« Cachez cette crise économique que je ne saurais voir »: comment la Chine musèle les analystes qui alarment sur la situation

Les comptes d’un influent analyste chinois sur les réseaux sociaux ont été suspendus. Il relayait des avertissements quant à la mauvaise passe économique vers laquelle la Chine se dirige. Avec lui, de nombreux autres critiques de la situation économique sont réduits au silence.

« Moment le plus sombre » , « pire crise en 30 ans » , « comportement de petit pays » ; les superlatifs ne manquent pas pour décrire les difficultés actuelles auxquelles fait face l’économie chinoise. Mais lorsque les formules viennent d’analystes chinois, Pékin ne veut surtout pas les entendre. Les comptes d’un influent économiste qui a averti sur les risques des confinements et des régulations imposées à la tech ont été supprimés des réseaux sociaux.

Les comptes Weibo (l’équivalent chinois de Twitter) et WeChat (faisant partie de la galaxie Tencent) de Hong Hao, directeur et chercheur en chef auprès de BOCOM International, la partie « investissement » de la cinquième plus grande banque chinoise (qui de plus est détenue par l’Etat), Bank of Communication, rapporte CNN Business. Sur WeChat, une notice indique que le contenu a été bloqué et le compte banni car l’utilisateur aurait violé les règles du gouvernement en matière d’internet, mais sans donner plus de précisions. Concernant le compte Weibo, suivi par plus de trois millions de personnes, une simple notice indique « qu’il n’existe plus ».

Critique de Pékin

C’est qu’avant que ses comptes ne disparaissent, l’économiste avait averti que les investisseurs étrangers étaient en train de quitter le pays, que le marché boursier était dans un période baissière, et que la répression contre le secteur de la tech créait une vente massive d’actions chinoises à l’étranger. On ne sait cependant pas quel message en particulier a provoqué la suspension. Les derniers en date, rappelle CNN, indiquaient « d’être attentif à la fuite des capitaux étrangers » – la plus importante depuis le début de la pandémie – et « ce à quoi les entreprises chinoises listées à l’étranger devraient faire attention ».

Dans les messages partagés, il accusait la répression chinoise contre le secteur de la tech, pour lui responsable des ventes massives d’actions chinoises, à Wall Street, en mars. La Chine accuse les règles du gendarme boursier américain, la SEC, en matière d’audit, mais Hong Hao ne l’entend pas de cette manière.

Fin mars, il avait également averti que l’indice de la bourse chinoise, le Shanghai Composite, glisserait sous les 3.000 points. Et la suite lui a donné raison : lundi passé, l’indice est effectivement tombé sous les 3.000 points, une première en près de deux ans. Il n’est passé au-dessus de la barre des 3.000 points que vendredi.

Répression contre les critiques

La suspension de ces comptes intervient dans un moment de forte répression contre les critiques sur les réseaux sociaux. Concernant la pandémie d’abord: dès le début du Covid, des médecins et des citoyens qui alarmaient sur l’apparition d’un nouveau virus, et la perte du contrôle de la situation de la part de l’État, étaient réduits au silence. Avec le confinement prolongé à Shanghai, particulièrement strict, les critiques de la part des internautes se font également entendre, mais la Chine fait tout pour étouffer le feu. Pékin veut, en particulier, éviter la propagation d’images de manifestations inédites contre les confinements, qui ont eu lieu.

Concernant les avis sur le marasme économique, la censure sévit aussi. Depuis l’année dernière, les acteurs de la Big Tech chinoise répriment les commentaires négatifs envers la situation économique. En octobre, le gouvernement chinois avait commencé une campagne de répression contre ces avis négatifs, jugés « nuisibles » pour l’économie, et 1.400 comptes avaient rapidement disparu de WeChat. Tencent justifiait alors : les comptes, dont celui de Chen Guo, stratégiste en chef de la société d’investissement Essence Equities, partageaient des estimations pessimistes du marché boursier, donnaient des interprétations « distordues » des politiques économiques, et colportaient des rumeurs.

Jeudi dernier, Weibo a même annoncé vouloir aller une étape plus loin, pour lutter contre l’anonymat en ligne, afin de réduire des « mauvais comportements ». Les localisations des adresses IP derrière les commentaires pourraient ainsi être ajoutés aux commentaires faits par les personnes.

Dans tous les cas, de telles répressions vont mener à plus d’autocensure, et le monde perdra des mises en garde importantes quant à la situation sanitaire et/ou économique en Chine.

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