Comment les Russes ont – involontairement – fait dériver la Station Spatiale Internationale

Le module-laboratoire Nauka s’est amarré hier à l’ISS. Mais quelques heures plus tard, ses réacteurs se sont rallumés automatiquement, manquant de faire quitter son orbite à la station. La situation a été maitrisée, mais on n’est pas passé loin de la catastrophe.

Ce jeudi, le module scientifique russe Nauka s’est arrimé à la Station Spatiale Internationale (ISS) après un voyage de 8 jours dans l’espace. Le plan de vol a d’abord été effectué en mode automatique, avant que le cosmonaute Oleg Novitski ne reprenne les contrôles pour effectuer les dernières manœuvres d’approche. Nauka, qui ajoute ainsi un nouveau laboratoire à l’ISS, a pris la place du module Pirs, qu’un cargo Progress a désorbité il y a quelques jours et qui s’est désagrégé dans l’atmosphère terrestre. Une opération menée à bien sur toute la ligne.

Faux départ

Et puis, quelques heures plus tard , les réacteurs de Nauka se sont mis à feu tout seuls, sans le moindre signe avant-coureur. Une poussée qui a affecté toute la Station : celle-ci a commencé à dériver, pivotant sur son axe sur un angle de 45°. Et selon le journaliste russe spécialisé dans l’aéronautique Anatoly Zak, c’est quand l’équipage a remarqué que la vue avait changé depuis les hublots, et surtout que des flashs issus d’une combustion étaient visibles, que celui-ci a compris qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.

La piste d’une fuite de carburant a vite été écartée et, selon la Nasa, la situation a été rapidement maitrisée : « L’allumage des propulseurs a cessé et la perte de position a été arrêtée. La station est de nouveau à la position prévue. » L’agence spatiale américaine a précisé ensuite que les spationautes et cosmonautes étaient tous sains et saufs et hors de danger.

Il n’empêche que tant que le réacteur de Nauka continuait à fonctionner à pleine puissance, il a fallu compenser la poussée pour éviter que la station ne quitte complètement son orbite, au risque de se perdre dans l’espace ou de se précipiter sur la Terre. Et pour ça, il a fallu allumer d’autres réacteurs, dans ce que l’équipage lui-même a qualifié de gigantesque partie de tir à la corde entre deux équipes rivales.

Heureusement, et toujours selon le journaliste russe Anatoly Zak, Nauka a brûlé tout son carburant, ce qui l’a forcé à déclarer forfait et surtout empêchera tout nouvel incident de ce genre. La station spatiale a ainsi pu reprendre son orbite normale sans encombre.

Divorce à la russe ?

Le module Nauka était fort attendu sur l’ISS car il a accusé un fameux retard : son lancement était originellement prévu pour 2007. Il a été victime de problèmes de financement, d’errements bureaucratiques et de problèmes techniques au cours de sa conception. Mais Nauka apporte de nombreux outils très utiles aux chercheurs stationnés en orbite : avec ses 20 tonnes et ses 70 m3, le module peut fonctionner en autonomie, avec ses propres ports pour accueillir des cargos de ravitaillement ou permettre des sorties dans l’espace. Il peut aussi recycler l’eau et produire de l’oxygène pour six personnes, ce qui en fait une voie de salut potentielle en cas d’évacuation en urgence de l’ISS. Il abrite aussi le fameux bras robotisé ERA qui permettra une meilleure maintenance extérieure de la station.

Si Nauka apporte un second souffle à l’ISS, ce module pourrait aussi marquer la fin de la station comme on la connait… Et la naissance d’une autre. Car les Russes ne rejettent pas l’idée de séparer leur segment du reste de l’ISS, créant de facto une nouvelle station orbitale. Dont Nauka pourrait constituer le cœur. Mais ce n’est pour l’instant qu’une vague idée, et la collaboration internationale continue là-haut en orbite.

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