Principaux renseignements
- Deel, un acteur mondial du secteur des ressources humaines, a annoncé vendredi le lancement du paiement des salaires sous forme de stablecoins via sa propre plateforme cryptographique.
- Cela serait particulièrement intéressant pour les grandes entreprises internationales employant des salariés (en télétravail) dans différents pays.
- Cela peut en soi être intéressant dans d’autres pays, mais n’a pas vraiment de sens pour les travailleurs belges employés par une entreprise étrangère.
La plateforme RH Deel permettra bientôt aux entreprises internationales de verser les salaires de leurs employés en cryptomonnaie. C’est ce qu’a annoncé Deel vendredi dans un communiqué de presse. Depuis janvier 2026, les entreprises pouvaient déjà payer leurs frais de paie via Deel en utilisant des stablecoins, des cryptomonnaies indexées à parité 1:1 sur une monnaie fiduciaire. Deel étend désormais cette infrastructure afin de pouvoir également payer directement les employés en stablecoins.
Salaire en cryptomonnaie
Selon Deel, le paiement en cryptomonnaie est simple et pérenne. L’employeur active la fonctionnalité sur la plateforme, après quoi les employés s’inscrivent une seule fois et reçoivent alors automatiquement des stablecoins à chaque jour de paie. Cette fonctionnalité est gratuite pour les employeurs et est rendue possible par BVNK, une plateforme internationale de trading de stablecoins.
L’avenir du paiement des salaires ?
Pour les entreprises internationales, cela signifierait que les transactions pourraient être effectuées en quelques minutes seulement, sans devoir attendre plusieurs jours pour la conversion. Cela peut se comprendre pour un grand acteur international. Selon Thierry Edde, responsable crypto chez Deel, cela permettrait également de réduire les pertes d’argent dues à la volatilité des taux de conversion.
Chris Harmse, directeur commercial et cofondateur de BVNK, affirme que le traitement des salaires est l’un des derniers grands processus financiers encore limité par des systèmes obsolètes. Selon lui, les salaires seront de plus en plus souvent versés en stablecoins, qui ne sont pas limités par les frontières nationales ou les systèmes financiers.
Une valeur refuge qui peut rapporter
Un portefeuille crypto qui se recharge automatiquement est un avantage appréciable pour ceux qui investissent activement dans les cryptomonnaies. Pour ceux qui n’en avaient pas l’intention ou qui n’en ont pas l’intention, un salaire en stablecoins n’a guère de sens. La détention de stablecoins a une utilité spécifique qui diffère de l’épargne traditionnelle (où laisser son argent rapporte des intérêts) ou des investissements dans des cryptomonnaies volatiles comme le bitcoin (où la valeur peut augmenter rapidement, mais s’évaporer tout aussi vite). Ils servent avant tout de refuge relativement plus sûr au sein du marché des cryptomonnaies, mais ne sont en aucun cas infaillibles. Les stablecoins peuvent être utilisés pour effectuer des conversions très rapides lors d’investissements dans d’autres cryptomonnaies (plus volatiles).
Grâce au staking, la détention de stablecoins peut toutefois être rentable. Ce principe est comparable aux intérêts sur les livrets d’épargne. Vous donnez à une plateforme ou à un pool de liquidités l’accès à vos stablecoins et vous les autorisez à les utiliser. En échange, vous recevez un rendement. Celui-ci peut varier entre 4 et 12 pour cent. C’est plus élevé que les taux d’intérêt classiques sur l’épargne, mais avec beaucoup plus de risques. Vous courez toujours le risque que la plateforme fasse faillite, soit piratée ou gère mal les fonds. Lorsqu’un stablecoin subit une perte de valeur pendant une période de staking, il est bloqué pour vous et vous ne pouvez pas le vendre rapidement.
Complication supplémentaire
Dans les pays où l’inflation bat son plein, il est compréhensible qu’un refuge sûr soit essentiel pour les habitants. Pensez par exemple à des pays comme l’Argentine ou la Turquie, où l’inflation annuelle avoisine les 40 pour cent. Là-bas, il peut être judicieux de disposer d’une alternative d’épargne à la monnaie locale peu fiable.
À ce jour, il n’est d’ailleurs pas possible en Belgique, comme dans la plupart des pays, d’effectuer des paiements quotidiens en stablecoin. Pour le boulanger, la station-service ou le fisc, des conversions en euros seront donc toujours nécessaires.
De plus, un paiement en crypto-monnaie entraîne des complications fiscales supplémentaires. Tous les pays n’appliquent pas la même fiscalité aux crypto-monnaies. En Belgique, les crypto-monnaies perçues à titre de salaire sont imposées de la même manière que les salaires en monnaie fiduciaire, via l’impôt sur le revenu classique. En Italie, par exemple, la situation est bien moins avantageuse : la charge fiscale sur les stablecoins y atteint 33 pour cent, tandis que l’impôt classique sur les salaires varie entre 23 et 43 pour cent.
Risques pour la monnaie
Enfin, miser entièrement sur les paiements en stablecoins n’est pas sans risque. Bien qu’ils soient conçus pour être à parité avec une monnaie physique, ils ne sont pas gérés par une banque centrale ni par un organisme de tutelle. Lorsqu’un stablecoin perd son ancrage à la monnaie sous-jacente, on parle de « depeg ». En théorie, cela peut se traduire par une hausse, ce qui ferait soudainement grimper la valeur des salaires versés, mais le plus souvent, c’est l’inverse qui se produit.
Lorsque la confiance dans un stablecoin diminue, celui-ci peut rencontrer des problèmes de liquidité si trop de personnes souhaitent le vendre simultanément. Une situation hypothétique dans laquelle tout un groupe de détenteurs d’un stablecoin partage des intérêts similaires (parce qu’ils travaillent, par exemple, pour une grande entreprise influente) et réagit de manière similaire à des stimuli négatifs (parce que, par exemple, cette entreprise connaît soudainement de très mauvais résultats) peut avoir des conséquences désastreuses et entraîner une forte dépréciation de ce stablecoin.
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