Guerre contre Trump: pourquoi la décision des Big Tech dégouline d’opportunisme

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Un commentaire de notre correspondant aux États-Unis, Dominique Dewitte.

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. Il s’agit de la citation la plus célèbre du philosophe français Voltaire. Mark Zuckerberg (PDG Facebook) et Jack Dorsey (PDG Twitter) ont un point de vue différent.

Dans une intervention remarquée, Angela Merkel a critiqué lundi la décision de Twitter et Facebook de couper la parole au président américain Donald Trump. Même le chef de l’opposition russe Alexei Navalny est de cet avis. Les Big Tech entreprennent désormais ce qui n’est resté qu’une intention durant quatre ans. Serait-ce parce que les Démocrates ont remporté les élections?

Merkel recommande aux États-Unis de suivre la voie allemande et de se conformer aux lois existantes en matière de discours de haine, plutôt que de laisser les réseaux sociaux faire le ménage. Navalny se montre également désarçonné dans une série de tweets sur l’opération visant à faire taire le président américain. Trump a été rejeté par l’électeur américain, mais ce même électeur ne peut pas voter contre les CEO des plateformes de médias sociaux.

‘Je reçois des menaces de mort tous les jours depuis des années et Twitter ne l’interdit à personne’

‘Ne me dites pas que Trump a été banni pour avoir enfreint les règlements de Twitter. Je reçois des menaces de mort tous les jours depuis des années et Twitter ne l’interdit à personne ‘, a écrit Navalny dans un tweet.

Ce dernier comprend que Twitter et Facebook soient des entreprises privées. Mais aussi ‘qu’il existe plusieurs exemples en Russie et en Chine d’entreprises privées appliquant la censure au nom du gouvernement’. La question est de savoir dans quelle mesure Twitter s’est tiré une balle dans le pied avec cette démarche. Le flux d’informations ininterrompu que Trump a généré avec ses 88 millions d’abonnés représentait une grande partie du trafic total de Twitter. En 24 heures, la valeur de l’entreprise a baissé de 10% lundi.

L’opportunisme dégouline de la décision de Twitter

Mais c’est surtout le moment où Trump est mis à l’écart qui est suspect. Le président américain viole les règles de Twitter depuis des années. Mais maintenant qu’un Démocrate arrive à la Maison Blanche et que le Congrès se teinte également de bleu, Zuckerberg et Dorsey changent soudainement leur fusil d’épaule. L’opportunisme dégouline de cette décision. Tant que Trump était aux commandes, quelques simulacres étaient suffisants pour les Big Tech. Après des années à nier le problème, elles se tournent maintenant vers des solutions ad hoc et la censure n’est pas loin. Pendant ce temps, des milliers de personnes moins connues continuent tranquillement à diffuser leurs messages de haine. Apparemment, des règles différentes s’appliquent à elles…

Plus de frustration, plus de radicalisation

Donald Trump a reçu 74 millions de votes le 3 novembre. C’est 8 millions de plus que Barack Obama en 2012. Quelques millions de ces personnes ont probablement changé d’avis sur Trump après les événements de la semaine dernière. Mais une grande majorité d’entre elles ne changera pas d’avis parce que certains CEO milliardaires se retournent désormais contre le président sortant. Au contraire, plus de frustration ne fera qu’entraîner plus de radicalisation.

Le Trumpisme résistera également à l’emménagement de Joe Biden à la Maison Blanche la semaine prochaine. Les démocraties n’écraseront pas les populistes en les privant de leurs canaux de communication préférés.

GAFA, partout et tout le temps

Premièrement, nos démocraties ont cédé leur souveraineté économique aux GAFA (Google – Amazon – Facebook – Apple). Nous leur avons permis d’utiliser des stratégies d’évitement fiscal extrêmement agressives. Ce sont les GAFA qui ont jusqu’à présent décidé où et combien d’impôts ils étaient prêts à payer.

Et maintenant, ces mêmes entreprises déterminent ce que nous pouvons encore dire et ce que nous ne pouvons plus dire, voire penser. Dès 2019, le sulfureux chirurgien et opinioniste français Laurent Alexandre déclarait que ‘Mark Zuckerberg (et maintenant Jack Dorsey) avait autant de pouvoir que le pape en 450 après JC’.

Le danger, c’est que Facebook et Twitter agissent comme arbitres de la vérité et de la décence pour près de 3 milliards de personnes. Aucun homme n’a jamais été dans cette position. Cela ne peut que mal se terminer…