Le gouvernement fédéral belge fait peser le fardeau de l’assainissement sur la sécurité sociale alors que les familles continuent de faire face à l’inflation


Principaux renseignements

  • Près de la moitié des économies fédérales proviennent de la sécurité sociale, alors que les ménages sont mis à rude épreuve par une forte inflation.
  • Le vieillissement de la population accentue la pression sur les retraites et les soins de santé, ce qui met structurellement à mal la viabilité financière de la sécurité sociale.
  • L’approche budgétaire du gouvernement De Wever soulève des questions quant à l’équilibre entre les réformes sociales, le pouvoir d’achat et la croissance économique, que la N-VA avait elle-même présentée auparavant comme une solution.

Le gouvernement fédéral De Wever souhaite réduire le déficit budgétaire, mais une part considérable de l’effort d’assainissement pèse sur la sécurité sociale. Les pensions, les allocations de chômage, l’invalidité et la protection sociale font l’objet de réformes à un moment où les ménages belges sont toujours confrontés à un niveau des prix plus élevé qu’avant la crise inflationniste. Dans le même temps, la question se pose de savoir si ces économies permettront réellement de dégager les gains budgétaires promis.

Selon une analyse du collectif d’experts Athéna, rapportée par L’Echo, il apparaît que près de la moitié de toutes les économies nettes réalisées au cours de cette législature proviennent de mesures sociales, soit environ 32 milliards d’euros. Il s’agit notamment du gel de l’enveloppe sociale, de la limitation dans le temps des allocations de chômage, de mesures plus strictes pour les personnes en incapacité de travail, d’une réforme en profondeur des retraites et d’économies supplémentaires dans le secteur des soins de santé.

Le gouvernement défend ces mesures en les jugeant nécessaires pour stabiliser les finances publiques en dérive. Mais cet assainissement touche surtout les personnes qui dépendent de la protection sociale ou qui doivent repenser leur avenir financier dans une période d’incertitude économique.

Le vieillissement de la population accentue la pression structurelle sur les dépenses sociales

Ces réformes interviennent à un moment où la pression démographique ne cesse de s’accentuer. La Belgique vieillit rapidement : un habitant sur cinq est désormais âgé de 65 ans ou plus. Le taux de dépendance, c’est-à-dire le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes en âge de travailler, est passé de 27 à près de 36 au cours des dernières décennies.

De ce fait, un groupe relativement plus restreint de personnes actives doit supporter le financement des retraites, des soins de santé et d’autres dépenses sociales pour un groupe de personnes âgées de plus en plus important. La viabilité financière du modèle social est structurellement sous pression, indépendamment du budget à court terme.

L’inflation ralentit, mais le niveau des prix reste élevé

Bien que l’inflation ait baissé ces derniers mois, la pression sous-jacente sur les prix reste considérable. L’inflation s’élève actuellement à 3,40 pour cent, tandis que l’inflation sous-jacente se maintient au-dessus de 3 pour cent. La Banque centrale européenne prévoit que l’inflation restera supérieure à l’objectif de 2 pour cent au moins jusqu’en 2027.

Pour les ménages, cela signifie que le coût de la vie quotidienne reste élevé, même si les chiffres se stabilisent, selon Statbel. La marge de manœuvre financière reste limitée, surtout pour ceux qui dépendent des allocations ou d’une retraite fixe.

La sécurité sociale devient le principal poste d’économies

Le gel de l’enveloppe sociale est l’une des mesures les plus radicales. Cette enveloppe garantit que les prestations n’augmentent pas uniquement en fonction de l’indice, mais suivent également l’évolution du niveau de vie général. En freinant ces augmentations, la marge de manœuvre financière de certains groupes risque de se réduire à terme.

Les salariés sont protégés par l’indexation automatique des salaires. Pour les personnes qui dépendent des prestations sociales, cette protection est plus limitée.

La réforme des retraites touche les salariés en interruption de carrière

La réforme des retraites est censée générer plusieurs milliards d’euros d’économies. Le gouvernement limite notamment les périodes qui continuent à être prises en compte intégralement pour la constitution des droits à la retraite. Cette mesure de plafonnement peut avoir pour conséquence que les salariés ayant connu par le passé des périodes de chômage, de préretraite (SWT) ou de crédit-temps de fin de carrière accumulent moins de droits à la retraite. Pour les salariés qui prendront bientôt leur retraite et pour certains retraités soumis aux mesures transitoires, cela peut signifier que leur retraite sera inférieure à ce qui était prévu selon les anciennes règles.

Les femmes, qui prennent plus souvent des interruptions de carrière, courent notamment un risque accru de percevoir une retraite moins élevée. Pour les jeunes salariés, la réforme est avant tout synonyme d’une plus grande incertitude : les conditions d’accès à la retraite se durcissent à nouveau, tandis que la pression démographique ne cesse de s’accentuer.

Des règles plus strictes en matière de chômage et de maladie

Selon le gouvernement, la limitation dans le temps des allocations chômage devrait inciter davantage de personnes à rejoindre le marché du travail. Les opposants craignent que les demandeurs d’emploi vulnérables ne se retrouvent plus rapidement sans revenus suffisants.

Le gouvernement entend également s’attaquer au coût croissant des incapacités de travail de longue durée. Le gouvernement souhaite faire revenir davantage de personnes sur le marché du travail, mais les critiques soulignent que toutes les personnes en arrêt maladie de longue durée ne sont pas forcément aptes à travailler.

Incertitude quant aux retombées budgétaires des mesures d’économie

La question reste de savoir si les mesures d’économie permettront finalement de dégager les gains budgétaires promis. De nouvelles analyses indiquent que le gouvernement s’est appuyé sur des estimations de recettes trop optimistes et a sous-estimé les conséquences économiques de ces mesures. Une érosion du pouvoir d’achat des ménages peut entraîner une diminution de la consommation, un ralentissement de l’activité économique et, en fin de compte, une baisse des recettes fiscales.

Le débat se déplace donc de la simple maîtrise des dépenses vers l’impact économique plus large de l’assainissement.

Une orientation contrastant avec le programme électoral de la N-VA

Dans son programme électoral de 2024, la N-VA mettait fortement l’accent sur le renforcement de la capacité économique : augmentation du taux d’emploi, innovation technologique, administration plus efficace et système social luttant contre les abus. Le parti plaidait pour une réduction des charges pesant sur le travail, d’une politique migratoire plus stricte et d’une politique sociale misant davantage sur l’activation.

L’approche budgétaire actuelle fait toutefois porter une part considérable de l’effort d’assainissement sur la sécurité sociale. L’accent se déplace ainsi des réformes économiques structurelles vers des mesures touchant aux retraites, au chômage et à l’invalidité.

Qui supporte le coût de l’assainissement ?

Les années à venir constitueront donc un test non seulement pour le budget belge, mais aussi pour la capacité financière des ménages et la confiance dans le modèle social. Les années à venir devront montrer si cette stratégie permet non seulement de réduire le déficit budgétaire, mais aussi de s’avérer économiquement soutenable. Pour les ménages, une question reste toutefois centrale : qui supportera en fin de compte le coût de l’assainissement ?

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