Ce que le Kremlin ne dit pas à propos du vaccin Spoutnik V

(Isopix)

La Russie a exporté en grande pompe le Spoutnik V en Amérique latine, en Afrique, et même dans certains pays d’Europe. Le Kremlin a qualifié son vaccin de solution aux pénuries dans le monde. En revanche, le pouvoir russe est resté muet par rapport à la lenteur avec laquelle le sérum est déployé en Russie ou sur ses problèmes de production qui l’obligent à demander l’aide d’autres pays.

Par exemple, un fait peu connu est que le gouvernement russe a sous-traité la production du Spoutnik V à une société sud-coréenne qui exporte déjà le vaccin en Russie, et qu’il envisage de faire de même avec quatre sociétés indiennes. S’il est impossible d’évaluer l’ampleur de ces importations en raison d’accords de non-divulgation, elles mettent néanmoins à mal le récit que la Russie a fièrement présenté sur son rôle dans la pandémie en tant qu’exportateur de vaccins vers les pays dans le besoin.

Ces importations, qui devraient augmenter dans les semaines et les mois à venir, pourraient aider la Russie à lutter contre la lenteur du déploiement des vaccins dans le pays. Elles montrent également que même les pays dont les scientifiques ont su concevoir des vaccins efficaces dépendent du commerce transfrontalier pour leur approvisionnement.

À peine 4,4% des Russes vaccinés

La Russie a déjà reçu deux avions cargo chargés de Spoutnik V de la part du fabricant sud-coréen GL Rapha en décembre, et la société prévoit d’expédier une autre cargaison dans les prochains jours. Selon des diplomates indiens, les fabricants de vaccins du sous-continent exporteront également le sérum de conception russe vers la Russie. Cette dernière disposait déjà de trois accords de fabrication en Inde. Et la semaine dernière, un quatrième accord s’est ajouté à la liste, avec Virchow Biotech, située à Hyderabad, pour fournir annuellement 200 millions de doses de Spoutnik V à Moscou.

La campagne de vaccination russe est loin derrière celle de la plupart des pays européens ou des États-Unis. La Russie a administré au moins une dose à 4,4% de sa population, contre 10% dans l’Union européenne et 26% aux États-Unis. Le ministre russe de l’Industrie a déclaré qu’il s’attendait à une augmentation rapide, jusqu’à deux fois plus par mois d’ici avril.

La production russe de vaccins a connu un démarrage lent. L’automne dernier, les producteurs ont lutté pendant des mois pour obtenir des équipements biotechnologiques fabriqués en Chine, dont l’offre était limitée. La semaine dernière, le Kremlin a reconnu pour la première fois que la rareté du vaccin avait joué un rôle dans la décision de Vladimir Poutine de retarder sa propre vaccination – il l’aurait fait délibérément pour éviter de stimuler la demande en vaccins avant qu’ils ne soient largement disponibles en dehors de la capitale.

‘Un vaccin pour toute l’humanité’

En janvier dernier, lorsque le président russe est devenu éligible au vaccin en vertu des règles fondées sur l’âge, ‘la production n’était pas encore suffisante pour répondre pleinement à la demande dans les régions’, a déclaré son porte-parole, Dmitri S. Peskov.

On ne sait pas exactement quel rôle les importations en provenance de Corée du Sud et d’Inde joueront pour réduire les pénuries, accélérer les vaccinations et sauver des vies en Russie. Mais ce qui est certain, c’est que le fait que le pays doive procéder à des importations place la Russie quelques crans plus bas dans la hiérarchie de la géopolitique des vaccins.

Le Kremlin a utilisé le Spoutnik V comme un outil de propagande depuis le début. ‘Un vaccin pour toute l’humanité’, peut-on lire sur le site officiel du vaccin. Les médias d’État accordent une attention disproportionnée aux envois relativement faibles de dizaines ou de centaines de milliers de doses vers des pays étrangers. Plus de 20 pays ont commencé à vacciner avec de petites quantités de vaccins livrés par la Russie, notamment l’Argentine, la Hongrie, la Bolivie, l’Algérie et le Paraguay.

La Russie a également signé des accords avec des sociétés en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie pour y produire le vaccin Spoutnik V. Du moins si l’Agence européenne des médicaments (EMA) lui donne son feu vert.

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