Vous détestez les brocolis et les choux de Bruxelles ? Vous avez moins de chances d’attraper le Covid-19 !

Une forte sensibilité à l’amertume vous confère une meilleure protection face au Covid-19. (Unsplash)

Apparu il y a maintenant un an et demi, le coronavirus est très loin d’avoir délivré tous ses secrets. Partout dans le monde, des chercheurs étudient le virus pour mieux l’appréhender. Une des dernières études sur le sujet, réalisée aux Etats-Unis, voit un lien entre le goût pour les brocolis et les choux de Bruxelles et la vulnérabilité face au Covid-19.

C’est une observation inévitable: nous ne sommes pas tous égaux face au Covid-19. Certains développent des formes très graves, d’autres des moins graves, tandis que d’autres encore ne développent même pas de symptômes. Partant de ce constat, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie (Etats-Unis) ont émis l’hypothèse qu’il y aurait un lien entre nos facultés gustatives et notre propension à attraper la maladie.

Vraisemblablement, leur idée était sensée, étant donné que leur étude ne l’a pas contredite. Ils ont analysé le cas de 2.000 personnes, classées en trois catégories:

  • Les ‘super-goûteurs’ (environ 25% de la population): ils sont extrêmement sensibles aux saveurs amères, au point généralement de ne pas les aimer du tout.
  • Les ‘goûteurs’ (environ 50% de la population): ils goûtent l’amertume, mais elle ne leur est pas désagréable.
  • Les ‘non-goûteurs’ (environ 25% de la population): ils détectent à peine les saveurs amères.

Les chercheurs ont constaté ce qu’ils subodoraient: les ‘super-goûteurs’ avaient tendance à être moins testés positifs au coronavirus. Autrement dit: ceux qui ne supportent pas les légumes amers tels que les brocolis et les choux de Bruxelles sont moins susceptibles d’être infectés.

Explications

Les super-goûteurs ont environ 4 fois plus de papilles gustatives sur la langue. Parmi ces capteurs, on retrouve notamment les récepteurs T2R fabriqués par le gène T2R38, corrélés à la perception des composés amers, explique un article du National Geographic.

Ces protéines T2R38 ne se trouvent pas que sur la langue. On en trouve aussi dans les cellules épithéliales, qui tapissent le nez et les voies respiratoires supérieures. De là, elles réagissent aux agents pathogènes envahissants. C’est-à-dire qu’elles ont un pouvoir anti-microbien, qui agirait donc également pour neutraliser le coronavirus.

Cette théorie pourrait également expliquer (du moins en partie) pourquoi les enfants sont très peu sensibles au coronavirus. Si les brocolis et autres choux de Bruxelles font généralement partie des mets peu appréciés par les jeunes, c’est car ceux-ci sont munis d’un plus grand nombre de récepteurs gustatifs. Ce qui les aiderait donc à neutraliser plus facilement le virus s’il vient à entrer en contact avec eux. Dans la même logique, les récepteurs gustatifs disparaissant avec l’âge, les personnes plus âgées sont plus vulnérables au coronavirus.

En quoi cette découverte peut-elle aider à lutter contre la pandémie ? Pour Henry Barham, rhinologue au Baton Rouge General Medical Center (Louisiane) et auteur de l’étude, des tests gustatifs pourraient être mis en tant que moyen sûr, rapide et peu coûteux de classer les personnes dans des groupes à risque pour le Covid-19, voire même pour d’autres infections similaires.

Limites

Afin d’avoir l’avis d’un chercheur n’ayant pas participé à l’étude, le National Geographic a interrogé David Aronoff, directeur de la division des maladies infectieuses au centre médical de l’université Vanderbilt, à Nashville (Tennessee). Celui-ci a qualifié le travail de ses pairs d‘intéressant’ et de ‘surprenant’.

En revanche, le Dr Aronoff a regretté le faible échantillon de personnes utilisé pour réaliser l’étude. D’après lui, c’est une donnée qui doit tempérer l’enthousiasme qui pourrait naître des résultats de celle-ci.

‘À ce stade, les résultats de ces travaux sont prématurés pour nous aider à gérer le COVID-19 en clinique. Mais les résultats pourraient avoir un impact sur notre compréhension de ce qui conduit les gens à être plus ou moins vulnérables à des infections comme le Covid-19’, a-t-il déclaré.

Plusieurs bémols ont également été signalés par Danielle Reed, directrice associée du Monell Chemical Senses Center, à Philadelphie (Pennsylvanie). La chercheuse a participé à l’étude, mais elle n’a pas souhaité paraître dans les auteurs, car elle est en désaccord avec l’interprétation des résultats.

Rappelant que le Covid-19 causait justement une perte du goût (agueusie), la Dr Reed estime que des personnes atteintes par la maladie pourraient avoir été erronément classées parmi les ‘non-goûteur’. De plus, les gènes T2R n’ont pas été identifiés comme étant impliqués dans la sévérité du Covid-19 dans une analyse génomique indépendante, a-t-elle souligné.

Le Dr Barham et son équipe espèrent toutefois que leur étude permettra à d’autres chercheurs de se pencher plus en profondeur sur la relation entre les récepteurs gustatifs et les infections respiratoires telles que le Covid-19.

L’étude a été publiée dans le journal médical JAMA Network Open. Elle est disponible ici.

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