Principaux renseignements
- Jan De Nul et DEME s’affrontent pour remporter un contrat historique de dragage de 10 milliards de dollars en Argentine.
- Des responsables américains mettent en garde contre la possibilité que des mandataires chinois s’infiltrent dans le projet par l’intermédiaire de Jan De Nul.
- Des alliances stratégiques et des allégations de corruption jettent le doute sur la légitimité du processus d’appel d’offres.
Les tensions s’intensifient entre les géants maritimes belges Jan De Nul et DEME, qui se disputent un gigantesque projet de dragage sur le fleuve Paraná en Argentine. Ce contrat, estimé à dix milliards de dollars sur 25 ans, est l’un des plus importants de l’histoire du secteur. Alors que le gouvernement argentin, dirigé par le président Javier Milei, cherche à approfondir le fleuve pour faciliter les exportations agricoles, le processus de sélection est devenu un point de friction géopolitique.
Préoccupations sécuritaires américaines et influence chinoise
Brian Mast, qui préside la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, a tiré la sonnette d’alarme concernant une ingérence potentielle de la Chine. Dans une lettre adressée au secrétaire d’État Marco Rubio, Mast a fait valoir que la Chine tentait de contourner les règles interdisant les entreprises publiques en recourant à des intermédiaires privés. Plus précisément, la lettre exprime la crainte que Jan De Nul entretienne des liens durables avec des entités publiques chinoises par l’intermédiaire de son partenaire argentin, Servimagnus SA. Selon le responsable américain, l’attribution du projet à Jan De Nul mettrait en péril la sécurité nationale tant des États-Unis que de l’Argentine.
Jan De Nul, qui dispose actuellement d’un avantage technique grâce à sa longue expérience dans l’entretien de la voie navigable, a vigoureusement nié ces accusations. Tant l’entreprise que Servimagnus ont qualifié les allégations d’implication chinoise de malveillantes et de fausses, affirmant qu’aucune entreprise chinoise ne participe en tant que fournisseur ou partenaire. De même, Servimagnus a précisé que, bien qu’elle ait collaboré avec des entités chinoises par le passé, aucune relation de ce type n’existe actuellement.
Alliances stratégiques et pressions diplomatiques
De l’autre côté de la compétition, le groupe DEME a formé un consortium comprenant la société américaine Great Lakes Dredge & Dock Corp et la société d’investissement KKR & Co. Ce groupe a reçu le soutien de l’Advocacy Center du département américain du Commerce. Afin d’influencer l’issue du marché, des responsables argentins, dont le conseiller Santiago Caputo, se sont rendus à Washington pour discuter de ces préoccupations en matière de sécurité avec des représentants américains.
Des allégations de irrégularités dans le processus d’appel d’offres viennent encore compliquer la situation. Le consortium DEME a affirmé qu’il y avait eu un parti pris injuste et un calendrier précipité qui favorisait Jan De Nul. De plus, les procureurs anticorruption argentins ont relevé des irrégularités « évidentes » dans la manière dont l’appel d’offres a été géré. Malgré ces controverses, l’Agence nationale des ports et de la navigation argentine soutient que le processus était rigoureux, suggérant que les partenariats antérieurs avec des entreprises chinoises ne constituent pas des motifs valables pour disqualifier un soumissionnaire. (fc)
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