Avons-nous encore assez d’armes à fournir à l’Ukraine?

Les stocks occidentaux de certaines armes et munitions, cruciales pour l’armée ukrainienne, comme les Howitzer 155 mm et les Javelin s’amenuisent à vue d’oeil. Augmenter la production sera impossible dans l’immédiat.

« Plus d’armes à l’Ukraine » réclamait mercredi le conseiller présidentiel ukrainien, Mykhailo Podolyak, comme réponse à l’acte de sabotage de Nord Stream. « Plus de chars, notamment allemands… »

Depuis le début de la guerre il y a plus de sept mois, les pays occidentaux donnent des armes à l’Ukraine. Drones, chars, missiles… la liste est longue. Mais il semblerait désormais que l’Occident arrive au bout de ses capacités de production, et ne pourrait plus suivre les mêmes cadences de livraison.

C’est en tout ce qui ressort d’une comparaison entre les chiffres de production et les chiffres de ce que l’Ukraine consomme comme munitions. L’Ukraine a tiré environ 30.000 obus de 155 millimètres destinés à l’artillerie lourde à longue portée en deux semaines. C’est la quantité de munitions que les États-Unis produisent généralement par an, compare Dave Des Roches, professeur à la U.S. National Defense University, cité par CNBC.

« Je suis très inquiet. À moins que nous n’augmentions notre production, ce qui prendrait des mois à monter en puissance, nous n’aurons pas la capacité d’approvisionner les Ukrainiens », s’alarme-t-il. Les réserves américaines de ces munitions sont au plus bas. Pour en donner plus à Zelensky, les États-Unis devraient puiser dans les stocks réservés à l’armée américaine, mais cela semble plutôt improbable.

Même constat pour les fameux Javelin. Les États-Unis en produisent 800 par an, et en ont déjà envoyé 8.500 en Ukraine, soit l’équivalent de dix ans de production. De nombreuses commandes ont déjà été lancées, mais les producteurs (Raytheon et Lockheed Martin), ainsi que ses fournisseurs de puces et de produits chimiques, sont limités par les retards des chaines d’approvisionnement.

« Il y a un certain nombre de systèmes pour lesquels je pense que le département de la défense a atteint un niveau tel qu’il n’est pas prêt à fournir davantage de ce système particulier à l’Ukraine », analyse aussi Mark Cancian, ancien colonel des US Marines et conseiller au Center for Strategic and International Studies, pour CNBC.

« Stocks appauvris dans une proportion élevée »

Il n’est pas le seul à s’inquiéter. Josep Borell, le diplomate de l’UE, voit les réserves des pays européens baisser. « Les stocks militaires de la plupart des États européens membres de l’OTAN ont été, je ne dirais pas épuisés, mais appauvris dans une proportion élevée, parce que nous avons fourni beaucoup aux Ukrainiens », disait-il en début de mois.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, a d’ailleurs convoqué les fabricants d’armes des pays membres pour discuter des stocks d’armes ce mardi. Pour lui, les pays devraient augmenter leurs investissements dans l’industrie de l’armement et étendre les capacités de production, notamment en passant des commandes d’armes.

Augmenter les investissements et les capacités de production ne se fera cependant pas en un claquement de doigts. Après plus de 70 ans de paix, l’Europe reste réticente à cela, comme l’a montré l’exemple de la Belgique qui a eu de la peine à augmenter le budget de la défense à 2% du PIB. Durant ces 70 ans, l’industrie de l’armement, couteuse, a tourné au ralenti. Aux États-Unis, le secteur est exposé au manque de talents et de main-d’œuvre qualifiée.

Vers des armes moins performantes?

Voilà un ennui pour l’Ukraine : les stocks ne pourront pas être remplis de sitôt. Pour certaines armes envoyées, la production a même été arrêtée. Concrètement, les pays devraient désormais commencer à livrer des munitions destinées à des armes plus anciennes, comme des obusiers de 105 millimètres. Ces munitions sont cependant moins performantes et ont une portée inférieure. Or, pour Des Roches, « la portée est critique dans cette guerre. C’est une guerre d’artillerie ».

L’Ukraine pourrait alors se tourner vers la Corée du Sud, entre autres. La Pologne, pays voisin de l’Ukraine a par exemple passé une commande monstrueuse d’armes coréennes, en août. L’Ukraine a aussi pu récupérer des stocks d’armes russes lors de la reconquête du Donbass, mais il est difficile d’avoir un ordre de grandeur de ce butin.

Jack Watling, expert auprès du Royal United Services Institute, explique à CNBC que le problème général des armements, hormis ces cas précis cités plus hauts, n’est pas encore si grave que cela. « Il y a suffisamment de temps pour résoudre ce problème avant qu’il ne devienne critique en termes d’intensification de la fabrication », estime-t-il. L’Ukraine pourrait par exemple se servir du côté de pays qui n’ont pas immédiatement besoin de leurs stocks. Ceux-ci pourraient également envoyer les stocks de munition qui arrivent à date de péremption, préconise Watling. Mais il sait que les stocks ne sont pas infinis, et qu’à un moment donné l’Ukraine pourrait être obligée à rationner les armes et à prioriser certaines actions.

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