Une enquête révèle qu’une entreprise publique chinoise a expédié du matériel destiné à des drones vers la Russie


Principaux renseignements

  • Une entreprise publique chinoise a expédié clandestinement vers la Russie des produits chimiques essentiels à la fabrication de drones.
  • Des codes douaniers frauduleux ont permis de dissimuler la livraison destinée à un fournisseur militaire soumis à des sanctions.
  • Les preuves dont disposent désormais les États-Unis leur permettent de sanctionner l’entreprise chinoise impliquée.

Des données internes russes relatives aux expéditions, obtenues par Politico, indiquent qu’une entreprise publique chinoise a livré en secret 46 tonnes de produits chimiques destinés à la fabrication de fibre de carbone à la Russie. Ces matériaux sont essentiels à l’assemblage de centaines de drones d’attaque.

Ces documents, qui ont été analysés par des responsables occidentaux, constituent la première preuve concrète qu’une entité liée à l’État chinois aide directement une organisation russe sanctionnée et liée au secteur militaire.

Faux codes douaniers

Pour échapper à la détection, la cargaison a été déclarée sous des codes douaniers habituellement réservés au polyester et au nylon. Le destinataire était une filiale de Rosatom, l’agence nucléaire d’État russe, qui produit des pièces essentielles pour les drones utilisés dans les frappes menées à travers l’Ukraine.

L’une de ces attaques, perpétrée en août contre un centre commercial ukrainien, a fait au moins 16 morts. Si des pièces chinoises avaient déjà été découvertes dans des drones russes abattus, ces documents établissent un lien plus direct avec un fournisseur public.

Sanctions

Ces informations ont d’abord été identifiées par le Centre ukrainien pour la sécurité et la coopération, un groupe de réflexion basé à Kiev, qui a ensuite transmis ses conclusions aux gouvernements américain et britannique.

David Albright, directeur de l’Institut pour la science et la sécurité internationale, a suggéré que, dans la mesure où les matériaux avaient été envoyés à une filiale de Rosatom déjà soumise à des sanctions occidentales, le Département d’État américain disposait désormais d’un fondement pour sanctionner l’entreprise chinoise.

Réaction de Rosatom

En réponse, un représentant de Rosatom a nié toute infraction, affirmant que l’entreprise respectait l’ensemble des réglementations légales et soutenant que ces accusations résultaient d’une incompréhension des procédures douanières russes.

Montée de la pression internationale

Cet incident survient alors que la Chine fait face à une pression accrue concernant son soutien présumé au conflit russe. Le service diplomatique de l’Union européenne envisage actuellement des sanctions à l’encontre de quatre entreprises chinoises soupçonnées d’aider l’effort de guerre russe. Ces entreprises sont accusées d’entretenir la « flotte fantôme » de la Russie, de fournir des produits chimiques à usage militaire et de livrer des composants pour drones.

Ces sanctions proposées ont été détaillées en mai et devaient être finalisées par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors d’une réunion prévue en juin à Luxembourg. (fc)

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