« Bull » contre « Bear » : que signifient les mascottes de Wall Street ?

Les deux attitudes à adopter à la bourse, parier à la hausse ou à la baisse, sont respectivement qualifiées de « Bull » et de « Bear » à Wall Street, mais l’origine de ces expressions fait encore débat, plusieurs explications contradictoires ayant chacune leurs partisans.

Si la politique américaine est souvent symbolisée par un duel entre un âne et un éléphant – représentant respectivement les Démocrates et les Républicains – du côté de la bourse, on préfère d’autres animaux. Il ne s’agit toutefois pas de deux camps opposés qui s’affrontent, mais plutôt de deux attitudes contradictoires : le taureau (Bull) signifie que tout le monde achète des actions, tandis que l’ours (Bear) désigne un marché où tout le monde vend.

Il existe deux théories étymologiques derrière ces termes. L’une d’entre elles date du XVIIIe siècle et implique un poète, un vieux proverbe, et une escroquerie qui a tourné au désastre économique, résume CNN. Une autre histoire (presque certainement fictive) fait référence à la façon dont les deux animaux attaquent, voire s’affrontent l’un et l’autre pour le plaisir morbide d’une foule amatrice de jeux d’argent.

La peau de l’ours…

« Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » : ce proverbe bien connu existe aussi en langue anglaise, et le terme « Bearskin » est attesté dès le XVIIIe siècle comme métaphore de l’achat spéculatif d’actions, connu aujourd’hui sous le nom de vente à découvert ou short selling (c’est-à-dire le fait de parier sur la baisse d’une action). Le terme s’est répandu après la bulle des mers du sud de 1720, l’un des premiers krachs de l’Histoire, et l’une des premières grandes paniques boursières. Une compagnie commerciale anglaise, impliquée dans des accords secrets avec la couronne d’Espagne pour ouvrir les colonies américaines de Madrid au commerce de Londres, avait fait miroiter des résultats faramineux à ses investisseurs, faisant grimper la valeur de ses actions. Mais quand le deal s’est avéré décevant, ce fut la débandade. Le mot est revenu dans l’usage dans la version raccourcie de « Bear » à l’occasion de la grande dépression de 1929.

…Et le poème du taureau

Selon la théorie dominante, le « Bull » viendrait aussi de cette époque et de ce premier krach. La popularité du terme semble provenir d’un poème d’Alexander Pope, qui a choisi on ne sait trop pourquoi – peut-être seulement pour la rime – le taureau comme pendant de l’ours dans quelques vers qui font allusion au scandale boursier de 1720.

Come fill the South Sea goblet full;

The gods shall of our stock take care:

Europa pleased accepts the Bull,

And Jove with joy puts off the Bear.

De sanglants combats et des paris sordides

Une autre théorie qui circule, mais moins bien étayée, se base sur le comportement de ces deux animaux plutôt impressionnants. Un ours attaque en balayant ses pattes vers le bas sur sa proie (balayage vers le bas = les actions baissent). Le taureau, quant à lui, pousse ses cornes vers le haut pour encorner qui aurait l’outrecuidance de le menacer. Un geste qui, au fil du temps, serait venu à symboliser la montée des taux.

Quant au choix de ces deux animaux, il pourrait provenir de la sinistre coutume d’organiser des combats d’animaux dans l’Angleterre du Moyen-âge et du début de l’époque moderne, des joutes dans lesquelles ours et taureaux étaient parfois poussés à l’affrontement. Comme le public pariait sur le résultat, il se pourrait que les deux attitudes en bourse tirent leur surnom de là, une fois l’expression passée aux Amériques dans le vocabulaire des colons britanniques.

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