Un rapport de 1972 prédit l’effondrement de notre économie vers 2040, et jusqu’ici il ne s’est pas trompé

Alors que la confiance dans le progrès s’estompait au début des années 70, un rapport prévoyait 12 scénarios possibles de l’avenir de l’humanité. Nous nous dirigeons vers deux des plus sombres. Mais il reste l’espoir pour une troisième voie, selon une chercheuse américaine.

The Limits to Growth -Les Limites à la croissance (dans un monde fini)- n’est pas un film de science-fiction, même si certains s’en sont peut-être inspirés. Il s’agit d’un imposant rapport soutenu par le Club de Rome, un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, et des industriels de 52 pays. Publié en 1972, il se consacre entièrement à l’impact écologique de la croissance économique et démographique de l’humanité et, via des simulations informatiques, tentant de prédire les avenirs possibles de notre espèce et de notre planète.

Un avenir bien sombre

Les chercheurs d’alors ont envisagé 12 scénarios possibles et, dans les plupart des cas, les prédictions étaient fort pessimistes : l’humanité se dirigeait vers une crise globale provoquée par la surpopulation et les pénuries de ressources naturelles. Bien sûr, certaines thèses du rapport ne se sont pas réalisées. Mais The Limits to Growth a été plusieurs fois actualisé. Et, selon une étude de Gaya Herrington, responsable de la durabilité et de l’analyse des systèmes dynamiques au sein du cabinet comptable KPMG, notre société semble se diriger vers deux scénarios possibles. Qui prédisent un effondrement global avant 2040.

  • Business as Usual (BAU) : dans ce scénario, la croissance économique mondiale atteindra son plus haut point vers 2040, avant de s’effondrer dramatiquement par le manque de matières premières, et la chute des rendements agricoles due à la désertification et à la baisse de fertilité des sols. La population mondiale va entamer un déclin. Ce n’est pas l’apocalypse, mais le niveau de vie moyen va fortement baisser pendant, au moins, plusieurs décennies. La fin d’un système économique arrivé à ses limites. Ce scénario est considéré comme l’un des plus dramatiques évoqué par le texte de 1972.
  • Comprehensive Technology (CT) : cette version de l’avenir est -un peu- moins sombre. Confrontée à la raréfaction des ressources, l’humanité va faire le pari des sciences et des nouvelles technologies afin de limiter les dégâts. Dans une certaine mesure, la production alimentaire sera maintenue, et l’impact de la pollution se révèlera moins important que si rien ne change. Mais ce ne sont pas non plus des lendemains qui chantent : notre société va aussi se confronter à une raréfaction des ressources entrainant une crise économique majeure. Le choix des nouvelles technologies pourra juste atténuer crises alimentaires et baisse du niveau de vie.

Une troisième voie ?

Pour obtenir ces résultats, Gaya Herrington a comparé les simulations du rapport de 1972 avec des données modernes. Elle a analysé 10 variables, dont la croissance des populations, la fertilité des sols, la production alimentaire, et les niveaux de pollution ou encore la production de l’industrie. Et tout concorde : si rien ne change, nous vivrons BAU ou CT avant la décennie 2040.

La chercheuse pointe toutefois une troisième option : le modèle Stabilized World (SW). Celui-ci commence avec les mêmes prémisses que les deux précédents, mais envisage que l’humanité limite volontairement sa croissance économique et sa consommation, avant que les pénuries ne l’y contraignent. La crise alimentaire est évitée, la pollution se résorbe lentement, et la population humaine croit encore un peu avant de se stabiliser. Selon Gaya Herrington, il n’est pas encore trop tard pour bifurquer vers ce chemin-là, à condition de changer de direction dès maintenant: « Il n’est pas trop tard pour que l’humanité change volontairement et radicalement de direction vers l’avenir. Notre espèce peut soit choisir de se poser ses propres limites, soit d’atteindre une limite imposée à un certain point, qui rendra un déclin du bien-être humain inévitable. »

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