‘Dans ma démocratie, ces partis gouvernementaux n’ont pas de majorité’: comment les incidents du Capitole ont ravivé les tensions entre la Vivaldi et la N-VA

Bart De Wever (N-VA)
Bart De Wever (N-VA) – Isopix

Une certaine unité s’est dégagée du gouvernement pourtant éclectique de la Vivaldi hier au Parlement. Ce n’est pas si courant. La raison ? Les événements tragi-comiques qui se sont déroulés à plusieurs milliers de kilomètres de là, outre-Atlantique, au centre du pouvoir américain. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) a été le messager de cette unité: ‘Restons à l’écart de la rhétorique qui affirme que des élections ont été volées ou que telle majorité est une majorité illégale.’ Il n’y avait guère de doute sur ses cibles: la N-VA et le Vlaams Belang. Les nationalistes n’auront pas mis beaucoup de temps pour réagir.

Celui qui s’étonne de ce qui s’est passé au Capitole n’a pas prêté attention aux dernières années. Nous l’écrivions hier. Une analyse apparemment partagée par le Premier ministre ce jeudi à la Chambre: ‘Ceux qui ont été inquiets ces dernières années, y compris beaucoup d’entre vous ici dans cet hémisphère, vous n’étiez pas hystériques, pas aveuglés par le dégoût. Les questions qui ont été posées étaient justifiées.’

Il sous-entendait bien sûr que d’autres membres de ce même hémicycle n’avaient pas partagé la même inquiétude. Son enchainement d’après était beaucoup plus frontal:

  • ‘Trump a dit: « Ils prennent votre travail. Ils prennent votre terre. Ils vous volent votre élection. » Ce qui s’est passé est le résultat direct de ce genre de rhétorique.’
  • ‘Restons à l’écart de cette rhétorique qui affirme que des élections ont été volées ou que telle majorité est une majorité illégale.’

Alexander De Croo, parfait bilingue, aime la Belgique. Il ne s’en est jamais caché (même si les francophones n’oublieront pas de sitôt son débranchement de prise qui a mené à une crise politique belge jusque-là sans précédent, en 2010). Il veut se montrer maintenant en véritable leader du pays, promettant de s’ériger sur la route des fakes news et de ceux qui alimentent les divisions : ‘Nous devons nous défendre contre ceux qui respirent la peur et ceux qui nous divisent. Nous devons être prudents, la démocratie ne doit pas être muselée, mais nous devons lutter contre la désinformation.’

Sa sortie en a accompagné beaucoup d’autres. Issues de la majorité. Tant du côté francophone que flamand: ‘Il y a des députés qui, encore aujourd’hui, à mesure que nous voyons ces images, diffusent ce message (de haine), le répètent, tweetent et le font avec détermination. Nous avons vu le danger de répandre la division, la haine et le populisme pendant des années. Les États-Unis en arrivent là maintenant après un voyage de quatre ans. Nous ne sommes pas si loin, ce voyage a déjà commencé’, a déclaré Melissa Depraetere (Vooruit), visant clairement le député Vlaams Belang Dries Van Langenhove.

Internet n’oublie rien. Sur les réseaux sociaux, les commentaires complaisants de Theo Francken (N-VA) et Siegfried Bracke (N-VA) envers Donald Trump font leur réapparition.

  • ‘Trump est sublime dans sa simplicité, il fait de la politique de manière intelligente’, (Theo Francken, novembre 2019, De Zondag).
  • ‘C’est une bonne chose que Trump bouleverse le système’, (Siegfried Bracke, mars 2016, De Standaard.)

De Wever se lâche

Titillez la N-VA, comparez les nationalistes aux Vlaams Belgang, et il vous sera rendu la monnaie de votre pièce.

  • ‘Ils ont trouvé un nouveau truc au sein de la Vivaldi. Si Trump a été mauvais perdant, donc l’opposition flamande l’est aussi. Tout ceci est si simple intellectuellement, si injustifiable. La Vivaldi se verra sans aucun doute félicitée par De Standaard ou De Morgen, mais je crains que le reste du pays ne le verra pas aussi facilement que cela.’

  • ‘Dans ma démocratie, ces partis gouvernementaux n’ont pas de majorité. En termes techniques, vous pouvez appeler cela une majorité, constitutionnellement. Mais si demain vous pouvez me citer un seul pays en Europe, ou une seule démocratie dans le monde, dans lesquels, les deux plus grands partis du pays ne sont pas au gouvernement, et dont le 7e parti fournit le Premier ministre, eh bien, appelez-moi.’

  • ‘Ce qui me dérange le plus, c’est que la logique qu’ils utilisent doit être à chaque fois ajustée selon le scénario qui leur convient le mieux. Soit vous êtes un groupe nationaliste à la Chambre ou vous êtes « tous ensemble ». Mais alors vous avez droit à un vice-Premier ministre et à des postes ministériels (…). Quid de la parité au sein du gouvernement, ou des lois spéciales: apparemment, cela s’applique toujours? Vous êtes Belge, ok, mais alors vous l’êtes toujours, pour le meilleur et pour le pire, mais pas seulement quand cela vous convient. Pensez simplement au quota de médecins ou à la législation linguistique à Bruxelles. Ou si les quatre maisons de retraite qui recevaient les vaccins en premier seraient flamandes’.

Le président des nationalistes fait référence à ce qu’il nous glissait dans notre interview de fin d’année:

  • ‘Onze millions, tous ensemble, une équipe. (…) Ok, tu peux dire ça, mais ensuite, tu dois être Belge jusqu’au bout. Pas seulement quand ça t’arrange. Cela signifie que nous pouvons nous débarrasser de la parité linguistique, appliquer le principe un homme-une voix, jeter le mécanisme de protection des lois spéciales par-dessus bord. Cela pourrait devenir le chemin le plus court vers la fin de la Belgique.’

De son côté, la campagne ’11 millions de Belges’ bat toujours son plein dans lutte contre le coronavirus. Des bannières ’11 millions de Belges, une équipe’ ont été distribuées dans trois grandes villes: Charleroi, Bruxelles et… Anvers. La campagne n’est pas très bien accueillie dans l’Hôtel de Ville anversois. Mais pas davantage dans la ville hennuyère: ‘Celui qui a inventé ça… ça doit être la manière la plus stupide de faire valoir la cause belge’, entend-on dans les couloirs.