L’Asie à la rescousse de Moscou? Les importations de pétrole russe explosent en Inde, et augmentent aussi en Chine

Les importations de pétrole russe ont été multipliées par 9 en Inde, au mois de mai. New Delhi clame que la part de pétrole russe est minime, et que les importations ont lieu pour un simple besoin énergétique. Le pétrole russe est effectivement moins cher. En Chine, les importations de pétrole russe augmentent également. Et avec son déconfinement, Pékin va avoir besoin de pétrole.

Les disputes des uns font le bonheur des autres, comme on dit. Les 27 Etats membres de l’Union européenne viennent de décréter un embargo quasi total sur le pétrole russe. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie avaient déjà fait de même, après l’invasion de l’Ukraine. Cela crée une distorsion de l’offre et de la demande : la Russie, avec ses barils sur les bras, doit les vendre moins cher pour s’en débarrasser (et les autres cours du pétrole partent à la hausse). Ce qui fait le bonheur de l’Inde, où les importations de pétrole russe explosent.

Le pétrole russe, qui coûte en moyenne 30 dollars de moins par baril depuis le début de la guerre, est une offre que l’Inde ne peut refuser. Selon les analyses de Refinitiv, cité par CNN Business, l’Inde a importé 3,36 millions de tonnes (ou 23 millions de barils) de pétrole russe en mai. C’est environ neuf fois plus que la moyenne mensuelle observée en 2021, soit 382.000 tonnes. C’est également plus du triple des importations du mois d’avril, à hauteur de 1,01 tonne. Sur le mois de mars, les importations étaient aussi en augmentation par rapport à la moyenne, avec 430.000 tonnes. Depuis le début de la guerre, fin février, la plus grande démocratie du monde a importé 4,8 millions de tonnes de pétrole russe.

« Ne pas politiser »

Le gouvernement indien n’a pas encore commenté l’embargo européen sur le pétrole russe. Mais plus tôt au mois de mai, le ministère du Pétrole et du Gaz avait nuancé cette hausse des importations depuis la Russie. « Malgré les tentatives d’en donner une image différente, les achats d’énergie à la Russie restent minuscules par rapport à la consommation totale de l’Inde. Les transactions énergétiques légitimes de l’Inde ne peuvent pas être politisées », clamait-il. Il indiquait également qu’il importait du pétrole depuis partout dans le monde, et en grande quantité depuis les Etats-Unis.

Les Etats-Unis précisément font de l’oeil à l’Inde et à son président Narenda Modi, pour que le pays condamne la guerre en Ukraine et rejoigne les sanctions. Mais jusqu’ici, l’Inde est restée silencieuse sur le sujet et ne prend pas parti. La Russie est cependant souvent considérée comme un de ses proches. Le pays réitère souvent qu’il se sert du pétrole russe pour alimenter sa demande en énergie mais qu’il ne faut pas voir cela comme une revendication politique. Des entreprises indiennes ont cependant déjà coupé leurs liens avec la Russie. La position générale peut donc semble un peu ambigüe.

Mais les achats d’énergie à la Russie sont-ils vraiment si « minuscules »? Les importations sur le mois de mai ont été multipliées par 9 par rapport à la moyenne. La part de pétrole russe dans les importations, avant de 2 à 3%, augmente donc également. Et si cette part augmente, une autre part, plus chère, est sans doute réduite, car cela n’aurait aucun sens d’acheter des millions de tonnes en plus, comme ça. En faisant le calcul avec les données de Refinitiv, si 2 à 3% correspondent à 382.000 tonnes, l’ensemble des importations est de 15,3 millions de tonnes. A importations totales égales, les importations russes du mois de mai correspondraient donc à plus d’un cinquième des importations.

Les données des prochains mois devraient donner une vision plus entière de la tendance. D’un autre côté, l’Inde est en pays en voie de développement, et compte parmi les plus pauvres du monde (avec des disparités de richesse énormes). Elle n’a peut-être pas réellement le choix d’épargner ces 30 dollars par baril, alors qu’elle est aussi touchée par l’inflation. Avec l’embargo européen, la Russie perd en plus son plus important marché (52% des exportations viennent en Europe). Le pétrole russe risque ainsi de devenir moins cher encore, et le pétrole d’autres origines plus cher encore. Alors que le fossé entre les deux prix se creuse, les pays en voie de développement sont susceptibles de faire appel aux ressources russes.

Et la Chine ?

L’Inde est souvent pointée du doigt comme un nouveau marché où la Russie peut écouler une partie des son pétrole, mais la Chine est également perçue comme un candidat. Pékin joue un jeu plus ambigu, affirmant tantôt ne pas augmenter les achats de pétrole russe, et affirmant tantôt le contraire.

Mais une chose est sûre : Shanghai se réveille de deux longs mois d’engourdissement. Les mesures sanitaires sont assouplies ce mercredi, le confinement prend fin, et l’activité économique peut redémarrer. La Chine a donc besoin de pétrole. On s’attend alors à ce que le pays, représentant 26% des exportations de pétrole russe, se serve chez son voisin du nord.

Et les importations ont effectivement commencé à augmenter. Selon les chiffres de OilX, qui observe les données des satellites et celles du secteur pour suivre les flux mondiaux de pétrole, cité par CNN, les importations (par oléoduc et par la mer) ont augmenté de 175.000 barils par jour sur le mois d’avril, soit une augmentation de 11% par rapport aux moyennes mensuelles de 2021. Sur le mois de mai, les importations via mer auraient augmenté de manière nette, selon des données préliminaires.

Il est certain qu’avec le retour en force de l’activité chinoise, les marchés du pétrole vont à nouveau vivre des moments tumultueux (surtout que maintenant l’Europe a prononcé son embargo). Les divers confinements de ces derniers mois permettaient en tout cas de limiter la hausse des prix provoquée par la guerre en Ukraine et son impact sur les exportations de pétrole. Dans ce contexte, le pétrole russe, moins cher, peut également faire de l’oeil à la Chine, où l’économie souffre des confinements.

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