Ukraine et Taïwan : Zelensky ne recule pas devant le parallèle, au risque de jeter de l’huile sur le feu

Le président ukrainien, en conférence à distance devant une assemblée sur les questions de sécurité, a appelé la communauté internationale – et les pays d’Asie en particulier – à soutenir ouvertement Taïwan. De quoi faire voir rouge à Pékin.

En quelques mois, l’ancien humoriste devenu président ukrainien puis leader d’un pays en guerre a appris à manier avec un certain talent les déclarations percutantes. D’ordinaire, c’était pour mettre les gouvernements d’autres pays – occidentaux en particulier – devant leurs propres responsabilités sur la question des importations de gaz et de pétrole russes, ou encore pour exhorter à envoyer davantage d’aide militaire à son pays.

Mais l’invasion a aussi forgé dans le chef du président ukrainien des opinions visiblement très tranchées sur la géopolitique internationale, qu’il n’hésite pas à exprimer tout haut, au risque de faire des vagues, rapporte Military Watch Magazine. Le 11 juin dernier, Volodymyr Zelensky a pris la parole lors du sommet Shangri-La Dialogue (SLD) de Singapour, un événement annuel dédié aux questions de sécurité et organisé par le think tank indépendant International Institute for Strategic Studies (IISS). Depuis l’Ukraine et en vidéoconférence, Zelensky a appelé à une plus grande implication internationale dans le détroit de Taïwan pour soutenir le gouvernement de Taipei contre celui de Pékin.

Solidarité avec les petits pays contre les grands

« Nous ne devons pas les laisser à la merci d’un autre pays qui est plus puissant en termes financiers, de territoire et d’équipement », a lancé le président ukrainien dans un parallèle avec son propre pays que tout le monde comprendra aisément. Il en a d’ailleurs profité pour appeler à un plus grand soutien à Kiev dans sa guerre actuelle avec la Russie.

La Chine est jusqu’ici restée officiellement neutre dans le conflit, refusant d’imposer des sanctions particulières à la Russie tout en interdisant les ventes d’armes aux deux parties. Mais Pékin est très attentif à l’évolution de cette guerre dont on peut difficilement imaginer qu’elle ait pu être menée sans son accord tacite.

Et ce que le gouvernement chinois voit ne lui plait pas, car un petit pays attaqué par surprise sur plusieurs fronts qui résiste contre toute attente, tandis que l’affrontement vire à la guerre d’usure, c’est exactement le pire scénario possible en cas d’attaque de Taïwan. Les Chinois n’apprécient d’ailleurs pas le déploiement de la galaxie de microsatellites civils de Starlink afin d’assurer l’accès à Internet en Ukraine malgré les destructions de l’infrastructure et leurs chercheurs travaillent activement à des contre-mesures, de leur propre aveu.

Tirer la queue du dragon

Dans ce contexte, les déclarations de Zelensky reviennent à tirer sur la queue d’un dragon déjà peu amène. Alors que la politique américaine consiste traditionnellement à ménager la Chine en tournant autour du pot – ce que ne suit pas toujours Joe Biden – cet appel à soutenir Taïwan alors que Pékin enchaîne les déclarations belliqueuses à l’encontre d’une île qu’elle considère comme une province rebelle ne va certainement pas calmer le jeu.

Le ministre chinois de la Défense, Wei Fenghe, n’a pas manqué de riposter: « Laissez-moi être clair : si quelqu’un ose séparer Taïwan de la Chine, nous n’hésiterons pas à nous battre. Nous nous battrons à tout prix. Nous nous battrons jusqu’au bout. C’est le seul choix possible pour la Chine. » Il a souligné la nécessité d’une réunification pacifique à terme, ajoutant que la division était le résultat de la guerre civile chinoise qui se poursuit techniquement entre les deux gouvernements chinois rivaux. À Pékin, on ne semble pas encore décidé à lancer une offensive tant que Taipei ne proclame pas l’indépendance, ce geste équivaudrait à une déclaration de guerre.

Pour autant, celle-ci ne sera pas forcément aisée pour l’Armée populaire de libération, les forces militaires chinoises. Car au-delà du parallèle avec l’Ukraine, Taïwan est un David bien mieux armé, et surtout protégé par un détroit qui pourrait vite devenir un cimetière maritime pour toute force de débarquement envoyée depuis le continent. Et nul doute qu’à Taipei aussi, on scrute de près les leçons à tirer de la guerre en Ukraine.

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