Jeff Bezos soupçonné d’avoir menti sous serment: cinq représentants demandent des comptes à son successeur chez Amazon

Auditionné sous serment dans le cadre d’une enquête antitrust de la Chambre des représentants l’an dernier, Jeff Bezos aurait menti. C’est du moins ce que soupçonnent cinq représentants. Ceux-ci viennent de donner deux semaines au nouveau patron d’Amazon pour prouver que son prédécesseur a bien la vérité.

Depuis 2019, la commission judiciaire de la Chambre des représentants enquête sur la concurrence sur les marchés numériques. Parmi les éléments qu’elle analyse, on retrouve la façon dont Amazon utiliserait les données des vendeurs tiers de sa plateforme. Et la question de savoir si l’entreprise favorise injustement ses propres produits.

Lors d’un témoignage sous serment devant la sous-commission antitrust de la commission judiciaire l’année dernière, Jeff Bezos avait déclaré que son entreprise interdisait aux employés d’utiliser les données sur les vendeurs individuels au profit des gammes de produits de la marque propre d’Amazon.

« Si nous découvrons que quelqu’un viole cette politique, nous prendrons des mesures », avait-il avancé.

Avant lui, lors d’une précédente audition, Nate Sutton, avocat général associé d’Amazon, avait lui aussi assuré que la firme n’avait jamais utilisé ces données pour créer ses produits de marque propre ou manipulé ses résultats de recherche à des fins privées.

« Les algorithmes sont optimisés pour prédire ce que les clients veulent acheter, quel que soit le vendeur », avait-il tout de même concédé, jouant de la nuance.

Une enquête journalistique qui relance tout

La semaine dernière, l’agence de presse Reuters a publié une vaste enquête autour des pratiques du géant de l’e-commerce. Obtenant des milliers de pages de documents internes à Amazon, elle a permis de révéler que la société n’était pas aussi blanche en la matière que ce qu’en ont dit leurs plus hauts responsables.

Reuters a ainsi indiqué qu’Amazon a déployé une politique secrète en Inde. Celle-ci consiste à manipuler les résultats de recherche pour mettre en avant les produits propres de l’entreprise. En outre, la firme est également accusée d’utiliser les données de ventes pour repérer les produits qui ont du succès, en vue de produire des contrefaçons maison. Une pratique mise en place à grande échelle, dans une grande gamme de produits, allant de vêtements à des meubles.

Suite à son enquête, l’agence de presse a aussi affirmé qu’au moins deux cadres supérieurs de la société étaient au courant de cette politique.

Les représentants prennent la balle au bond

Suite à la publication de cette enquête, cinq représentants (trois démocrates, deux républicains) de la commission judiciaire de la Chambre ont décidé d’écrire une lettre à Andy Jassy, le nouveau patron d’Amazon. Ils lui indiquent que les éléments avancés par Reuters sont « crédibles » et que les articles récents publiés dans d’autres médias « contredisent directement le témoignage sous serment et les déclarations des principaux dirigeants d’Amazon – y compris l’ancien PDG Jeffrey Bezos ».

« Au mieux, ce rapport confirme que les représentants d’Amazon ont trompé le Comité. Au pire, il démontre qu’ils ont peut-être menti au Congrès en violation possible du droit pénal fédéral », avertissent-ils. « Il est pénalement illégal de faire sciemment et volontairement des déclarations matériellement fausses, de dissimuler un fait matériel ou de fournir de toute autre manière de faux documents en réponse à une enquête du Congrès ».

Après ces mises en garde, les cinq représentants invitent Andy Jassy à fournir, avant le 1er novembre, des preuves corroborant les précédents témoignages et déclarations de l’entreprise.

La menace est sans équivoque. Si la nouvelle direction d’Amazon ne fait pas la lumière sur cette affaire, les représentants n’hésiteront pas à la renvoyer au ministère de la Justice. Pour une enquête criminelle.

Amazon a déjà démenti

Après la révélation du scandale par Reuters, Amazon avait déjà réagi. Et, sans surprise, elle avait rejeté les accusations, les qualifiant de « factuellement incorrectes et sans fondement ».

« Comme nous l’avons déjà déclaré, nous avons une politique interne, qui va au-delà de la politique de tout autre détaillant dont nous avons connaissance, qui interdit l’utilisation des données individuelles des vendeurs pour développer des produits de marque privée Amazon », avait à nouveau clamé le numéro 1 du commerce en ligne.

« Nous enquêtons sur toute allégation selon laquelle cette politique aurait été violée et prenons les mesures appropriées », avait ajouté Amazon.

Maintenant que les représentants ont écrit à Andy Jassy, ce simple démenti ne suffira pas à la firme pour s’en sortir. Elle va devoir livrer des preuves tangibles.

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