Le reconditionné se généralise : l’UE pousse les géants de la tech vers la réparabilité, explique Killian Kaminski, PDG de refurbed


Principaux renseignements

  • L’Europe pousse les géants de la tech vers la réparabilité, ce qui bouleverse un secteur pesant plusieurs milliards.
  • Refurbed y voit une opportunité là où les grandes marques y voient avant tout une obligation; et c’est cette différence qui déterminera qui remportera ce nouveau marché.
  • En coulisses, on découvre à quel point les nouvelles normes de qualité sont strictes… et pourquoi le reconditionné va bientôt se généraliser.

À compter du 31 juillet 2026, le marché européen de la technologie connaîtra une transformation radicale. De nouvelles réglementations obligeront les fabricants à rendre leurs appareils réparables plus longtemps, à garantir la disponibilité des pièces détachées et à assurer l’assistance logicielle sur une période plus longue. Il s’agit d’un tournant que le secteur du reconditionnement attend depuis des années. Pour les grands acteurs comme Apple et Google, il s’agit avant tout d’une obligation. Pour les entreprises qui misent déjà fortement sur l’électronique circulaire, comme la société autrichienne refurbed, c’est l’occasion de faire enfin entrer dans le grand public un marché longtemps resté dans l’ombre. Business AM s’est entretenu avec Killian Kaminski, PDG de refurbed, et a bénéficié d’une visite guidée chez SYA, l’un des partenaires belges qui met en pratique les nouvelles normes de qualité.

Nouvelle directive européenne

Les nouvelles règles européennes ont non seulement un impact technologique, mais aussi un impact financier évident : les appareils durent plus longtemps, leur réparation coûte moins cher et ils restent utilisables plus longtemps grâce à une assistance logicielle obligatoire prolongée. Pour les consommateurs, cela se traduit par une baisse structurelle du coût total des produits électroniques.

Killian Kaminski, cofondateur et PDG de refurbed, considère cette nouvelle législation comme une correction nécessaire pour un secteur qui, pendant des décennies, s’est principalement concentré sur les volumes de vente. « La plupart des grandes marques n’ont absolument aucun intérêt à ce que les appareils durent plus longtemps », explique-t-il. « Leur modèle économique est linéaire : produire, vendre, remplacer. Plus un appareil devient obsolète rapidement, plus vite le client en achète un nouveau. »

Selon Kaminski, c’est précisément pour cette raison que les règles européennes sont si cruciales. « Sans législation, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Les fabricants ne changent que lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix. »

Apple s’adapte… mais uniquement parce qu’elle y est obligée

Kaminski cite un exemple qui illustre parfaitement la mentalité du secteur.
« Apple n’est passée à l’USB-C que lorsque cela est devenu obligatoire. Non pas parce qu’elle le voulait, mais parce qu’elle y était contrainte. »

Il en va de même pour la réparabilité. Les derniers MacBook sont plus faciles à ouvrir et à réparer, mais il ne s’agit pas d’un revirement philosophique soudain. « Cela se fait parce qu’il le faut », explique Kaminski. « Pas parce que l’entreprise a une vision différente de la durabilité environnementale. »

Par ailleurs, les nouvelles règles touchent un autre point sensible : les mises à jour logicielles. Les grandes marques diffusent régulièrement des mises à jour qui ralentissent les anciens appareils, limitent certaines fonctionnalités, voire rendent un appareil pratiquement inutilisable. Ce modèle va à l’encontre de la nouvelle philosophie européenne, qui mise sur une durée de vie plus longue et la réparabilité. « Aujourd’hui, les logiciels constituent souvent le facteur limitant de la durée de vie des appareils », explique Kaminski. « Les nouvelles règles européennes obligent les fabricants à fournir plus longtemps des mises à jour logicielles pour les smartphones et les tablettes, mais cinq ans, c’est encore trop peu à mon avis. » Ce genre de pratiques montre pourquoi une législation est nécessaire. Sans pression extérieure, rien ne change.

Le « part pairing » reste également, selon Kaminski, un obstacle majeur. Les fabricants associent par voie logicielle des composants tels que les écrans ou les batteries à un appareil spécifique, ce qui fait que même les pièces d’origine provenant d’un autre appareil ne peuvent pas toujours être réutilisées sans difficulté. Les règles européennes doivent également mettre un frein à cette pratique, afin que la réparation redevienne plus simple.

Pourquoi Amazon a laissé de côté le marché du reconditionné

Kaminski connaît le secteur sur le bout des doigts. Il y a dix ans, il a mis en place l’ensemble de la gamme de produits reconditionnés chez Amazon, un projet ambitieux visant à démocratiser l’électronique reconditionnée via la plus grande plateforme de commerce électronique au monde. Mais il s’est heurté à une dure réalité.

« Amazon gagne davantage sur les produits neufs », explique-t-il. « La commission sur les appareils neufs est plus élevée, les marges sont plus prévisibles et la logistique est plus simple. Le reconditionné exige de l’expertise, des contrôles, des réparations et une garantie. Cela ne s’inscrit pas dans le modèle standard. »

Résultat : le reconditionné est resté une activité secondaire pour Amazon. Kaminski a finalement quitté l’entreprise et fondé refurbed, une plateforme qui mise entièrement sur la qualité, la transparence et la garantie. « Le reconditionné doit être une catégorie de produits à part entière », affirme-t-il. « Pas un simple sous-ensemble de l’occasion, mais une alternative au neuf. »

La Belgique est à la traîne, les Pays-Bas sont en tête

Selon Kaminski, la Belgique est un marché en pleine évolution. « Les consommateurs belges sont bien informés, mais ils confondent souvent les produits reconditionnés avec les produits « d’occasion ». Cela freine la croissance. »

Les Pays-Bas, c’est une autre histoire. « Le marché néerlandais est l’un des plus grands pôles de produits reconditionnés d’Europe. Là-bas, le reconditionné est déjà bien ancré depuis des années. L’Allemagne et l’Autriche suivent la même tendance. »

La Belgique connaît une croissance rapide, mais de nombreux consommateurs associent encore les produits reconditionnés à l’occasion. Selon Kaminski, l’information des consommateurs reste donc essentielle. « La combinaison d’un prix plus bas, d’une garantie et de la durabilité rend les produits reconditionnés plus attractifs que jamais. Mais les mentalités doivent évoluer en conséquence. »

Une nouvelle enquête menée auprès de 1 000 consommateurs flamands confirme que le seuil d’acceptation de la remise à neuf et du recyclage reste élevé. Plus de la moitié souhaite donner une seconde vie à son ancien smartphone, mais des doutes concernant la confidentialité (45 pour cent), le manque de clarté sur la destination des appareils (34 pour cent) et le sentiment que c’est « trop compliqué » (37 pour cent) les en dissuadent. Parallèlement, 30 pour cent ne remplacent leur smartphone qu’au bout de trois à cinq ans et 23 pour cent attendent que l’appareil tombe en panne — un comportement qui, selon refurbed, démontre l’énorme potentiel qui réside encore dans la remise à neuf professionnelle.

Selon Laurens De Koninck, associé gérant de SYA, le marché du reconditionné se trouve aujourd’hui au même stade que le marché de l’automobile d’occasion il y a vingt ans : un secteur prêt à atteindre sa maturité dès que la confiance des consommateurs et la réglementation auront atteint leur rythme de croisière.

Refurbed collabore avec 400 partenaires, dont SYA en Belgique

Refurbed est désormais l’une des plateformes de reconditionné qui connaît la croissance la plus rapide en Europe. L’entreprise collabore avec plus de 400 partenaires qui doivent respecter des normes de qualité strictes. Cela va bien au-delà des smartphones et des ordinateurs portables : des machines à café, des appareils électroménagers et des vélos électriques reconditionnés sont également proposés.

L’un de ces partenaires est SYA, une entreprise belge spécialisée dans le reconditionnement, située à Oudenburg. Lors d’une visite guidée, on a pu constater à quel point la barre est placée haut. Refurbed exige que chaque appareil, quelle que soit sa marque ou son modèle, soit contrôlé, réparé et classé selon les mêmes normes rigoureuses.

Coup d’œil dans les coulisses : comment SYA offre une seconde vie aux appareils

Ceux qui pensent que le reconditionné consiste simplement à remettre un appareil en état seront surpris chez SYA. L’entreprise fonctionne selon un processus rigoureusement orchestré qui ne laisse rien au hasard. La visite guidée montre comment un secteur longtemps considéré comme une niche est désormais devenu une industrie à part entière.

1 Réception : enregistrement, étiquetage, transparence

Chaque jour, de grands volumes d’appareils arrivent : MacBooks, iPhones, tablettes, parfois dans de petits colis provenant de particuliers, parfois dans des expéditions B2B de soixante appareils à la fois. Dès qu’un colis est ouvert, chaque appareil est déballé, enregistré et doté d’une étiquette qui le suivra tout au long du processus.

Pour les clients professionnels, la rapidité est cruciale : ils veulent savoir dans les 24 à 48 heures si leurs appareils sont en bon état, quelle est leur valeur et s’il y a des anomalies.

« Le client reçoit alors un e-mail l’informant de l’arrivée de l’appareil. Il faut ensuite compter 24 à 48 heures pour le contrôler. »

À noter : chaque appareil est ouvert, même s’il se trouve encore dans son emballage d’origine. Un appareil resté inutilisé deux ans dans un placard peut présenter une batterie usée. Les traces de dégâts des eaux cachées ne sont souvent pas visibles de l’extérieur. Et un appareil qui fonctionne parfaitement peut tout de même s’avérer totalement inutilisable s’il est verrouillé par iCloud.

2 Contrôle technique : carte mère, batterie, logiciels, verrouillages

Une fois l’appareil ouvert, un contrôle minutieux commence. La carte mère est photographiée et inspectée pour détecter toute trace de corrosion ou de dommage. La capacité et le nombre de cycles de la batterie sont testés. Les logiciels sont entièrement effacés puis réinstallés. On vérifie l’absence de verrouillages iCloud ou de verrouillages du micrologiciel.

Il arrive parfois que des problèmes apparaissent, difficiles à détecter même pour des techniciens expérimentés.

« Il arrive parfois qu’une batterie se déforme. Lorsqu’une batterie est fortement déformée, il faut d’abord la déconnecter. »

La sécurité n’est pas un détail : une batterie gonflée peut fumer ou prendre feu.

Photo: Business AM

3 Détection et classement basés sur l’IA

Le secteur du reconditionnement utilise traditionnellement trois catégories :

  • Catégorie A : quasi neuf
  • Catégorie B : légères traces d’usure
  • Catégorie C : dommages esthétiques visibles

Mais cette classification est tout sauf simple.

« Qu’est-ce qu’une rayure, exactement ? Quelle profondeur peut-elle avoir ? … Cela reste le jugement le plus subjectif qui soit. »

C’est pourquoi SYA utilise de plus en plus souvent des outils d’IA qui scannent les cartes mères à la recherche de traces de corrosion et analysent les photos afin d’évaluer de manière plus objective les dommages esthétiques. Un étudiant a même mis au point une machine dotée d’IA qui photographie les appareils sous tous les angles et propose automatiquement un classement. Cette machine n’est pas un simple gadget, mais une réponse à un véritable problème : l’évaluation esthétique est aujourd’hui l’aspect le plus subjectif du reconditionnement. En scannant automatiquement les appareils et en les comparant à des paramètres prédéfinis, le classement gagne en cohérence et devient plus facile à justifier auprès des clients et des partenaires tels que refurbed. Le système est encore en pleine phase de développement. SYA continue d’affiner les modèles d’IA afin de rendre l’évaluation des appareils encore plus cohérente et objective.

L’objectif : réduire la subjectivité et offrir aux clients exactement ce qu’ils achètent.

4 Réparations : uniquement des pièces d’origine

Les réparations sont effectuées exclusivement avec des pièces d’origine, provenant d’autres appareils. Il existe des pièces de fabricants tiers moins chères, mais elles causent trop de problèmes et entraînent des retours.

« Nous voulons offrir de la qualité… sinon, la moitié des appareils nous revient tout simplement. »

L’atelier dispose d’un stock impressionnant de pièces détachées : écrans, cartes mères, claviers, touches pour chaque pays, batteries. Tout est étiqueté et traçable.

5 Système ERP : automatisation des stocks et des ventes

Dès qu’un appareil a été entièrement contrôlé et classé, il est automatiquement enregistré dans le système ERP. Celui-ci associe l’appareil à la commande correspondante, génère des étiquettes, établit les factures et veille à ce que les appareils apparaissent automatiquement en ligne le soir même sur différentes marketplaces.

« Chaque soir, les appareils que nous ajoutons au stock sont automatiquement mis en ligne. »

Lorsqu’un appareil est vendu, la sélection s’effectue de manière quasi infaillible grâce à la reconnaissance des codes-barres. Un bordereau d’expédition est établi quotidiennement et signé par UPS ou DHL.

La dernière étape est également enregistrée avec précision. Chaque appareil est contrôlé à l’aide de son numéro de série et de son code-barres, puis inscrit dans un bordereau d’expédition signé quotidiennement par UPS ou DHL. Ainsi, SYA peut toujours prouver quels appareils ont quitté l’entrepôt et à quel moment.

« Juste pour être sûrs… nous tenons un registre de chaque appareil qui est parti aujourd’hui. »

6 Pièces de rechange : une bibliothèque de composants

Dans une pièce séparée se trouve une sorte de bibliothèque de pièces détachées : des rayonnages remplis d’écrans, de cartes mères, de claviers, de touches pour chaque pays et de batteries. Chaque pièce est étiquetée et reliée au système ERP, afin que le stock reste toujours à jour.

Cela montre à quel point l’électronique moderne est complexe et combien d’expertise est nécessaire pour donner une seconde vie aux appareils.

Photo: Business AM

Un secteur prêt à entrer dans une nouvelle dimension

La combinaison de la réglementation européenne, de la sensibilisation croissante des consommateurs et des pressions économiques fait que le reconditionnement est enfin en passe de se généraliser. Les appareils deviennent plus chers, les matières premières se raréfient et les consommateurs sont de plus en plus exigeants.

Ce que fait refurbed, et ce que des partenaires comme SYA réalisent en coulisses de A à Z, illustre à quel point le marché est en train de se redessiner à une vitesse fulgurante.

Le reconditionné n’est plus un second choix. La visite guidée chez SYA montre avec quelle minutie les appareils sont contrôlés, réparés et classés, et avec quelle rigueur refurbed veille au respect de ses exigences de qualité. D’un appareil usagé à un équipement électronique fiable bénéficiant d’une seconde vie. Le reconditionné est une catégorie à part entière.

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