Donald Trump ou l’implosion de ‘l’Élu’

Donald Trump president
Donald Trump – Isopix

Dans bon nombre de sondages, le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, possède désormais une avance de 15% sur l’actuel président, Donald Trump. À moins de 120 jours de l’élection, il s’agit de la plus grande avance jamais mesurée depuis… 1945. Il y a moins de six mois, Trump semblait pourtant sur la bonne voie pour être réélu, mais il s’est heurté à une ‘tempête parfaite’.

La pandémie, qui a culminé avec la plus grande crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale, a surtout mis en évidence le manque de leadership latent d’un homme qui aime parler de lui à grand renfort de superlatifs. Ajoutez à cela une forte dose d’autodestruction et un candidat d’opposition qui, malgré un âge avancé et un large répertoire de ‘gaffes’, peut compter sur la sympathie des indépendants et des électeurs indécis. Car Joe Biden n’est pas Hillary Clinton. Et voilà que l’autoproclamé ‘Élu’ creuse sa propre tombe, et ce avec beaucoup d’entrain.

Les jours les plus sombres de sa présidence

Donald Trump vit les jours les plus sombres de sa présidence. La pandémie a déjà fait près de 140.000 victimes américaines et semble inarrêtable. À aucun moment, le gouvernement Trump n’a réussi à formuler une réponse cohérente. Pire encore, la Maison Blanche semble avoir renoncé à combattre le virus.

Le Covid-19 fait maintenant rage dans les États du sud, traditionnellement républicains. La Floride compte aujourd’hui plus de nouveaux cas que New York à son apogée. Les gouverneurs locaux se tournent vers Trump pour obtenir des directives, mais celles-ci n’arrivent pas. Pris entre le marteau et l’enclume, ils ne manœuvrent pas vraiment autour de ce que veut ‘la base’, mais plutôt en fonction du charabia venu de Washington.

Au début, le virus n’était pas un problème. Puis, l’économie a dû fermer afin de le surmonter. Mais après cela, le médicament ne pouvait finalement pas être pire que la maladie et tout devait rouvrir… Le résultat? Après une explosion des cas confirmés, le nombre des décès est à nouveau en augmentation dans des dizaines d’États.

De nouveaux sondages de Quinnipiac et du Wall Street Journal/NBC indiquent un massacre des républicains en novembre

La Maison Blanche se trompe d’adversaire

Le week-end dernier, une nouvelle fronde a été menée contre Anthony Fauci, l’expert en santé et immunologiste de Trump. Mais une fois de plus, la Maison Blanche se trompe d’adversaire. Âgé de 78 ans, Fauci jouit d’une grande sympathie dans l’opinion publique et a servi sous pas moins de six présidents. En 2008, il a reçu la Médaille présidentielle de la liberté pour son travail sur le VIH/sida. Il s’agit de la plus haute distinction accordée aux citoyens par le gouvernement des États-Unis.

Par ailleurs, on a assisté la semaine dernière à l’annulation très controversée par le président de la peine de prison de Roger Stone. L’homme est une figure politique bien connue et particulièrement louche qui a tenté de persuader Donald Trump de se présenter à la présidence dès 1998.

Ces dernières années, Roger Stone – qui est le sujet de l’excellent documentaire de Netflix ‘Get me Roger Stone’ – s’est retrouvé empêtré dans les filets de l’enquête russe. En février, il a finalement été condamné à plus de trois ans de prison pour avoir menti au Congrès et influencé des témoins.

Les sondages se lisent comme une condamnation à mort

‘Notre gouvernement en difficulté est désormais dirigé par un régime de gangsters’, a écrit George Will, ancien commentateur de la Fox et conservateur bien connu, dans le Washington Post. Il y a donc suffisamment de raisons pour que les Américains doutent de la direction que prend leur pays.

À l’exception de sa base, peu de gens semblent encore prêts à accorder à Trump quatre années supplémentaires. De nouveaux sondages de Quinnipiac et du Wall Street Journal/NBC indiquent un massacre des républicains en novembre. Il en va de même pour le célèbre Cook Political Report. Même l’institut de sondage Rasmussen, qui était pourtant le seul à prédire correctement la victoire de Trump en 2016, donne désormais à Biden une avance de 3%. Pire encore, ces sondages se lisent comme une condamnation à mort.

Sans entrer dans les détails, on peut les résumer ainsi: un grand nombre d’Américains ne veulent plus de Trump comme président, ils l’estiment insuffisant à presque tous les niveaux, ne lui font pas confiance et n’ont pas l’impression qu’il travaille pour eux. Les experts politiques qui analysent les chiffres voient peu de scénarios qui pourraient mener à sa réélection.

L’amuseur public est devenu ennuyeux. Et parce qu’il anticipe sa défaite, il ne regarde plus vers le long terme

Trump lui-même sent le vent tourner. Il a annoncé mercredi soir qu’il remplaçait son directeur de campagne, Brad Parscale, par son assistant Bill Stepien, un fidèle de la première heure. La débâcle de Tulsa et de récents sondages de la Fox ont eu raison de Parscale. Le fait que Joe Biden soit en tête des sondages dans 5 des 6 ‘swing states’, et que les influents leaders d’opinion de la Fox commencent à penser que Trump pourrait effectivement perdre, jette même le doute au sein de la base du président en exercice.

À la fin de sa réthorique?

Celui que la campagne ne peut pas remplacer, c’est Trump lui-même. Au-delà de ses diatribes quotidiennes dans lesquelles il menace tous ceux qui ne se soumettent pas à lui à 100%, Trump semble progressivement arriver au bout de son rouleau. Aussi parce que sa diarrhée verbale sur Twitter semble avoir de moins en moins d’effet.

‘En raison d’une utilisation intempestive, la rhétorique épicée déployée par le président sur tous les sujets n’a plus beaucoup de saveur’, estime encore Will. ‘L’amuseur public est devenu ennuyeux. Et parce qu’il anticipe sa défaite, il ne regarde plus vers le long terme.’

L’implosion de ‘l’Élu’ autoproclamé semble être en cours. ‘Make America Great Again’ était toutefois un slogan génial. Ce que les Américains ont accompli, peu d’autres ont été capables de le faire. Ils ont bâti l’Empire State Building, en 1931, en précisément 410 jours. Et ils ont été les premiers, et sont toujours les seuls, à envoyer un homme sur la lune.

Donald Trump a vu tout cela, en bien plus grand. ‘Mars sera la nouvelle cible, car la lune ne fait pas assez appel à l’imagination’, avait-il déclaré l’année dernière. Mais sous sa présidence, les Américains ne peuvent pour l’instant même plus se rendre en Europe…