Dans les entreprises américaines au salaire médian le plus bas, les rémunérations des directeurs ont explosé

En moyenne, les directeurs des entreprises américaines aux salaires les plus bas ont gagné 670 fois plus que le salaire médian au sein de leur entreprise – une forte augmentation par rapport à 2020. Amazon décroche la palme avec quasi 6.500 fois le salaire médian. En Belgique, cette différence est beaucoup moins forte.

2021, l’année des bons chiffres pour les entreprises. Le monde redémarrait après la pandémie, l’argent, sous formes de prêts, était quasi gratuit, et les actions et les indices boursiers se sont envolés. Les montants des rémunérations des dirigeants des entreprises se sont également multipliés.

Parmi les entreprises américaines au chiffre d’affaires le plus élevé, la rémunération moyenne a été de 20 millions par dirigeant, soit 31% de plus que l’année d’avant, montrait une étude récente. Une nouvelle recherche s’est penchée sur un autre aspect pour évaluer les rémunérations des dirigeants : le salaire médian de l’entreprise, et surtout celles où les salaires médians sont le plus bas.

Les 300 entreprises cotées à Wall Street où le salaire médian est le plus bas ont été passées au crible par l’Institute for Policy Studies, un think tank américain. Les dirigeants ont en moyenne gagné 10,6 millions de dollars, soit 2,5 millions de plus qu’en 2020. Le salaire médian des travailleurs a augmenté de 3.556 dollars, pour atteindre une moyenne de 23.968 dollars.

670 fois plus

Le ratio entre les deux a ainsi fortement augmenté aussi : les dirigeants gagnent désormais, en moyenne, 670 fois plus que le salaire médian dans leur entreprise, contre 604 fois en 2020. Parmi 49 entreprises sur les 300, le ratio a dépassé 1000 à 1. Le podium est occupé par :

  • Andy Jassy, le CEO d’Amazon, qui a gagné 212,7 millions de dollars, ou près de 6.500 fois le salaire médian (32.855 dollars).
  • Fabrizio Freda, CEO d’Estee Lauder, qui a gagné 66 millions de dollars, ou 1.965 fois le salaire médian (33.586 dollars).
  • Jay Snowden, CEO de Penn National Gaming, qui a gagné 65,9 millions de dollars, ou 1.942 fois le salaire médian (33.930 dollars).

L’étude montre encore qu’auprès de 106 de ces entreprises, le salaire médian n’a pas suivi l’évolution de l’inflation, soit 4,7% sur 2021. 69 entreprises ont même vu les salaires baisser. Parmi ces 106 entreprises, 67% ont racheté leurs propres actions, pour une valeur totale de 43,7 milliards de dollars. Ces opérations de rachat donnent généralement un coup de pouce aux actions, et les rémunérations des dirigeants, versées en partie en actions, augmentent en conséquence.

Avec la bénédiction de l’argent public

Parmi ces 300 entreprises, 40% ont signé des contrats pour livrer des services ou des biens à l’État, entre fin 2019 et début 2022, pour un total de 37,2 milliards de dollars. Parmi ces 119 entreprises, les dirigeants gagnaient en moyenne 571 fois plus que le salaire médian au sein de leur firme. Parmi six entreprises le salaire était moins de 100 fois plus élevé.

Ces énormes différences font cependant débat. Selon l’étude, 62% des Républicains et 75% des Démocrates sont en faveur d’un plafond, par rapport aux salaires des travailleurs. Un plafond pur et dur semble cependant peu probable. Des réformes plus spécifiques gagnent de plus en plus d’intérêt, comme des ratios entre la paie du directeur et celle du travailleur à respecter pour pouvoir exécuter des contrats publics, des taxes sur les salaires des directeurs, et des taxes et limitations sur les rachats de ses propres actions. Les actionnaires se prononcent également de plus en plus contre les salaires mirobolants des directeurs.

Et en Europe?

En Belgique notamment, le ratio est calculé entre le plus haut salaire et le plus bas. Depuis 2021, les entreprises européennes, cotées en bourse, doivent inclure ce ratio dans leurs chiffres, selon une directive européenne transposée dans le droit national. La directive prévoyait de comparer le salaire du directeur au salaire moyen des cinq dernières années.

Malgré cette comparaison en principe plus large, comme elle compare deux extrêmes et non un extrême à une valeur médiane, les écarts sont bien moins élevés en Belgique qu’aux États-Unis. En 2021, le CEO d’Inbev a gagné 208 fois plus que le plus bas salaire du groupe, rappelle l’Echo, et cet écart est le plus important du Bel 20. L’écart le plus faible est de 14, chez Cofinimmo.

Parmi les entreprises cotées au Bel 20, la rémunération moyenne des directeurs est de trois millions d’euros par an, en 2021. Le Centre de recherche de la Vlerick Business School, avec l’Echo, a calculé les tendances de ces différences, qui sont encore moins élevées que celles aux États-Unis : le ratio médian entre le plus haut et le plus bas salaire est de 34 pour le Bel 20, de 15 pour le Bel Mid, et de 11 pour le Bel Small.

En Europe aussi, des débats sur de plus fortes taxations ou des limitations des rémunérations de directeurs font régulièrement surface. Macron, candidat à l’élection présidentielle française, avait notamment jeté une telle pierre dans la mare. Mais jusqu’à présent, ces idées ne se sont pas vraiment concrétisées par des lois.

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