Des chercheurs ont volontairement infecté des jeunes avec le Covid-19: voici leurs conclusions

Des chercheurs britanniques ont réuni de jeunes volontaires pour leur inoculer le virus à l’origine du Covid-19, afin d’étudier au plus près la façon dont celui-ci entrait, s’exprimait puis était éliminé de l’organisme. Leurs conclusions sont tombées.

Issue d’un partenariat entre l’Imperial College London, la Vaccine Taskforce, le Department of Health and Social Care (DHSC), hVIVO et le Royal Free London NHS Foundation Trust, l’étude a consisté à exposer 36 volontaires au SRAS-CoV-2. Âgés de 18 à 30 ans, ceux-ci n’avaient reçu aucune dose de vaccin et n’avaient jamais été infectés par le virus précédemment, un test préalable ayant permis de vérifier qu’ils ne disposaient d’aucun anticorps.

Chaque volontaire a reçu une faible dose du virus sous forme de gouttes administrées par voie nasale. Ces gouttes contenaient à peu près la même quantité de virus que celle que l’on trouve dans une seule gouttelette de liquide nasal d’une personne infectée par le Covid-19 au moment où elle est le plus contagieuse, note l’Imperial College London dans un communiqué.

C’est une version du SRAS-CoV-2 antérieure au variant Alpha, mais différente de la version originale, qui a été utilisée pour l’étude. Elle portait une mutation appelée D614G, qui affecte la protéine spike.

Aucun cas de forme grave

Dans les jours qui ont suivi, les chercheurs ont pu relever l’effet du virus sur l’organisme des volontaires. Voici ce qui est arrivé:

  • 18 (sur 36) ont effectivement été infectés: pile la moitié.
  • 16 ont développé des symptômes légers à modérés (maux de gorge, céphalées, fièvre, fatigue, douleurs musculaires et articulaires).
    • 13 ont perdu l’odorat: 10 l’ont récupéré dans les 3 mois, 3 ont souffert du problème plus longtemps.
  • Aucun des volontaires n’a développé de symptômes graves.

Par conséquent, les conclusions qu’ont pu tirer les chercheurs ont surtout trait aux formes légères du Covid-19.

Qu’a-t-on observé ?

Les chercheurs ont mené une batterie de tests sur les volontaires infectés. Voici leurs conclusions:

  • La durée d’incubation moyenne (le temps écoulé entre l’exposition initiale et la première détection du virus par des tests) a été de 42 heures.
    • Le virus est d’abord apparu dans la gorge (en moyenne 40h après l’exposition) puis dans le nez (en moyenne 58h).
  • Une fois le virus détectable et détecte, sa présence a augmenté très rapidement.
    • Avec un pic de charge virale en moyenne 5 jours après l’exposition.
    • Bien qu’apparu d’abord dans la gorge, le virus a été présent en plus grande quantité dans le nez.
  • Les données ci-dessus ont été tirées de tests PCR (écouvillon dans la gorge et le nez puis analyse en laboratoire). Des tests antigéniques (tests rapides) ont aussi été effectués.
    • Ces tests rapides ont détecté le virus de manière fiable tout au long de l’infection.
    • Ils ont toutefois été moins sensibles au début et à la fin de l’infection, lorsque les charges virales étaient plus faibles. Cela a donc produit quelques »faux négatifs ».
    • « Même si au cours du premier ou du deuxième jour, ils peuvent être moins sensibles, si vous les utilisez correctement et de manière répétée, et que vous agissez en cas de résultat positif, cela aura un impact majeur sur l’interruption de la propagation virale », a assuré le Dr Christopher Chiu, un des auteurs de l’étude.
  • Les symptômes sont apparus rapidement: en moyenne 2 jours après l’exposition.
  • Qu’importe les symptômes (ou même leur absence), la charge virale a été similaire chez les 18 personnes infectées.
    • Selon les chercheurs, cela démontre une nouvelle fois que la transmission asymptomatique ne doit pas être négligée.
    • « De nombreuses personnes peuvent être en train d’excréter le virus sans s’en rendre compte. C’est vraiment marqué avec ce virus », a souligné la Pr Wendy Barclay.
  • Certaines des personnes qui n’ont pas atteint le seuil d’infection présentaient tout de même de très faibles niveaux de virus détectables dans leur nez et leur gorge.
    • Elles pourraient avoir été victimes d’une infection de très courte durée qui a été éliminée par l’activité immunitaire dans la muqueuse du nez et de la gorge.

Et maintenant, que fait-on ?

Les chercheurs ont à présent l’intention d’étudier pourquoi certains participants n’ont pas été infectés alors que d’autres l’ont été. Ils comptent également mener une expérience similaire avec le variant Delta. Pour le variant Omicron, ils n’ont pas encore décidé.

« Du point de vue de la transmission du virus liée aux charges virales très élevées, il est probable que nous sous-estimions l’infectivité parce que nous avons utilisé une ancienne souche du virus », a précisé le Dr Chiu. « Avec une souche plus récente, il pourrait y avoir des différences en termes de taille de la réponse, mais en définitive, nous pensons que notre étude est fondamentalement représentative de ce type d’infection. »

L’étude, publiée mardi dans la base de données des préimpressions de Springer Nature n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs. Lorsque cela aura été fait, l’équipe espère que son travail inspirera d’autres chercheurs à mener des études similaires, ce qui pourrait contribuer à accélérer le développement de la prochaine génération de vaccins et de médicaments antiviraux.

Bien que le SRAS-CoV-2 circule à vive allure dans les populations du monde entier depuis bientôt deux ans, de telles études sont bien plus fiables pour appréhender le virus. Elles ont notamment pour gros avantages de permettre de déterminer avec précision quand a eu lieu l’exposition, ainsi que quand sont apparus et comment ont évolué les symptômes et la charge virale.

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