Un nouvel ordre mondial, une nouvelle approche d’investissement ?

La crise récente n’est pas encore terminée, mais si l’on regarde au-delà des réactions à court terme, cette période a mis en lumière plusieurs tendances que les investisseurs à long terme ne peuvent ignorer.

Première leçon

Certains actifs réputés pour être des valeurs refuges n’ont pas rempli leur rôle habituel. Au plus fort de la crise, les obligations d’État ont sous-performé, tandis que le dollar ne s’est que légèrement apprécié avant de rechuter. Et l’or n’a pas joué son rôle traditionnel. Ce qui a résisté, ce sont les obligations d’entreprises de haute qualité et les actions de certaines multinationales.

Ce revirement n’est pas anodin et met en évidence deux points faibles structurels. Premièrement, la situation des finances publiques continue de se détériorer et les investisseurs prennent conscience que la capacité des gouvernements à absorber les chocs sans détériorer davantage leur solvabilité s’amenuise.

Deuxièmement, la dépréciation monétaire : de plus en plus de dollars américains sont créés alors que le nombre d’acheteurs de dollars stagne. Avec un déficit en forte hausse et une volonté manifeste du gouvernement américain de maintenir les taux d’intérêt à long terme à un niveau gérable – environ 4 à 4,2 pour cent sur l’obligation à 10 ans –, le dollar, qui devrait donc continuer à s’affaiblir, est la variable d’ajustement.

Relativement parlant, et contrairement à ce que l’on croit souvent, l’Europe pourrait faire mieux. Non pas qu’elle soit un modèle d’orthodoxie, mais la zone euro affiche un niveau d’endettement moyen inférieur à celui des États-Unis et, surtout, une volonté plus forte de s’attaquer à ses déficits. À cela s’ajoute un programme concret qui, dans son ensemble, témoigne d’un bond en avant significatif : souveraineté industrielle, « Made in Europe », une union pour l’épargne et l’investissement et une politique de concurrence révisée. Il faudra certes attendre pour évaluer les progrès réels, mais le changement de philosophie, qui ressort clairement des discours et des discussions avec la Commission européenne, est bien réel.

Deuxième leçon

Le grand retour des actifs réels. Face aux titres de dette émis sans limite par les gouvernements, les actions conservent un avantage structurel : le nombre d’actions en circulation ne change pratiquement pas. Elles sont redevenues l’actif tangible par excellence. L’or suit la même logique, et nous devons cesser de le classer comme une matière première ; c’est une monnaie alternative, qui se négocie en tant que telle, et les arguments en faveur de sa détention découlent principalement de la dépréciation monétaire continue.

Troisième leçon

La diversification est une nécessité, pas un simple atout. Il suffit de jeter un œil au top 20 des capitalisations boursières américaines pour constater que cette liste, à l’exception de Microsoft, change inévitablement tous les dix ans. Miser aveuglément sur les gagnants d’hier ou d’aujourd’hui (y compris les « Magnificent 7 ») revient à ignorer la rapidité avec laquelle certaines technologies, notamment l’IA, peuvent redessiner la donne. Certaines infrastructures construites aujourd’hui pourraient être obsolètes demain ; la cybersécurité, combinée à l’émergence de l’informatique quantique, constitue un risque difficile à évaluer. La révolution des applications de l’IA dans le monde physique est encore à venir et entraînera un changement radical.

Ce n’est ni le moment de céder à la panique ni à l’euphorie. Il faut faire preuve d’un optimisme lucide : adapter l’allocation d’actifs à un monde dont la logique a changé. Il s’agit donc de diversification. Par région géographique, par secteur, par taille d’entreprise, par devise. En s’appuyant sur des convictions à long terme : l’électrification du monde, par exemple, créera davantage de valeur dans la chaîne de valeur que l’industrie pétrolière, même en faisant abstraction de toutes les considérations ESG. Enfin, essayez de distinguer les gagnants d’aujourd’hui de ceux de demain. Les États-Unis restent un acteur majeur, mais ne sont qu’un vainqueur de façade dans la crise actuelle. Les gagnants de 2030 ne seront certainement pas ceux que nous saluerons en 2026 et pourraient tout aussi bien émerger en Europe, en Chine ou en Inde.

Vincent Mortier, CIO Amundi

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