1,8 milliard de doses pour les pays pauvres d’ici la fin de l’année: l’objectif de l’initiative Covax est-il vraiment réaliste?

L’initiative Covax vise à fournir les pays les plus pauvres en vaccins contre le covid-19. Malgré des débuts difficiles, en partie dus à la razzia des pays riches sur les stocks disponibles auprès des fabricants, les dirigeants de l’alliance mondiale maintiennent des objectifs ambitieux pour cette année. Réaliste? Le point sur la situation.

L’alliance Covax espère parvenir à vacciner 30% de la population des 92 pays les plus pauvres de la planète, auxquels est destinée l’initiative, d’ici la fin de l’année 2021. Cela équivaut à 1,8 milliard de doses à distribuer. Un objectif ‘atteignable’, a déclaré un porte-parole de l’Alliance du vaccin Gavi, l’organisation internationale qui codirige Covax.

Pourtant, un tel objectif semble très ambitieux, surtout au regard du bilan actuel de Covax: 69 millions de doses distribuées depuis février, dont environ 49 millions à destination de ces pays à faible et moyen revenu. Cela représente à peine 2% ou 3% des populations visées, avance le quotidien économique français Les Echos ce vendredi.

Toutefois, plusieurs éléments invitent à l’optimisme.

Nouveaux approvisionnements auprès des fabricants

Tout d’abord, l’initiative Covax est récemment parvenue à sécuriser des centaines de millions de doses auprès de deux fabricants de vaccin: 500 millions chez Moderna et 350 chez Novavax, dont le candidat vaccin devrait prochainement passer la rampe des autorisations d’urgence.

Une excellente nouvelle pour l’alliance mondiale, qui était jusqu’alors presque exclusivement dépendante du bon vouloir des États pour ses approvisionnements.

La vaccination progresse dans les pays riches

Par ailleurs, que ce soit en Europe ou aux États-Unis, la vaccination avance bon train. Près d’un Américain sur deux a déjà reçu au moins une dose tandis que l’UE s’est fixé pour objectif d’avoir ‘proposé un vaccin à 70% de tous les adultes d’ici à la fin du mois de juillet’, dixit Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Cela signifie que la peur de manquer de vaccins va rapidement s’atténuer dans ces pays, ce qui devrait les inciter à se montrer plus généreux.

À titre d’exemple, la Belgique a passé commande pour 30 millions de doses pour une population de 11,5 millions de Belges. Il y aura donc forcément des excédents. Sabine Stordeur, coresponsable de la task force vaccination, a donc répété cette semaine que notre pays prendrait part à l’initiative Covax ‘en donnant les doses supplémentaires de vaccins qui ne seraient pas utilisés aux pays les plus démunis et les plus pauvres pour leur permettre d’avancer dans leurs propres campagnes de vaccination’.

Aux États-Unis, Joe Biden a promis il y a quelques semaines l’envoi de 60 millions de doses du vaccin AstraZeneca (une annonce pour l’instant restée sans suite). Et ce lundi, le président américain a annoncé 20 millions de doses supplémentaires d’ici la fin juin.

Quant à l’UE, elle s’est engagée ce vendredi à fournir ‘au moins 100 millions de doses aux pays à revenu faible et intermédiaire avant la fin 2021’, a annoncé la présidente de la Commission européenne lors d’un sommet du G20 sur la santé.

Les financements affluent

Au niveau du nerf de la guerre, l’argent, les choses se présentent également sous un jour qui s’améliore constamment.

L’initiative Covax est déjà parvenue à récolter 6,7 milliards d’euros sur les 8,3 milliards qui sont jugés nécessaires pour parvenir à distribuer 1,8 milliard de doses aux pays les plus pauvres.

Bémols

Néanmoins, tout n’est pas rose non plus. À cet égard, la flambée épidémique qui frappe l’Inde depuis plusieurs semaines a eu des conséquences négatives pour le mécanisme Covax.

En effet, alors que le sous-continent est le premier producteur mondial de vaccin et qu’il était censé être le premier fournisseur des pays pauvres, le géant sud-asiatique a suspendu, dès la fin mars, ses exportations de doses d’AstraZeneca.

De plus, le mécanisme Covax demeure dans l’immédiat encore très dépendant des dons ponctuels des États (France: 500.000 doses ; Espagne: 7,5 millions de doses ; Emirats arabes unis: 1 million ; etc.). Même si elles se révèlent relativement restreintes en regard de l’objectif ambitieux de l’initiative pour cette année, ces livraisons restent vitales à ce stade.

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