Cette mesure sous-exposée du paquet de sanctions européennes fait plus mal à la Russie que l’embargo sur le pétrole, mais pourrait pousser les prix du pétrole à la hausse

Lundi soir, les États membres de l’Union européenne sont parvenus à un accord sur un sixième paquet de sanctions. La mesure la plus frappante de ce paquet est l’embargo pétrolier, dont on parle beaucoup. Mais l’UE et le Royaume-Uni sont également parvenus à un accord sur une interdiction d’assurance pour les pétroliers transportant du pétrole russe. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences pour la Russie et le prix du pétrole.

L’Union européenne veut interdire 90% des importations de pétrole russe d’ici la fin de l’année. Dans une première phase, la fourniture de produits pétroliers russes par bateau sera interdite. Le pétrole russe sera ainsi interdit aux pays dotés de ports maritimes, dont la Belgique. Dans une deuxième phase, la Pologne et l’Allemagne n’importeront plus de pétrole russe par oléoducs.

Interdiction d’assurance pour les pétroliers transportant du pétrole russe

En tout état de cause, cela affectera profondément la Russie. Environ 30% des importations de pétrole de l’Union européenne proviennent de Russie et l’Europe représente plus de la moitié des exportations russes de pétrole. Mais l’UE, ainsi que le Royaume-Uni, ont pris une autre mesure pour freiner l’exportation de pétrole russe, à savoir l’interdiction d’assurer les pétroliers transportant de l’or noir russe. Les détails sont encore en cours d’élaboration, mais il est prévu que cette interdiction entre en vigueur dans les six mois.

Pourquoi une telle interdiction d’assurance pourrait-elle avoir de lourdes conséquences pour la Russie ? L’Europe veut empêcher la Russie de transporter du pétrole vers les pays qui ne suivent pas les sanctions occidentales contre la Fédération de Russie. Cette sanction pourrait également contrecarrer les tentatives de la Russie de vendre son pétrole en Asie.

Les compagnies d’assurance européennes et britanniques assurent la majeure partie du commerce mondial du pétrole. Et ce n’est pas un fait anodin, car peu d’entreprises sont prêtes à transporter du pétrole sur des pétroliers non assurés.

Evert Lataire, professeur de technologie maritime à UGent, explique à De Standaard que, selon le droit maritime international, les navires, y compris les pétroliers, peuvent naviguer dans les eaux internationales sans assurance. « Mais une fois qu’ils entrent dans un port ou veulent passer par le canal de Suez, par exemple, ils doivent se conformer à toutes sortes de règles strictes », précise-t-il. « Dans le cas contraire, ils peuvent être retenus par les autorités portuaires locales et/ou l’inspection maritime. »

Une interdiction similaire a mis fin aux exportations de pétrole iranien il y a dix ans, dans le cadre des efforts visant à contraindre Téhéran à négocier son programme nucléaire.

Deux contrats d’assurance

Le Wall Street Journal note que les armateurs et les négociants souscrivent généralement deux types de contrats d’assurance pour se protéger contre les pertes potentielles dues aux marées noires et autres dangers. L’un de ces types d’assurance est l’assurance sur la coque et les machines, qui couvre les dommages physiques causés aux navires et qui est généralement souscrite sur le marché des assurances de la Lloyd’s de Londres.

Le deuxième contrat d’assurance offre une protection contre les réclamations de tiers. L’International Group of P&I Clubs, qui compte des membres en Norvège, au Royaume-Uni, dans l’UE et ailleurs, fournit ce type d’assurance à environ 95% de la flotte mondiale de pétroliers (en tonnage).

Impact sur les prix?

L’interdiction de l’assurance pourrait bien faire grimper davantage les prix du pétrole, car il devient plus difficile pour la Russie de vendre du pétrole au niveau mondial. Le prix du baril de Brent a brièvement atteint 123,55 dollars mardi après l’annonce du sixième paquet de sanctions européennes, soit le niveau le plus élevé depuis fin mars. En attendant, le prix oscille autour de 115 dollars.

L’impact de cette hausse des prix se fera déjà sentir à la pompe ce jeudi. Le prix maximum du litre d’essence 95 (E10) augmentera de pas moins de 12,1 centimes d’euro pour atteindre 2,138 euros jeudi, un prix record.

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