‘Imposer les distances sociales dans un avion est stupide’

‘Imposer les distances sociales dans un avion est idiot’. Cette déclaration vient de Michael O’Leary (qui d’autre ?), l’incomparable patron de la compagnie aérienne irlandaise à bas coût, Ryanair.

Mardi, la compagnie a annoncé qu’elle assurerait 1.000 vols par jour dès le 1er juillet, si les autorités européennes de l’aviation l’y autorisaient, évidemment. Ryanair en a profité pour diffuser une vidéo qui montre à quoi ressembleraient les vols ‘post-corona’.

En avril, O’Leary avait déjà déclaré que ‘si des mesures totalement inefficaces, comme laisser le siège du milieu libre, étaient prises’, Ryanair cesserait complètement ses activités. Le patron avait fait savoir sa position très claire au gouvernement irlandais: ‘Soit le gouvernement -lisez le contribuable – paie, soit nous ne volons pas’. Il ne parle pas ici des aides d’Etat accordées aux compagnies aériennes qu’il fustige. Mais bien de la compensation qu’entraînerait une telle mesure. Aucune compagnie aérienne ne veut voler à perte.

Sans aucun risque

Michael O’Leary. – EPA

O’Leary a rapidement reçu le soutien de l’industrie aérienne. Laisser un siège sur deux vide est totalement inutile selon Jean-Brice Dumont, directeur de l’ingénierie chez Airbus. Il explique que les risques de contamination dans un avion sont quasiment nuls. Et cela grâce aux systèmes de circulation de l’air des avions qui éradiquent 99,99% des microbes et virus.

Alexandre De Juniac, le président de l’association internationale de transport aérien, a lui aussi volé au secours de O’Leary dans un interview pour BFM Business. ‘Nous n’avons pas travaillé pendant 40 ans afin de démocratiser les billets d’avion, pour les rendre prohibitifs aujourd’hui. Allons-nous devoir augmenter leur prix de 30%?’ Pour lui, il faut plutôt imposer le masque, prendre la température des voyageurs avant leur embarquement et ne proposer que des plats 100% emballés à bord.

Si une distance sociale de 1,5 mètre devient obligatoire, les compagnies ne perdront pas seulement le siège du milieu, mais aussi celui de gauche et de droite. Il n’y aurait pas assez d’espace entre les rangées. Les voyageurs ne pourraient donc pas se tenir les uns derrière les autres. Les experts de l’aviation commerciale ont calculé qu’il faudrait réserver 7 sièges par passager.

Par exemple, un Boeing 747 avec 345 places à son bord ne pourrait être rempli qu’à maximum un quart de ses capacités. Dans ses avions, Ryanair peut normalement faire monter 189 personnes. Avec les règles de distanciation sociale, seule une trentaine de passagers seraient admis.

(EPA-EFE/Dafne Perez)

Prix du ticket: + 300%

Selon l’IATA, pour que les compagnies aériennes atteignent un seuil de rentabilité, il faut un facteur de remplissage entre 70 et 75%. Le Financial Times a calculé que si la distanciation sociale était imposée et qu’il était impossible de remplir les avions, le prix du billet devrait augmenter de 300% pour pouvoir espérer faire un profit.

De cette manière, un vol entre Londres et Hong Kong à 600 euros en classe économique chez British Airways pourrait vous coûter à l’avenir environ 1.750 euros. Cela diminuerait encore un peu plus le taux de remplissage, car de nombreuses personnes renonceraient à ce voyage qu’elles ne pourraient pas payer.

Compagnie aérienne et rentabilité sont deux mots qu’on retrouve rarement associés dans la même phrase. Et cela, Warren Buffett a dû l’admettre récemment. Sa société d’investissement, Berkshire Hathaway, a revendu ses participations dans quatre compagnies aériennes américaines. Selon Buffett, la covid-19 a recréé en profondeur le terrain de jeux. Berkshire Hathaway avait investi en 2016 dans quatre compagnies après avoir évité le secteur de l’aéronautique pendant des années. Mais maintenant, Buffett admet que c’était une erreur. ‘Nous n’allons plus financer des entreprises qui, à notre avis, vont à l’avenir devenir déficitaires.’

Buffett: ‘C’était une erreur d’investir dans l’industrie aéronautique’

Le secteur, quant à lui, annonce des pertes d’emplois massives, des restructurations et des faillites. Selon le CEO de Boeing, l’une des quatre principales entreprises aériennes américaines ne survivra pas jusqu’à la fin de l’année. De plus, le retour du marché au niveau atteint avant la crise n’arrivera pas avant plusieurs années selon les spécialistes du secteur.

Le respect de la distanciation sociale n’est donc possible que si le contribuable est prêt à en supporter le coût.