Sauver des vies plutôt que l’économie, la préférence d’une majorité de la population mondiale

(EPA-EFE/MARKO DJOKOVIC)

Une enquête mondiale montre qu’une grande majorité de personnes à travers le monde souhaitent que leurs gouvernements donnent la priorité à la sauvegarde des vies humaines plutôt qu’à la relance de leurs économies. Mais le débat sur le déconfinement ne peut se résumer au choix simpliste entre économie et santé. Opposer ces deux concepts serait en réalité trompeur.

Le baromètre de confiance Edelman interroge depuis plus de 20 ans des dizaines de milliers de personnes dans le monde sur la confiance qu’ils accordent dans les institutions de base. L’étude s’est appuyée sur des travaux de terrain réalisés au Canada, en Chine, en France, en Allemagne, en Inde, au Japon, au Mexique, en Arabie Saoudite, en Corée du Sud, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cette année, les résultats sont particulièrement intéressants pour analyser si la réponse à la pandémie est la bonne ou non.

Dans les différentes affirmations, l’une parmi tant d’autres retient particulièrement l’attention. 67 % des plus de 13.200 personnes interrogées entre le 15 et le 23 avril sont ainsi d’accord avec cette déclaration: ‘La première priorité du gouvernement devrait être de sauver autant de vies que possible, même si cela signifie que l’économie se redressera plus lentement’.

Certains dirigeants doivent donc avoir les oreilles qui sifflent. À commencer par Donald Trump, lui qui pousse à une relance économique ‘en toute sécurité mais aussi rapide que possible’ depuis plusieurs semaines déjà. Il indiquait par exemple en mars vouloir rouvrir l’économie américaine pour le dimanche de Pâques alors même que la propagation du coronavirus s’accélérait aux États-Unis. Aujourd’hui, il n’a toujours pas changé d’avis sur la question.

Donald Trump s’impatiente même d’une réouverture trop lente, affirmant ce dimanche que ‘certains États, franchement, je pense qu’ils ne vont pas assez vite’ tels que la Virginie. Il a également exhorté les écoles et les universités du pays à reprendre les cours cet automne. Et peu importe ce qu’en pensent les experts en santé publique, qui jugent qu’une telle ouverture ne peut se faire en sécurité avant qu’un vaccin ne soit développé. Pas de panique, répond Trump, qui promet un vaccin pour la fin de l’année. Ici aussi, les experts sont sérieusement sceptiques quant à cette faisabilité.

Deux crises simultanées

En outre, seul un tiers des interrogés dans l’étude produite par la société de communication américaine Edelman a soutenu cette affirmation: ‘Il devient plus important pour le gouvernement de sauver des emplois et de relancer l’économie que de prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer la sécurité des personnes’. Et cette proportion reste relativement stable dans de nombreux pays.

Au Canada, au Royaume-Uni et en France, 70 % ou plus des personnes interrogées se sont déclarées favorables à prioriser les problèmes de santé. Aux États-Unis, où les protestations anti-confinement ont été parfois encouragées par Donald Trump, le chiffre était de 66 %. Une différence, certes, mais assez négligeable au vu des situations contrastées en France et dans le pays de l’Oncle Sam.

‘C’est compliqué parce que vous avez deux crises simultanément – une crise sanitaire et une crise économique’, nuance Richard Edelman, CEO de la société. ‘Mais les gens se disent: « Nous avons déjà eu six à sept semaines de cela (restriction d’activité), qu’est-ce qu’une semaine ou deux de plus?’ La résilience collective tant clamée aurait donc son petit effet.

L’économie, c’est de l’humain

Chez nous, le débat se pose également entre sauver l’économie ou le social (l’humain et sa santé mentale). ‘Relancer l’industrie et les commerces sans autoriser les personnes à retrouver leurs proches, c’est faire passer l’économie avant l’humain, nous ne pouvons le concevoir’, soulignaient le 25 avril les coprésidents d’Ecolo Rajae Maouane et Jean-Marc Nollet. Le parti réclame l’autorisation des réunions de famille dès le 4 mai, alors qu’elles ne seront pas envisagées avant le 18 mai.

Mais la réponse n’est pas si simple. Face aux critiques selon lesquelles l’économie passerait avant l’humain, le ministre-président wallon Elio di Rupo défend les décisions du Conseil national de sécurité. ‘La priorité était de protéger l’humain. Dans les entreprises, dans les commerces, des mesures strictes peuvent être imposées et contrôlées. En famille, où les relations sont par nature proches et chaleureuses, c’est plus compliqué. Cette question est d’ailleurs toujours en discussion: comment protéger l’humain au sein des familles?’ a-t-il déclaré ce mardi en commission spéciale covid-19 du parlement régional.

Face au 1,3 million de personnes en chômage temporaire, le déconfinement s’imposait, ajoute-t-il. Et c’est bien pour cette raison que le débat ne peut se résumer à prioriser l’économie ou l’humain. Ces deux concepts vont de pair. Les calculs de l’économiste britannique Chris Dillow indiquent par exemple que la perte de bien-être causée par un million de chômeurs est l’équivalent de 10.000 décès par an au Royaume-Uni. Sauver l’économie, c’est donc aussi vouloir sauver des vies à plus long terme.

‘En ce moment, sauver des vies et sauver l’économie ne sont pas en contradiction. Nous accélérerons le retour d’une économie robuste en prenant des mesures pour limiter la propagation du virus et sauver des vies’, écrit un groupe d’éminents économistes américains (dont deux anciens présidents de la Fed). Il n’y a pas de solution parfaite, tout n’est pas tout blanc ou tout noir.

Une confiance dans les gouvernements en augmentation

L’enquête d’Edelman montre également que la confiance dans l’institution gouvernementale a augmenté de manière générale. Celle-ci a gagné 11 % globalement par rapport aux résultats de janvier, pour atteindre un niveau record de 65 %. Un chiffre qui reflète une appréciation du soutien de l’État à l’économie et au travail des services de santé publique.

‘Face à l’une des plus grandes crises sanitaires et financières de l’histoire, les gens se tournent vers leurs gouvernements pour obtenir du leadership et de l’espoir’, explique Richard Edelman.

À l’inverse, les businessmen ont de quoi s’inquiéter. Seuls 29 % des personnes interrogées estiment que les CEO et chefs d’entreprise font un ‘travail remarquable’ répondant aux exigences du moment. 41 % des interrogés estiment même que les entreprises font un mauvais travail de protection des travailleurs ou des clients. ‘Les entreprises seront examinées de très près dans les mois à venir’, a déclaré le patron d’Edelman.

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