Une mégasécheresse touche maintenant 77% de l’ouest des États-Unis

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La sécheresse dans l’ouest des États-Unis ne cesse de s’intensifier. Les États de cette région doivent déjà gérer les pénuries d’eau. Et les services de météorologie ne semblent pas annoncer suffisamment de pluies pour les prochains mois. Les problèmes liés à cette sécheresse vont donc continuer à empirer. Malheureusement, cette situation, que vivent les États à l’ouest du Mississippi n’est pas une anomalie et semble même devenir une habitude dans les années à venir. Le changement climatique entraîne des sécheresses plus graves et des mégasécheresses plus longues et plus inquiétantes.

La dernière grande sécheresse, qui n’a pris fin qu’en 2017, a entraîné des pertes économiques de plusieurs milliards de dollars. Les agriculteurs devaient laisser leurs terres en jachère, par manque d’eau pour nourrir les plantations. La production d’électricité des barrages a chuté de 50%. Cette sécheresse a provoqué d’immenses feux de forêt, ce qui a contribué à la mort de plus de 100 millions d’arbres. Si la sécheresse actuelle se poursuit, des conséquences similaires se profilent.

Malheureusement, ces mégasécheresses pourraient devenir habituelles, et plus une situation exceptionnelle. Le changement climatique aggrave et prolonge ce temps chaud et sec.

Pourtant, l’année dernière, à peu près à la même époque, l’Ouest américain pensait en avoir totalement fini avec la sécheresse, après un hiver humide en 2019. Mais maintenant, les sols sont secs sur 77% du territoire, selon les dernières données du US Drought Monitor publiées le 11 mars.

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Au cours des 12 derniers mois, il n’a pratiquement pas plu, les moussons dans le sud-ouest ont été très faibles et l’été s’est soldé par une canicule intense. Les températures élevées ont fait évaporer toute l’eau présente dans le sol et les réserves se sont vidées. La sécheresse s’est donc installée durablement.

Les Four Corners, où se rencontrent l’Utah, l’Arizona, le Nouveau-Mexique et le Colorado, sont l’épicentre de cette sécheresse. Ces États et le Nevada sont ceux qui en subissent le plus les effets. Actuellement, c’est l’hiver aux États-Unis. Mais à cause de La Niña, il n’y a pas assez de pluie et de neige pour compenser les mois secs précédents.

Il pourrait y avoir encore de la pluie ou de la neige. Mais les prévisions saisonnières du National Weather Service indiquent que les conditions de sécheresse dans l’ouest des États-Unis persisteront certainement jusqu’en mai.

Des mégasécheresses ont déjà provoqué l’effondrement de civilisation

Les scientifiques pensent que cette sécheresse fait partie d’une sécheresse plus importante, appelée une mégasécheresse. On peut parler d’une telle situation lorsque le manque de pluie se fait sentir pendant plus de deux décennies. Grâce à la dendrochronologie – l’étude des anneaux de croissance des arbres – et à l’étude des coraux, les chercheurs ont découvert que de telles mégasécheresses ont déjà affecté l’humanité. Et leurs conséquences étaient loin d’être anodines.

Ces conditions climatiques ont provoqué d’immenses exodes de population. Et ces migrations ont ensuite provoqué l’effondrement de certains des plus grands empires de notre histoire. Y compris les Anasazi au sud-ouest de l’Amérique du Nord, l’empire khmer du Cambodge, les Mayas de Méso-Amérique, les Tiwanaku de Bolivie et la dynastie Yuan de Chine.

Mégasécheresse est le terme utilisé pour une sécheresse d’au moins 20 ans, mais souvent ce n’est qu’un début. Elles peuvent durer des centaines d’années. Dans le Sahel africain, par exemple, cet événement météorologique a duré de 1400 à 1750, environ. Et en Amérique, là où se trouvent actuellement les Etats de l’Ouest, l’une d’entre elles a duré 300 ans, entre le 9e et le 12e siècle.

Ce qui est nouveau

Aujourd’hui, on considère qu’une grande partie de la mégasécheresse que connait l’Ouest américain a été causée par l’homme. Les scientifiques ont étudié une zone couvrant neuf États, de l’Oregon et du Wyoming en passant par la Californie et le Nouveau-Mexique, ainsi qu’une tranche du sud-ouest du Montana et des parties du nord du Mexique. Ils ont analysé des milliers d’anneaux de croissance pour mieux comprendre la sécheresse qui a commencé en 2000 – et ce malgré une année 2019 pluvieuse. Et ils ont comparé les données à 4 autres mégasécheresses qui ont eu lieu au cours de 800 dernières années.

Les scientifiques ont découvert qu’une seule de ces sécheresses était aussi forte que celle que les États-Unis connaissent aujourd’hui. Elle a commencé en 1575, 10 ans seulement après la fondation de Saint-Augustin, la première colonie européenne aux États-Unis. Et elle a pris fin en 1620, peu avant l’arrivée des pèlerins sur Plymouth Rock.

Mais ce qui se passe actuellement est « une sécheresse plus puissante que tout ce que la société moderne n’a jamais vu », selon Park Williams, bioclimatologue à l’Université de Columbia et auteur principal de cette étude.

Un avenir sombre

L’étude montre que le réchauffement climatique causé par l’homme a transformé ce qui aurait dû être une sécheresse modérée et prolongée en un événement semblable aux pires mégasécheresses de notre histoire. Les températures plus chaudes de 1,6°C aspirent l’humidité dans le sol, explique Williams.

Cette découverte est importante non seulement pour comprendre la crise actuelle, mais également pour envisager les prochaines décennies. L’évaluation climatique la plus récente, préparée par 13 agences fédérales aux États-Unis en 2018, a esquissé un avenir sombre pour les États du sud-ouest: la hausse des températures va augmenter les probabilités de mégasécheresse. Les périodes de sécheresse seront plus fréquentes et plus difficiles à supporter. Et même si les précipitations annuelles ne baissent pas, la chaleur privera les habitants de l’humidité dans le sol.

L’Ouest des États-Unis a déjà bien ressenti les conséquences de cette nouvelle sécheresse, à commencer par les incendies de forêt dévastateurs de l’année dernière. Le manque d’eau a fait sécher la végétation, brulant ainsi à la moindre étincelle. Au Nouveau-Mexique, les ressources d’eau sont si basses que les autorités demandent déjà aux agriculteurs de ne pas planter de culture cette année, a rapporté le Wall Street Journal. En Californie, les réservoirs sont aussi extrêmement bas. La neige de montagne, qui sert de réserve d’eau d’urgence n’est déjà plus qu’à 61% de son niveau moyen mesuré en début mars.

Insoutenable

La prévention des pires effets de la sécheresse à l’avenir commence par la réduction des émissions de gaz à effet de serre dès que possible pour limiter le rôle du changement climatique. Après la dernière sécheresse, la Californie a promulgué une loi sur la gestion des eaux souterraines, mais a également établi des mesures pour réduire la consommation d’eau. Celle-ci a déjà baissé de 25% entre 2014 et 2017. Mais la situation reste bien difficile pour les 2 millions de Californiens qui dépendent des puits souterrains. Les agriculteurs doivent de plus en plus se tourner vers le pompage des nappes phréatiques, épuisant ainsi des milliers de sources d’eau potable adjacentes.

Le mois dernier, le chef de la majorité au Sénat californien, Bob Hertzberg, a présenté une loi qui obligerait les petits réseaux d’eau à préparer un plan sécheresse. C’est un pas en avant. Mais certains représentants soulignent une certaine incompatibilité entre ces règles et le mode de vie actuel. Les trois quarts de la consommation annuelle d’eau du sud-ouest sont consacrés à l’irrigation des cultures. Et malgré la sécheresse, la population continue d’augmenter dans les villes naturellement arides.

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