Tous les avions furtifs du monde sont monoplaces, mais la Russie en développe un biplace. Pourquoi ?

Sans expliquer pourquoi, la Russie a annoncé qu’une version biplace d’un de ses avions furtifs était en cours de développement. Dans la mesure où tous les appareils du genre sont monoplaces, cela a le don de surprendre. Les ambitions russes sont toutefois assez faciles à décoder.

Cela fait déjà plusieurs années que la Russie est soupçonnée de développer un avion furtif biplace. Une innovation, dans la mesure où tous ceux de cinquième génération, en service à l’heure actuelle, ne possèdent qu’un seul siège. Les biplaces coûtent plus cher et sont plus difficiles à développer pour qu’ils gardent toute leur furtivité. Pour s’entraîner, les pilotes utilisent des simulateurs ou des avions d’entraînement – non furtifs – biplaces où ils sont accompagnés d’un pilote plus expérimenté.

Il y a plusieurs années, la Russie avait planifié la conception d’une version biplace de son Su-57, baptisée FGFA, à destination de l’armée indienne. Le projet était finalement tombé à l’eau, car New Delhi avait décidé de s’en retirer.

Un pilote d’avion, un autre de drone

Néanmoins, le travail effectué sur cet avion par la Russie pourra lui profiter pour son nouveau projet. En effet en juin dernier, le vice-premier ministre Yuri Borisov a annoncé que le ministère de la Défense et le bureau d’études de Soukhoï (l’un des principaux fabricants d’avions militaires russes, ndlr) prévoyaient de développer un avion biplace.

M. Borisov n’a pas expliqué pourquoi, se contentant d’indiquer que cet avion s’avérera intéressant pour l’exportation.

Quelques semaines plus tard, la réponse est venue d’une source industrielle, qui a livré l’explication à l’agence de presse étatique TASS: ce Su-57 biplace servira de centre de contrôle pour deux à quatre drones de combat furtifs haut de gamme S-70 Okhotnik-B.

Comme l’indique Forbes, il ne fallait de toute façon pas attendre cette information pour se douter que la Russie avait l’intention de faire piloter des drones au second occupant. Ainsi, un mois après que le S-70 Okhotnik-B a effectué son premier vol en août 2019, il a été testé en mode autonome en volant en formation avec un Su-57 monoplace. Il s’est avéré que le drone manquait d’autonomie. La solution a donc été rapidement trouvée: un deuxième pilote à bord pour le contrôler.

Le passager arrière pourra surveiller les drones sur le radar, leur envoyer des commandes par liaison radio et voir ce que les drones voient grâce à leurs caméras. Un drone télécommandé, en somme. Potentiellement, il pourra aussi faire fonctionner plus efficacement les capteurs et les armes guidées de l’avion.

La Chine sur le coup également

Si le Su-57 biplace en cours de développement pourrait bien devenir le premier furtif du genre au monde, il pourrait tout aussi bien arriver en deuxième position. En effet, la Chine est elle aussi en train de concevoir une version biplace de son J-20, au sujet duquel elle a levé un coin du voile en début d’année.

A la suite de l’annonce chinoise, les spécialistes américains avaient aussi lancé quelques suppositions sur l’utilité d’un deuxième siège. Celui-ci offrirait beaucoup plus de capacités offensives, notamment en matière de contre-mesure et de guerre électronique.

« Les avions monoplaces sont généralement plus petits, plus rapides, très agiles, généralement pour une courte portée, conçus pour l’interception, l’escorte et les capacités air-air », avait déclaré à Business Insider Jon Grevatt, spécialiste des avions de guerre et analyste de l’Asie-Pacifique chez Janes, une entreprise américaine spécialisée dans la production de renseignements sur la défense, les menaces et les équipements militaires.

« Mais un avion biplace est plus lourd, généralement pour une opération multirôle – non seulement air-air, mais aussi air-sol – pour une plus longue portée. [Ils sont] généralement utilisés dans une situation où deux personnes travaillent ensemble, l’une étant généralement le pilote et l’autre derrière lui agissant habituellement comme sélecteur et opérateur d’armes, et manipulant également des équipements de guerre électronique », avait-il ajouté.

Les USA prennent une autre direction

Du côté de l’US Air Force, aucun avion furtif biplace à l’horizon. L’armée américaine travaille bien sur un drone de guerre couplé à ses F-22 et F-35, mais elle n’a pas l’intention d’en développer des variantes à deux sièges. Tout simplement car elle compte doter son drone d’une intelligence artificielle très sophistiquée. Celle-ci fera en sorte que l’appareil sera très autonome et que la présence d’un pilote à bord sera suffisante pour le diriger.

Autre différence stratégique majeure à noter: là où le drone russe (le S-70 Okhotnik-B) est grand (14 mètres de diamètre) et cher (20 millions de dollars l’exemplaire), son pendant américain (le wingman) est petit (6,7 mètres) et beaucoup moins cher (2 millions de dollars).

Le quidam se dira peut-être que les Américains sont en train de perdre du terrain sur les Russes, en concevant des drones meilleur marché. Ce n’est pas spécialement le cas. La décision de l’US Air Force a justement été prise en vue de se démarquer de ses rivaux. Ses drones de « moins bonne qualité » sont « attritable », un terme utilisé par l’armée américaine pour désigner un équipement qui peut être perdu en combat. Ce qui devrait, elle l’espère, lui donner l’avantage dans le cadre d’une guerre d’usure. Car le drone russe, bien plus onéreux, n’est pas prévu pour être « jeté » aussi facilement.

Étant donné que les drones couplés aux avions furtifs n’ont pas encore été utilisés pour des missions de combat, impossible, à l’heure actuelle, de dire quel pays a fait le meilleur choix.

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