‘Censure’ de Twitter et comparaison aux BLM: l’embarrassante réaction des leaders australiens aux émeutes du Capitole

Le Premier ministre Scott Morrison (au centre) et le vice-Premier Michael McCormack (à gauche) n’ont pas pleinement condamné les violences du Capitole – Isopix

Alors que bon nombre de leaders mondiaux ont fermement condamné les émeutes qui ont ébranlé le Capitole la semaine dernière, le Premier ministre australien et son temporaire remplaçant ne leur emboîtent pas le pas. La réaction de ce dernier a même fait réagir Amnesty International.

La semaine dernière, le Premier ministre australien Scott Morrison (Parti libéral) a eu des mots qui ont quelque peu dénoté par rapport à la condamnation émise par les leaders mondiaux des événements de Washington. Il a condamné la violence ‘terriblement désolante’ des émeutiers et a appelé à une transition pacifique du pouvoir entre Donald Trump et Joe Biden. Par contre, il a refusé d’accuser Trump d’avoir été l’instigateur de l’assaut du Capitole.

Cela a valu à Morrisson les critiques des anciens Premiers ministres Kevin Rudd et Malcolm Turnbull, jugeant sa réaction ‘un peu faible’ et ‘un peu tiède’ par rapport à la condamnation des autres dirigeants mondiaux.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. C’était sans compter sur le vice-Premier ministre Michael McCormack (Parti national). Morrisson étant en vacances une semaine, c’est lui qui a repris temporairement ses fonctions. Et il est allé encore plus loin que Morrison.

Comparaison au mouvement BLM

Interrogé sur le possible déclenchement d’une procédure de destitution du président Trump, McCormack a botté en touche. ‘Cette question concerne uniquement les États-Unis d’Amérique’, a-t-il répondu.

En revanche, McCormack a bien voulu s’exprimer sur les émeutes qui ont eu lieu au Capitole mercredi dernier.

‘Il est regrettable d’avoir assisté aux événements du Capitole ces derniers jours – semblables aux émeutes raciales que nous avons vues dans tout le pays l’année dernière’, a déclaré McCormack lundi sur ABC Radio National. ‘Ce sont des événements malheureux et bien sûr, beaucoup de gens ne se souviennent pas de la façon dont vous avez monté le cheval ; ils se souviennent de la façon dont vous en êtes descendu. Et c’est malheureux que cela se soit produit.’

Cette comparaison a poussé Amnesty International à réagir, via Nolan Hunter, responsable des droits des indigènes dans la branche australienne de l’ONG. Pour lui, le Premier ministre faisans fonction devrait retirer ‘ses commentaires profondément offensants qui comparent les violentes attaques contre le Capitole américain à l’historique et important mouvement Black Lives Matters qui a balayé le monde l’année dernière’.

Hunter a accusé McCormack d’ignorer ‘les centaines de milliers de personnes qui sont solidaires, ici et dans le monde entier, et qui veulent faire du racisme systémique une chose du passé’.

‘Appeler le mouvement Black Lives Matters « émeutes raciales » prouve que le premier ministre en exercice a ignoré le message incroyablement important qu’il partageait’, a ajouté le représentant d’Amnesty International.

Critiques contre Twitter

McCormack s’est aussi exprimé sur la suspension du compte de Donald Trump par Twitter. ‘Il y a eu beaucoup de gens qui ont dit et fait beaucoup de choses sur Twitter auparavant qui n’ont pas reçu ce genre de condamnation ou même de censure. Mais je ne suis pas de ceux qui croient à ce genre de censure’, a-t-il déclaré.

Peu après cette déclaration, le Premier ministre faisant fonction a précisé sa pensée. Il a rappelé l’affaire du tweet d’un fonctionnaire chinois montrant un montage photo sur lequel un soldat australien s’apprêtant à décapiter un enfant en Afghanistan.

‘Je dis aux propriétaires de Twitter que si vous voulez retirer les commentaires de la personne qui est toujours le président américain, vous devez aussi penser à [supprimer] cette image trafiquée’, s’est-il expliqué.

La semaine dernière, le député George Christensen (Parti national) avait indiqué qu’il ferait pression pour que des lois ‘empêchent les plateformes de médias sociaux de censurer tout contenu légal créé par leurs utilisateurs’. Egalement auteur d’allégations infondées sur des ‘votes douteux’ attribués à Biden, le député conservateur n’avait pas été condamné par le Premier ministre Morrison, ce dernier rappelant le ‘droit à la liberté d’expression’ des élus.

Le Parti travailliste, situé dans l’opposition, est quant à lui allé à l’opposé des réactions des deux partis de centre-droit au pouvoir. Son leader, Anthony Albanese, a qualifié les événements du Capitole de ‘choquants’ et de ‘tentative d’insurrection contre la démocratie’.

En outre, Albanese a félicité Twitter pour son blocage de Trump: ‘Il est temps que les gens ne puissent pas utiliser les plate-formes pour répandre la haine, pour répandre des mensonges, ce qui a eu des conséquences pour les citoyens’.