Rififi à bord de l’ISS: une astronaute américaine accusée d’avoir saboté un vaisseau russe

En quelques semaines, les relations entre les agences spatiales américaine et russe viennent de se tendre fameusement. Alors que les Russes ont involontairement endommagé l’ISS le 29 juillet dernier, ceux-ci accusent à présent une astronaute américaine d’avoir saboté – sciemment – un vaisseau russe Soyouz. La NASA dément formellement.

Jeudi dernier, l’agence de presse russe TASS a publié un article incendiaire à l’encontre d’une astronaute américaine. S’appuyant sur les déclarations d’un « haut responsable » de Roscosmos – l’agence spatiale russe – le journaliste pointe du doigt Serena Auñón-Chancellor, présente dans l’ISS entre juin et décembre 2018 en tant qu’ingénieure de vol des expéditions 56 et 57.

L’article explique que l’astronaute a enduré une dépression lorsqu’elle était à bord de l’ISS et… l’accuse d’avoir volontairement endommagé le vaisseau russe Soyouz MS-09 qui était amarré à la station. Et ce, en vue de retourner sur Terre plus tôt.

Très détaillé, le papier de l’agence de presse russe indique que Mme Auñón-Chancellor a été traitée à son retour sur Terre pour un caillot sanguin apparu dans la veine jugulaire de son cou. C’est ce problème médical qui aurait miné son moral et qui l’aurait poussée à saboter le vaisseau russe avec lequel elle était arrivée à bord de l’ISS.

Une erreur des ingénieurs russes ?

Ces accusations font référence à un incident repéré le 29 août 2018 par les contrôleurs de l’ISS au Johnson Space Center de la NASA, rapporte Space.com. Ceux-ci avaient remarqué une légère baisse de pression à bord de l’avant-poste orbital. Ils en ont informé l’équipage le lendemain, qui a compris que la fuite était due à un petit trou (de 2 millimètres) dans le vaisseau russe Soyouz MS-09, qui s’était amarré à la station spatiale en juin avec Mme Auñón-Chancellor, l’astronaute de l’Agence spatiale européenne Alexander Gerst et le cosmonaute russe Sergey Prokopyev. C’est ce dernier qui l’avait réparé, assez facilement, avec de l’époxy et de la gaze.

Le problème résolu, Roscosmos avait ouvert une enquête pour connaître la cause du trou. Elle avait rapidement conclu que la brèche avait été ouverte via un forage. La personne qui avait percé le trou avait vraisemblablement « la main tremblante », avait précisé Dmitry Rogozin, le chef de l’agence, citant des éraflures à proximité qui avaient probablement été causées par le dérapage de la foreuse.

Par la suite, l’agence spatiale russe avait indiqué que cette instabilité manuelle était probablement due au fait que le coupable avait percé en microgravité. Conclusion: il s’agissait d’un membre de l’équipage, et non d’ingénieurs russes qui auraient commis une erreur sur Terre lors de l’assemblage et des tests du vaisseau spatial Soyouz. D’après les responsables américains, c’est pourtant cette deuxième piste qui est la plus probable. Un ingénieur russe aurait pu accidentellement endommager le vaisseau Soyouz et ensuite tenté de masquer son erreur avec une rustine de fortune. Laquelle aurait pu se détacher pendant le vol ou par la suite, en orbite.

Pour dédouaner son personnel à bord de l’ISS, la NASA s’était appuyée sur des images vidéo prouvant qu’aucun de ses astronautes ne se trouvait à proximité de la zone russe où le Soyouz était amarré. Des preuves qui n’avaient pas satisfait Roscosmos, convaincue que le coupable se trouvait bien à bord de la station spatiale internationale.

Dans l’article paru la semaine dernière, le journaliste russe, qui se base, rappelons-le, sur un haut responsable de Roscosmos, va plus loin. En plus de viser nommément Mme Auñón-Chancellor, il accuse la NASA d’avoir trafiqué la vidéo. Il indique également que les responsables russes n’ont pas eu la possibilité d’examiner les outils russes et de soumettre les astronautes au détecteur de mensonges.

La NASA réagit

Face à des accusations d’une telle gravité, la NASA n’a eu d’autre choix que de démentir. Au lendemain de la publication de l’article, soit vendredi dernier, la responsable des vols habités de la NASA, Kathy Lueders, a déclaré que les attaques personnelles contre Mme Auñón-Chancellor, étaient sans fondement.

« Serena est un membre d’équipage extrêmement respecté qui a servi son pays et apporté une contribution inestimable à l’agence. Et je soutiens Serena – nous soutenons Serena et sa conduite professionnelle et je n’ai pas trouvé cette accusation crédible », a-t-elle déclaré.

Bill Nelson, l’administrateur de la NASA, a lui aussi apporté son soutien à l’astronaute américaine.

Rappelons que ces graves accusations de la Russie surviennent deux semaines après que le module-laboratoire russe Nauka a endommagé l’ISS en s’y amarrant. Indiquant espérer que les Russes lancent une enquête pour faire la lumière sur cet incident, la NASA ne leur en avait toutefois pas tenu rigueur.

« Je sais que vous et votre équipe avez travaillé jour et nuit ces derniers jours pour faire en sorte que Nauka soit amarré en toute sécurité et intégré aux opérations de l’ISS et je tiens à vous féliciter pour vos efforts remarquables », avait écrit l’administrateur de la NASA, Bill Nelson, au directeur de Roscosmos, Dmitry Rogozin. « La coopération spatiale continue d’être une caractéristique des relations américano-russes et je ne doute pas que notre travail commun renforce les liens qui ont lié nos efforts de collaboration au cours des nombreuses années. »

Cet article de TASS risque par contre de jeter un froid sur les relations russo-américaines dans l’espace.

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