Principaux renseignements
- Une longue série de problèmes ralentit la production du bombardier furtif chinois H-20, annoncé depuis longtemps.
- Le manque d’efficacité des moteurs et les lacunes en matière de matériaux compromettent les objectifs de furtivité.
- La complexité technique transforme cet avion en une ambition théorique.
Bien qu’annoncé il y a une décennie, le bombardier furtif chinois H-20 n’a toujours pas donné lieu à la construction d’un prototype volant ni à la mise en place d’une chaîne de fabrication. Ce retard n’est pas dû à un manque de financement, mais plutôt à des obstacles industriels profondément enracinés. Les exigences liées à un avion intercontinental à aile volante — notamment en matière de propulsion, de matériaux furtifs, d’outillage composite à grande échelle et de stabilité en vol — coïncident avec les points faibles du secteur aérospatial chinois.
Le projet est géré par la Xi’an Aircraft Corporation, qui fait partie du groupe AVIC. L’histoire de Xi’an trouve ses racines dans le H-6, un bombardier à longue portée basé sur la technologie soviétique des années 1950. Passer d’une conception aussi obsolète à un avion à aile volante moderne, conçu entièrement à partir de zéro, représente un bond gigantesque en termes de complexité de fabrication plutôt qu’une simple évolution.
Problèmes techniques
Les renseignements externes fournissent la plupart des détails connus sur le H-20. Le ministère américain de la Défense l’avait précédemment décrit comme un avion subsonique d’une capacité de 10 tonnes et d’une autonomie d’au moins 8 500 kilomètres, prévoyant son entrée en service dans les années 2030. Il est intéressant de noter que les rapports américains récents sont de plus en plus discrets sur ce projet, l’évaluation de décembre 2025 omettant complètement le H-20.
La propulsion constitue sans doute l’obstacle le plus critique. La Chine ne dispose pas d’un turboréacteur à double flux économe en carburant, capable de propulser un avion lourd sur des distances intercontinentales. Bien que le WS-15 soit utilisé pour le chasseur J-20, il est conçu pour la vitesse, et non pour l’efficacité sur de longues distances. Le WS-20, destiné à l’avion de transport Y-20, pourrait constituer une alternative, mais les analystes se demandent s’il fournit une poussée suffisante. Les moteurs plus anciens d’origine russe ne répondent pas aux exigences de furtivité en raison de leur faible rendement et de leur forte signature thermique.
Matériaux et fiabilité
Ces difficultés liées aux moteurs mettent en évidence un problème plus général concernant la fiabilité et les matériaux de haute qualité. La production d’aubes de turbine, de compresseurs et de roulements durables reste un défi. De plus, des moteurs inefficaces chauffent davantage, ce qui augmente la signature infrarouge de l’avion et va à l’encontre de l’objectif de faible observabilité. Ce retard est également visible dans le secteur civil, où le moteur commercial CJ-1000A n’est pas attendu avant 2030.
La science des matériaux constitue un autre goulot d’étranglement. Pour obtenir une section efficace radar faible, il faut une surface sans joint dotée de revêtements avancés absorbant les ondes radar. Cela est nettement plus difficile à réaliser sur un bombardier massif que sur un petit chasseur. Comme on l’a vu avec le B-2 américain, l’entretien de ces surfaces demande beaucoup de main-d’œuvre et nécessite une application précise. La Chine doit repenser la conception de ces matériaux à une échelle bien plus grande tout en respectant des tolérances extrêmement strictes.
La fabrication de ces grandes structures composites nécessite un outillage spécialisé et des environnements à température contrôlée que la Chine est encore en train de mettre en place. De petites erreurs dans la superposition des couches composites peuvent compromettre les propriétés de furtivité de l’appareil. Le passage d’un prototype unique à une chaîne de production reproductible nécessite une infrastructure industrielle et une main-d’œuvre qualifiée qui ne sont pas encore pleinement en place.
Ressources limitées
Enfin, la conception en aile volante sans queue est intrinsèquement instable. Le pilotage d’une telle plateforme nécessite des logiciels de commande de vol électrique sophistiqués et des ordinateurs capables d’effectuer des micro-ajustements constants. Bien que la Chine dispose d’une expérience avec des drones de plus petite taille comme le GJ-11, transposer cette technologie à l’échelle d’un bombardier stratégique piloté et à forte charge utile constitue un défi technique de taille.
Le H-20 est également en concurrence pour des ressources limitées, telles que des ingénieurs d’élite et des matériaux de pointe, avec les programmes de chasseurs J-20 et J-35 ainsi que divers projets de missiles. Comme ces autres programmes fournissent déjà du matériel, ils sont susceptibles d’être prioritaires par rapport au projet de bombardier, qui est au point mort.
Il reste encore beaucoup de travail
Malgré ces revers, Pékin considère probablement un bombardier stratégique comme un atout essentiel. Cependant, des responsables américains suggèrent que le H-20 reste loin derrière les capacités furtives américaines en raison de ces défaillances persistantes en matière de conception et d’ingénierie. Tant que les écarts industriels en matière de moteurs, de matériaux et d’outillage n’auront pas été comblés, le H-20 restera une ambition théorique plutôt qu’une réalité fonctionnelle. (fc)
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