« Boycotter le charbon russe est ridicule, il faut sanctionner les 6.000 personnes autour de Poutine, on les connait »

Dans un discours très remarqué sur les réseaux sociaux, l’ancien Premier ministre belge et actuel député européen (RenewEurope) Guy Verhofstadt s’en est pris, par procuration, au Haut représentant de l’UE Josep Borrell, en visite au Parlement européen.

Face aux images de boucheries de plusieurs villes anciennement occupées par les troupes russes, les Occidentaux préparent une nouvelle batterie de mesures contre le Kremlin.

L’Europe a mis sur la table le boycott du charbon russe, mais plusieurs capitales, dont Berlin et Vienne, bloquent toujours les sanctions sur le gaz et même le pétrole. Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, juge impossible de se passer du gaz russe : « Nous devons envisager de dures sanctions, mais à court terme les livraisons de gaz russes ne sont pas substituables » et les interrompre « nous nuirait plus qu’à la Russie ».

Opinion publique

Face aux premiers signes de dissensions des 27 et à l’incapacité des sanctions à stopper Poutine, le député européen Guy Verhofstadt est sorti de ses gonds dans un discours qui a été vu des millions de fois depuis hier: « Vous savez pourquoi votre stratégie ne fonctionne pas ? Parce que les paquets de sanctions progressives ne fonctionnent pas avec un autocrate. Cela fonctionne avec une démocratie, avec des démocrates, qui ont une opinion publique, une vraie opinion publique. En Russie, il n’y a plus d’opinion publique. »

L’ancien Premier ministre belge touche un point important. Car c’est cette même opinion publique, qui ici, en Occident, empêche sûrement les 27 à prendre des sanctions plus dures. Boycotter le gaz et le pétrole russe signifie automatiquement une augmentation des coût de l’énergie, alors que le portefeuille des citoyens européens a déjà été largement affecté par l’inflation. En outre, se passer du gaz, comme le craint l’Allemagne, c’est mettre certaines industries au ralenti, voire à l’arrêt. Ce qui signifie tout simplement que des citoyens de l’UE perdront leur job: intenable, estiment plusieurs chancelleries. L’opinion publique est dans ce cas-ci, une faiblesse pour l’UE face à la Russie. Mais c’est ce qui nous différencie de Moscou.

6.000 personnes autour de Poutine

« Boycotter le charbon russe est ridicule, c’est à peine 3% des importations européennes de Russie. Le bannissement de Swift pour certaines banques russes, c’est ridicule. Plus de 50% des institutions financières sont écartées de ce bannissement. »

À titre de comparaison, en 2021, l’UE a importé pour 48 milliards de dollars de pétrole, 16 milliards de gaz naturel et seulement 5 milliards de charbon, rapporte Politico.

« Quant aux oligarques russes, ‘oui, nous augmentons un peu les sanctions contre les oligarques’. Les oligarques feront tout pour échapper aux sanctions ou alors, oui, ils vont perdre un petit peu de leur argent. Vous devez plutôt vous en prendre aux 6.000 personnes qui travaillent autour Poutine. Et vous avez la liste. La Fondation d’Alexeï Navalny a fait cette liste de 6.000 personnes. »

Du côté des États-Unis, qui préparent eux aussi de nouvelles sanctions « dévastatrices » et qui aimeraient mener la Russie vers un défaut de paiement, le secrétaire d’Etat Anthony Blinken a indiqué sanctionner « les enfants adultes » de Vladimir Poutine. À savoir, ses filles : Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova. Le même traitement sera appliqué à la femme et à la fille du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, et aux membres du conseil de sécurité russes, dont fait partie l’ancien premier ministre et président russe Dmitri Medvedev.

Au Parlement européen, Josep Borrell qui était pris à partie par le député libéral reconnait volontiers l’insuffisance des sanctions européennes. Il estime même que depuis le début du conflit, l’UE a acheté pour 35 milliards d’énergies fossiles à la Russie. De son côté, le président du Conseil européen, Charles Michel, a déclaré que des sanctions contre le pétrole et le gaz russe devront être prises « tôt ou tard ».

Pour l’heure, d’autres pistes sont évoquées comme l’interdiction d’entrée sur le territoire des 27 pour les poids lourds et les navires russes.

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