Procès en chaîne pour TikTok, accusé de collecte de données sur les enfants

L'application TikTok a admis qu'elle avait mis en place une politique de modération limitant la visibilité des vidéos publiées par les utilisateurs handicapés.
Image d’illustration (Isopix)

La société-mère de TikTok, ByteDance, est poursuivie pour violation des lois sur la protection de la vie privée. Et forcément, cela concerne beaucoup d’ados et d’enfants. L’entreprise chinoise est aussi accusée de refourguer ses données à Pékin.

La plainte date du 3 décembre. ByteDance est accusée de collecter des données pour les revendre à des annonceurs tiers, ‘depuis au moins 2014’, sans l’accord préalable des parents.

À cette époque, TikTok s’appelait encore Musical.ly. ByteDance en a acquis les droits en 2017. Aux États-Unis, une loi (COPPA) interdit explicitement aux sociétés de médias sociaux de collecter les données des enfants sans le consentement des parents. La maison-mère de TikTok risque donc gros.

‘TikTok a été informée des allégations contenues dans la plainte il y a un certain temps. Et bien que nous ne partagions pas en grande partie ce qui est allégué dans la plainte, nous travaillons avec les parties concernées pour parvenir à un règlement du problème’, explique le porte-parole de l’application musicale à The Verge. L’annonce de ce règlement sera ‘pour bientôt’.

Mais que risque l’entreprise chinoise? Il faut savoir que TikTok n’en est pas à son coup d’essai. ByteDance a déjà violé la loi COPPA plus tôt cette année. La Federal Trade Commission avait conclu un accord à 5,7 millions de dollars.

YouTube, son concurrent, avait lui dû s’acquitter d’une amende de 170 millions de dollars en septembre dernier. On ne rigole plus avec la violation de la protection des données.

Espion chinois ?

Concernant TikTok, l’affaire pourrait aller encore un peu plus loin. Car l’application est accusée de refourguer ses données à la Chine. Une étudiante américaine à l’origine de la plainte, à laquelle des tiers peuvent se joindre, accuse TikTok d’être un ‘logiciel de surveillance chinois’, rien que ça.

En avril 2019, elle décide de télécharger l’application sans toutefois créer de compte. Quelques mois plus tard, elle remarque que TikTok en a créé un pour elle, automatiquement. Elle décide alors de tester l’application, mais toutes ses vidéos restent en mode brouillon. Pourtant, TikTok aurait collecté ces données et les aurait envoyées sur des serveurs en Chine. En fait, lorsqu’un utilisateur enregistre une vidéo et clique sur le bouton ‘suivant’, elle est automatiquement transférée vers des serveurs, sans qu’il le sache. C’est en tout cas la thèse de la plaignante et de ses avocats.

Plus intrusif encore, TikTok ne se contenterait pas de partager nos préférences aux annonceurs. L’appli récupérerait également les listes de contacts, leurs adresses email et IP, ainsi que des données de géolocalisation. Y compris lorsqu’elle n’est pas active.

Les Américains sont-ils paranos avec TikTok? Les accusations sont en tout cas très graves et à la hauteur d’un Cambridge Analytica, du nom du scandale qui a touché Facebook en 2018. Selon une source anonyme dans le New York Times, le gouvernement américain possède des preuves que l’application envoie des données en Chine.

TikTok prépare maintenant sa défense. Fin novembre, l’entreprise précisait s’être éloignée du pouvoir chinois, ses serveurs ne se situant pas en Chine. Et donc que les données n’étaient pas soumises à la législation chinoise.

TikTok a été téléchargé plus d’un milliard de fois dans le monde et plus de 110 millions de fois aux États-Unis. Les enjeux sont donc énormes.