Exclure la Russie de l’OPEP+? C’est peu probable, mais il y a une alternative

Des voix s’élèvent pour exclure la Russie de l’OPEP+, comme le pays n’arrive pas à suivre les objectifs fixé, et que son pétrole est soumis à embargo grandissant. Mais avec la soutien de l’Arabie saoudite, on en prend pas le chemin. Par contre, une exclusion des quotas n’est pas impossible.

Une perspective déjà pointée du doigt à plusieurs reprises, mais qui ne semble pour l’heure pas vraiment avoir de chances de se réaliser. Ejecter la Russie de l’OPEP+ -le groupe des dix alliés de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole- est-ce seulement possible? Pour l’heure, il semblerait que non. L’Arabie Saoudite, membre influent du cartel, tient à la présence de Moscou.

Mais dans les couloirs, certains pays souhaitent au moins pouvoir exclure la Russie des quotas de production de l’organisation, rapporte Bloomberg. Tous les mois, cette organisation définit le nombre de barils qui peuvent être extraits. Or, la Russie est le troisième producteur mondial, en termes de quantité. Mais le pays est visé par des sanctions, notamment via un embargo progressif décidé lundi soir par l’Union européenne. Déjà boycotée, sa production est en baisse et risque de passer en dessous des quotas imposés.

Le calcul est simple : d’autres pays veulent écarter la Russie des chiffres, et augmenter leur part dans les quotas totaux. Dans l’idéal, l’offre globale augmenterait, ce qui ferait baisser les prix du marché, tout en profitant aux pays qui augmentent individuellement leur production.

Un cadeau d’arrivée pour la visite de Biden?

En juin, le président américain Joe Biden part en tournée dans les pays du Golfe. Ces derniers temps, les relations n’ont pas été des plus cordiales entre Washington et les pays du Golfe. Est-ce qu’une exclusion de la Russie des quotas pourrait ainsi servir à détendre l’atmosphère ?

« Je pense qu’il y a de bonnes chances [de rupture], car il semble y avoir une certaine mise en place amicale avant la visite de Biden au Moyen-Orient », explique Stephen Innes, directeur associé chez SPI Asset Management, à Bloomberg. Helima Croft, stratégiste chez RBC Capital Markets LLC, estime également que Riyad et Washington cherchent à renouer le contact. Selon elle, avec le retrait de la Russie des quotas, l’Arabie Saoudite pourrait remettre plus de barils sur le marché, mais demandera sans doute d’autres contreparties. Une condition pourrait notamment être l’abandon des discussions autour de la levée des sanctions contre Téhéran. L’Iran n’est pas en bons termes avec l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe.

La part russe… mais pas plus

Pour comprendre le véritable enjeu, il faut dézoomer du contexte des quotas que Moscou n’arrive(ra) pas à atteindre. Avec la pandémie, l’OPEP a sévèrement réduit l’offre, car elle dépassait très largement la demande, et les prix tombaient dramatiquement jusqu’en négatif. Après la pandémie, l’activité économique a repris, mais la quantité de pétrole coupée du marché n’est pas revenue. Tous les mois, l’OPEP ajoute 400.000 barils par jour à la production (et 432.000 en mai et en juin de cette année). En conséquence, l’offre est en dessous de la demande, et les prix augmentent. Ces quotas sont ainsi en partie responsable de l’inflation que nous connaissons aujourd’hui.

C’est que les prix élevés arrangent l’OPEP. Depuis la reprise post-corona, différents Etats, comme les Etats-Unis, poussent l’OPEP à mettre davantage de pétrole sur le marché, pour calmer la hausse des prix. Mais l’OPEP n’a rien voulu savoir et a procédé, de mois en mois, à sa hausse régulière. La guerre, et les différents embargos, ne l’ont pas fait réagir non plus. L’organisation joue en fait avec le feu : d’un côté les prix élevés remplissent les caisses des Etat de l’OPEP (les compagnies pétrolières étant souvent publiques), mais d’un autre côté, des prix trop hauts peuvent freiner brusquement la demande. Des prix élevés sur une période trop longue peuvent également pousser plus rapidement à la transition énergétique, ce qui n’arrangerait pas l’OPEP non plus.

Or, avec la hausse des prix de cette semaine, qui dépassent les 120 dollars le baril, on se trouve dans un territoire où le prix (trop élevé) commence généralement à détruire la demande. Les éléments « embargo européen » et « déconfinement chinois » vont surtout continuer à faire pression sur les prix, car la demande pour le pétrole de l’OPEP (sans celui de Russie, pour l’Europe) va augmenter.

Mais si la Russie devait se faire exclure des quotas, il n’y aurait sans doute pas de miracle pour les prix. Certes, la part russe dans les quotas totaux sera remplacée par des parts saoudiennes, qataries, émiraties ou autres, et l’offre disponible sur le marché augmentera, mais les quotas totaux ne seront sans doute pas plus élevés que les mois précédents. La pression serait allégée, mais ne se dissiperait pas entièrement. Selon différents experts, un passage sous les 100 dollars le baril est même exclu dans ce cas de figure.

Les membres de l’OPEP+ se réunissent ce jeudi.

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