 0,1 pour le Luxembourg. Le risque de pauvreté serait désormais de 22,3% dans notre pays.

crédit : BEI

Le risque de faillites

Le risque que de plus en plus de personnes basculent dans la pauvreté a également un impact sur l’économie en général. « L’inflation déclenchée par la guerre pourrait réduire la consommation privée réelle dans l’Union européenne de 1,1%, bien que l’impact varie selon les pays. L’impact se fera davantage sentir dans les pays où la consommation est plus sensible aux prix de l’énergie et des denrées alimentaires et où une part relativement importante de la population est menacée par la pauvreté. Les pays d’Europe centrale et du Sud-Est ont tendance à être plus touchés », analyse le rapport.

Les ménages ne sont pas les seuls à souffrir des envolées de prix. Pour les entreprises, le risque de faillites explose également au vu de la guerre. Les petites entreprises, déjà durement touchées par la crise sanitaire et souvent sous perfusion des aides publiques, sont les plus exposées aux dangers. Les soucis principaux pour ces entreprises sont que les exportations sont réduites, que les prix de l’énergie grappillent les profits, et que les banques prêtent désormais plus difficilement. Dans cet environnement, la BEI s’attend à ce que la part d’entreprises qui enregistrent des pertes double en un an, passant de 8 à 15%. La part d’entreprises exposées au risque de faillite passe de 10 à 17%. Les secteurs les plus touchés seront les produits chimiques et les médicaments, le transport, l’agriculture et l’alimentaire. Le risque est, ici aussi, plus élevé dans les pays plus proches de l’Ukraine, mais aussi dans le sud de l’Europe.

Que faire?

Pour faire face à cette augmentation du risque de pauvreté, la BEI rappelle que lors de la crise sanitaire, les aides publiques étaient un élément clé pour endiguer l’explosion de la pauvreté, et dans la crise actuelle, de telles aides devraient également être déployées. Les différents gouvernements européens prennent déjà des mesures de soutien public, comme la réduction de la TVA, des boucliers tarifaires ou des chèques énergie.

« Le maintien d’une bonne coordination des politiques publiques sera crucial pour gérer l’impact économique de la guerre et enverra un signal clair aux marchés, réduisant ainsi l’incertitude et tempérant les risques d’une nouvelle récession. La BEI est prête à accorder des financements à long terme à des taux favorables pour abriter une reprise verte et durable et soutenir une croissance inclusive », propose le vice-président de l’Institution, Ricardo Mourinho Félix, comme solution pour limiter le ralentissement économique.

Mais ce n’est pas si simple que cela. Et la BEI en est consciente. Elle sait que les finances publiques seront déjà mises à l’épreuve avec l’arrivée des réfugiés ukrainiens, les aides par rapport aux prix de l’énergie et l’augmentation des dépenses militaires. Les Etats sont aussi touchés par l’inflation : les frais, comme les salaires des fonctionnaires et autres indemnités, augmentent. Cela est particulièrement vrai pour la Belgique, où les salaires sont indexés automatiquement.

Nombre de pays dépassent déjà les balises de Maastricht en termes d’équilibre budgétaire, et si creuser davantage les dettes peut donner un coup de pouce à l’économie et aux ménages à court terme, mais à moyen et à long terme, il faudra les rembourser et une dette trop importante peut aussi mener à une grave crise économique.

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